Extrait qui tue de l’interview sans ambage d’un cinéaste poil à gratter.
L’intégrale dans le texte, c’est sur dvdrama que ça se passe.

Quels sont les problèmes que vous avez rencontré sur Les Ballets écarlates, votre dernier long?

Il a été interdit par la censure, ce qui est rare de nos jours. Il devait sortir à l’époque où on brûlait des bagnoles. J’en ai profité pour aller voir Renaud Donnedieu de Vabres en lui disant: «moi, si vous me faîtes chier, avec mon copain du Monde, on va faire un scandale dans le journal». Mon film c’est du Douglas Sirk, un mélo sur une mère qui cherche son enfant; enfin, c’est Les deux orphelines. Sauf que cette mère découvre brusquement un réseau de pédophiles en province où il y a un député, un juge, pas de curé cette fois-ci. Elle démantelait le truc. La police ne peut pas l’aider parce qu’on ne peut pas toucher à ces gens-là. Résultat, elle prend une mitraillette et les abat tous à la fin. Prétexte de l’interdiction: incitation à la violence et au meurtre. On me réplique que si toutes les mères dont les enfants ont été violés tuaient les responsables à la mitraillette, ce serait quand même très grave. Au départ donc, ils l’ont interdit; ensuite, ils l’ont autorisé après ma visite et les chantages. En plus, je révélais une chose très importante sur les réseaux. Aujourd’hui, on parle des dix ou quinze enfants qui ont disparu définitivement et été tué par des sadiques, ça, c’est des cas cliniques. Par contre, des réseaux pédophiles, il y en a autant que vous voulez en France et ils enculent des enfants à tour de bras. On en retrouve 100000 enfants qui sont violés et rentrent à la maison le soir. Un journaliste comme vous avait une petite fille de neuf ans et il est venu me voir un jour en pleurant parce qu’il avait abandonné sa petite fille dans la voiture le temps d’aller poster une lettre. Quand il est revenu, il n’y avait plus de petite fille, plus de voiture. On l’a retrouvée trois jours après. Et depuis trois ans, elle ne bouge pas, elle reste prostrée. Ce film, je l’ai fait en souvenir de cette petite fille. J’ai pensé que tout le monde serait ému. En plus, j’ai donné l’argent aux enfants. Je n’en ai pas fait un commerce comme on fait parfois avec des films sur les camps de concentration. Les mecs, ils empochent les caisses et ne versent pas d’argent aux victimes du génocide. C’est comme ça que j’ai eu l’appui de sociétés caritatives qui s’occupent d’enfants qui reviennent traumatisés. Et là-dessus, on me l’interdit. Pathé qui sont mes amis l’avaient inscrit dans leur convention de septembre dernier et il a été resucré. Il y a une sorte de cabale.

Qui s’est opposé ouvertement à ce film?

Ségolène Royale – que j’ai engueulé l’autre jour – ne veut pas en entendre parler. C’est une femme qui dit «je suis à l’écoute de tout le monde, j’ai quatre enfants etc» et quand on lui demande de s’occuper de ce dossier, elle nous envoie chier. Alors, finalement, Pathé l’a acheté en dvd mais n’a pas pu le présenter en officieux. Michel Drucker que je connais bien, je lui ai donné la cassette, pas de nouvelles. Mireille Dumas qui est ma copine, rien. Elle a peur. Mon meilleur ami Patrick Sébastien que j’ai utilisé dans Le Pactole, il a vu le film et dit non. Pour vous donner une idée, il y avait un festival du film noir à Besançon il y a trois mois. L’organisateur qui est un jeune comme vous avait vu le film, le trouvait excellent et ne comprenait pas pourquoi il était refusé. Donc il l’a pris dans son festival. J’arrive à Besançon il y a quelques mois. Je présente le film à 20h30. La salle était bourrée, les gens ont applaudi à la fin et ne sont pas sortis pour assister au débat. A la fin, il y en a un qui m’a dit que c’était mieux qu’Amen. Je ne l’ai pas vu mais j’aime bien le travail de Costa Gavras. Le lendemain, un journaliste de L’est républicain fait un article sur moi et… pas un mot du film! C’est-à-dire qu’il n’en a dit ni du bien, ni du mal. Il y avait marqué: «Jean-Pierre Mocky était à Besançon hier soir, il a présenté Les Ballets écarlates» et ne disait pas de quoi il s’agissait. Rien! J’ai déjà eu des problèmes avec mes anciens films comme Snobs qui était interdit en Afrique noire et La cité de l’indicible peur qui a été mutilé. Tout ça, ça ne me choque pas. Mais là, vraiment, c’est clair qu’il y a une obstruction totale, comme si personne ne voulait en parler. L’autre soir, j’étais invité chez Morandini qui est un peu… Mais, moi, je n’ai rien contre les homosexuels. J’ai connu beaucoup d’homos: Visconti, Cocteau. Mais là, ce n’est pas pareil: on parle des enfants de six mois. Les gens font souvent le mélange. Et ça ne fait pas de publicité aux homosexuels, aux vrais, surtout ceux qui veulent adopter des enfants. Un homosexuel a choisi une sexualité, point. Mais ce n’est pas un type qui fait des messes noires et viole des enfants. C’est l’inverse. Alors, résultat, ce film passe en janvier et sort directement en dvd. De temps en temps, je fais un gala. Prochainement, je vais à Bruxelles pour faire la marche blanche pour l’affaire de Dutroux et je le présente en Suisse parce qu’on le présente à la cinémathèque pendant une rétrospective qui m’est consacrée.

Vous avez également fait un autre film, Le bénévole

Il n’a pas des problèmes aussi graves. Un jour, je vais au festival de Cognac et je vois des filles de 20 ans qui font bénévole. A l’époque, j’étais invité en tant que jury. Chaque soir, à deux heures du matin, il y avait une fille qui me ramenait. Je croyais qu’elle était payée par la ville mais non, elle était bénévole. Après ça, j’ai vu des mecs qui enlevaient le pétrole pied nus sur les plages, et ils étaient également bénévoles. Alors, j’ai fait une enquête, figurez-vous qu’il existe 15 millions de bénévoles. Il existe des bénévoles qui s’occupent de choses graves comme lors du typhon en Thaïlande encore que leur staff est payé, mais je parle des autres. Il paraît que lorsqu’il y a une vieille qui est dans un coin, il y a un mec qui se présente et qui dit: «je suis bénévole, je vais te faire ta piqûre». Ce qui fait qu’il enlève le travail à l’infirmier. Le film raconte l’histoire d’un homme joué par Serrault qui est devenu fou à force de vouloir faire le bien (c’est un ancien syndicaliste). Il s’évade de cette prison qui est dirigée par Jean-Claude Dreyfus, se retrouve dans une association et remplace un ancien directeur qui est joué par Yann Moix. Une fois qu’il atteint ce stade de directeur, il décide de payer les bénévoles. Seulement, le maire appelle les bénévoles pour qu’ils aillent enlever les galettes de pétrole en se disant que ces cons allaient y aller. Ils arrivent à 300 sur le terrain et il y a Serrault qui dit: «maintenant, il faut payer». Au bout d’un moment, il y a le président du conseil général qui arrive et dit à Serrault: «vous allez arrêter ça». Et là, Serrault l’attrape et lui casse la gueule. Jérôme Seydoux me dit que le film est drôle, mais je casse la gueule à un président du conseil général, je dis que les maires sont pourris, qu’ils touchent des commissions sur les travaux publics, qu’ils font des économies en utilisant le bénévolat. Au bout du compte, Pathé me l’achète en dvd mais ne veut pas me le sortir au cinéma. Finalement, j’ai décidé avec ma société de fabriquer un dépliant en marquant «Mocky sort son film lui-même, est-ce que vous en voulez?». J’ai reçu 167 réponses et je suis en train de faire ces 167 salles. Sauf que je suis obligé de les faire en chair et en os. Il va donc avoir une carrière de 167 salles en France, plus à Paris où il va sortir au Brady et dans quelques salles. Mais c’est bizarre comme exploitation. Il est au moins sûr de sortir en dvd. Le dvd pour moi, c’est ma planche de salut. A tel point que je commence un film avec Michael Youn et Renaud. Je ne pense pas que je vais le sortir au cinéma, je vais le présenter dans des avant-premières puisque Pathé l’a acheté.