Cette année, c’est la valse aux adieux!

Traditionnellement, dès que le thermomètre se remet à grimper, les médias passent en régime d’été. En gros, cela consiste dès la fin mai, à substituer aux programmes habituels des programmes light, sensés faire passer le temps en attendant la rentrée. Syndrôme de vacançoïte aigüe dont j’avais déjà parlé il y a quelques années. Vacuité du petit écran écran dont les stars, si promptes à villipender l’horrible mammouth du fonctionnariat n’en ont pas moins un calendrier de professeur de fac. Je dis professeur de fac, parce qu’avec les semaines des 4 mercredis, l’instit de ma naine ne sera en vacances que du 8 juillet au 27 août…

Bref, c’est totalement récurrent et sans intérêt, sauf que cette année, ce n’était pas qu’un au revoir, mes frères!

Les têtes tombent!

Est-ce un vent de renouveau qui soufflent sur les médias français? Est-ce la boitacons qui a décidé de remonter le niveau?
Tout commence par de Carolis qui fait le ménage chez les animateurs-producteurs, lesquels ne peuvent désormais plus cantiner à tous les rateliers. Exit les talk shows, où l’on parlait un peu de tout, y compris de politique, même si ça ne volait pas toujours très haut : Alors, monsieur le ministre – député – conseillé – maire (rayer les mentions inutiles), est-ce que sucer, c’est tromper?. Les chaises musicales commencent et Baffi cherche du boulot sur son portable pendant ses heures d’antenne[1].

Coïncidence, ou pas, on passe aussi le Karcher sur Canal+ en commençant par vider l’indéboulonnable Karl Zéro. On peut toujours ergoter sur la pseudo indépendance du pote de Sarko, de celui qui tutoie les barons de la politique, mais il se trouve qu’il parlait aussi politique dans le Vrai Journal et qu’accessoirement, il faisait bosser des journaleux teigneux de chez Capa, lesquels se sont fait lourdés au passage. Bref, fermer une émission ouvertement politique alors que la campagne présidentielle montre son museau, est-ce bien raisonnable?

Là-dessus, hop, après lui avoir saboté son émission à mi-parcours, voilà que MA Maïténa Biraben passe à son tour à la trappe! Même avec une équipe réduite à sa plus simple expression, elle avait finalement réussi à tenir la rampe et même à fournir de bien belles discussions autour de sujets allant du très sérieux au très léger, avec grâce et bonne humeur. Fallait peut-être pas avoir invité Coppé, qui s’était accroché avec Eric Roux au sujet des variétés de légumes non officielles[2]
A la place, En apparté, l’émission de Pascale Clark. C’est sympa comme émission. Tendance jeu de miroir égocentrique autour d’une personnalité souvent people, parfois un politique, mais on parle perso et intimiste. Pas de vague. C’est le Paris Match de Canal. Soft. Consensuel. Faudra faire gaffe.

Parce qu’à Paris Match, justement, fallait pas parler de Sarko. Exit Genestar. Ça a pris presqu’un an (fallait pas non plus que la relation de cause à effet se voit trop, encore que personne n’est dupe!), mais, ça y est, Genestar est enfin dégagé. Tout comme Serge July dégage de Libé. Mais, là, rien a voir avec la politique! Promis, juré, ce n’est qu’une histoire de finances… comme quoi, même la complaisance, ça ne paie pas!

Nettoyage à sec!

Côté radio, ce n’est pas mieux : toutes les émissions que je prenais plaisir à écouter sur France Inter passent à la trappe. Normal! C’était aussi des espaces de discussion, d’information, où l’on évitait de prendre les auditeurs pour des demeurés. Bye, bye, Frédéric Bonnaud et les interview culturelles furieusement intelligentes de Charivari. Adios, Philippe Collin, dont la dernière chronique, hier soir, la nécro de l’ours Bruno, m’a fait pleurer de rire! Terminé Cinefil ou Enfances. A la place, on aura du Giordano ou du Fogiel : que du lourd! Bien lourd!
Et bien sûr, sur la sellette, Daniel Mermet, la voix du petit peuple de gôche, lequel lui apporte son soutien via une méga pétition.

Pris séparément, chaque petit ménage d’automne ne pèse pas bien lourd, mais dès qu’on prend un peu d’altitude et que l’on tente d’avoir une vision d’ensemble de la configuration des médias français à la rentrée 2006, je dirais que ça commence à ressembler salement à une reprise en main généralisée des médias, à mi-chemin entre le non au TCE et les élections présidentielles. Les espaces de débat se font encore plus rares, le divertissement et la vacuité prennent le dessus, on fuit la profondeur pour ne plus effleurer que la surface des choses.

La bonne nouvelle, c’est que dorénavant, je vais avoir nettement plus de temps pour les choses importantes!

Notes

[1] Le droit du travail prévoit effectivement que l’on peut consacrer une partie de son temps de travail à chercher un nouveau taff, pendant le temps du préavis de licenciement

[2] En gros, Eric Roux présentait des variétés anciennes et parfois oubliées de légumes savoureux, loin des merdes stéréotypés et pauvres que l’on nous refourgue à longueur d’année dans la distribution. Et là, Jean-François Coppé, avec son éternel air de contrôleur de bus teigneux (mes excuses pour les contrôleurs de bus : j’en ai connu de bien humains et gentils avec les étudiants fauchés!!!) lui tombe sur le rable, en argumentant que ces légumes sont non autorisés à la vente. Petite passe d’arme cinglante. Une semaine plus tard, l’émission de Maïtena Biraben est tronquée et ses animateurs, Éric Roux en tête, éjectés… fichue coïncidence, non?