Pourquoi les politiques nous parlent-ils, quand, manifestement, ils n’ont rien à nous dire?

D’ailleurs, à quoi servent les universités d’été? À se retrouver entre potes avant d’attaquer la rentrée? À se remettre en jambes?
Vu d’ici, le spectacle est purement affligeant. Auriez-vous imaginé un seul instant celui que l’on appelait Dany-le-Rouge en Bozo le Clown à une réunion du MEDEF?

Daniel Cohn-Bendit gueule sous les vivats : « Et au goulag, c’est sûr qu’on produisait ! » Autre gros succès lorsque le même affirme : « Le vrai problème de la France, c’est toujours le gaullo-communisme ! »
L’Humanité du 1 septembre 2006

Ça a peut-être fait hurler de rire Laurence Parisot, mais cela ne fait guère avancer le schmilblick.

De son côté, le presque-président-Sarko professe la rupture aux jeunes. La rupture d’avec quoi? La stigmatisation des classes populaires? Ou la pénalisation du tarpet, grâce à son nouveau conseiller es d’jeuns cailleras? Pourtant, Sarko n’est jamais le dernier à accuser ses adversaires de démagogie.

"Rupture" : un mot lâché à plusieurs reprises par le président du principal parti de droite. Et de clamer : "Je ne veux pas de Jean-Marie Le Pen au second tour". Il a notamment assuré que sa "plus grande ambition" était de ramener le taux de chômage en France à 5% de la population active dans les cinq années de la prochaine législature.
RTL, 4 septembre 2006

Sarko ne veut pas de Le Pen au second tour… déjà, ce n’est pas lui qui décide. Ensuite, il devrait peut-être aussi arrêter de creuser le même sillon bien fécond de la xénophobie ordinaire. Quand au chômage à 5%… Pourquoi 5%? Pourquoi pas pas 2%? Ou rien du tout? Tiens! Décrétons le plein-emploi sur le champs. Là, comme ça! Au diable les demies-mesures!
Evidemment, il se garde bien de dire comment il compte atteindre le brillant objectif. Peut-être en re-adoubant Juppé aux emplois fictifs? Ou en chuchottant à l’oreille de ses potes du MEDEF, pour qu’ils arrêtent leur politique de le plein emploi est l’ennemi du profit? Mais plus sûrement en suivant les bonnes recettes de la diade Villepin/Borloo : harcèlement administratif, radiations en chaînes, sous-emplois au rabais, précaires et sous-payés qui n’aident que les employeurs avides de main d’oeuvre à prix chinois.
Ensuite, Sarko a villipendé le vide sidéral des propositions de Royale… l’hôpital qui se fout de la charité?

L’ordre juste doit être rétabli à l’école
Le Nouvel Observateur, 4 septembre 2006

Il faut reconnaître à Ségolène Royale un vrai talent pour les mots creux. Comme le fait talentueusement remarquer un prof de ZEP à la vie palpitante, la saillie de Sarkozette laisse entendre par défaut qu’il existe un ordre injuste. Tordant, non?
Le pire, c’est qu’elle tente des propositions, là où il eut mieux valu rester dans le flou artistique comme ses potes : le job de deuxième adulte dans les classes. Notre prof de ZEP hésite entre rire et larmes.

Quant à Le Pen, pas en reste, il se présente comme… le vote utile

Bruit de fond

Finalement, les universités d’été, c’est le redémarrage de la vie politique, de son bruit de fond permanent, de son brouhaha de mots creux que l’on nous balance à la face comme autant d’incantations : Chômage, croissance, insécurité… des mots vidés de leur substance à force de rouler en boucle dans toutes les bouches, de s’enfoncer dans toutes les oreilles.
On nous fait le coup de l’insécurité dans les écoles. La peur! Hummmm, encore et toujours la peur au menu des chers électeurs. La peur pour ses gosses : une vraie violence qui nous est faite. Une diversion pour éviter de parler d’un vrai sujet de la rentrée : la mise en place du socle commun de connaissances. Ben oui, vous n’en vouliez pas, d’ailleurs, le débat a quasiment été escamoté au printemps, mais au final, on y a le droit, nos gosses vont y passer. Sans mots, sans discours, sans grandes ou petites phrases. Car les choses importantes, les vrais projets de société, la manière dont on modèle notre avenir, de tout cela, il n’est pas question de parler. Motus. Silence, on décide pour vous.

Et pendant ce temps, on continue à nous abreuver de mots creux.