J’ai bien bossé, j’ai eu l’esprit bien occupé.
Mais pas seulement…

Je n’ai rien posté ici depuis un moment. Parce que j’avais du boulot. Et tout le monde de s’en réjouir, mon banquier et la Monolecte’ s connection[1] et les plus empathiques d’entre vous. Mais pour être totalement honnête, ça ne m’a pas empêché d’écrire, régulièrement. Sauf que je ne me suis pas cassée le train à composer un beau billet structuré à chaque fois pour me ramasser un tombereau de remarques désobligeantes[2]. Non, J’ai assouvi ma soif de logorrhée bloggesque de la plus vile façon, en squattant ceux des autres.

Une petite vanne de ci, de , je peux faire ma belle à peu de frais, à mes hôtes charmants la pénible tâche de séparer le bon grain de l’ivraie, à eux la lente et difficile élaboration du billet qui ch’tue. Je peux ainsi commenter en toute quiétude les états d’âmes de mes confrères du clavier ou rebondir sur l’actualité sans trop me fouler. Je me libéralise, puisque j’apprends à déléguer le sale boulot aux sous-traitants. Je gagne en efficacité et en visibilité.

Sauf que…

Sauf que je vous pipeaute encore pire qu’un ministre de la République qui se serait fait chopper le bras plongé jusqu’à l’épaule dans la marmite à turpitudes de haute volée[3].
En fait, je n’écris plus parce que j’ai le souffle coupé par le spectacle affligeant que peut offrir notre société dans son ensemble ces dernières semaines. Parce qu’au lieu de consacrer mon temps libre à enfiler des perles finement polies de rhétorique politique à l’usage de ceux qui souhaitent se sortir la tête d’entre la raie des fesses, j’ai pris le parti de retourner me coltiner aux senteurs âcres et peu amènes de la vie réelle, là où vivent les vrais gens, ceux qui ne pérorent pas dans leur cyber bulle, ceux qui persistent à lire Le Monde en pensant que c’est un journal de référence, Libé, parce que c’est un journal de gauche et à voter socialo, parce qu’au fond, ce n’est pas ça qui fera mal à leur PEA ou leur SICAV monétaire. J’ai tenté un coup de dialectique avec ceux qui savent parce qu’ils ont un demi siècle de plus que moi et une confortable carrière derrière eux. J’ai même lu Le Point dans une salle d’attente de toubib. Et j’ai pu regarder un vrai Journal de 20h00 sur TF1.

J’ai aussi pris le temps de suivre la course des nuages dans le ciel printanier, de regarder les fleurs exploser dans mon jardin ou de ne juste rien faire, mais de le faire avec beaucoup de quiétude et de bonheur.
Bref, j’ai fait plein de choses chiantes ou ressourçantes, j’ai pris le temps d’une pause, luxe incommensurable dans notre petit monde frénétique. Et là, du coup, je n’ai pas franchement une envie délirante de revenir. Écrire, oui. Des petites choses sans intérêt ni ambition. Mais commenter la connerie de ce monde me plonge dans une profonde affliction, alors que je n’aspire qu’à un peu de légèreté.

Au lieu de quoi, j’assiste, médusée et profondément écœurée, à la grande course à l’Élysée, qui se résume à une enfilade de coups bas et de petites phrases, à une vulgaire course à l’échalote et où l’on nous ressort l’immigration, l’épouvantail à connards, pour masquer tant bien que mal l’immensité de la vacuité des arrivistes candidats pseudo-pas-déclarés et l’absolue inexistence de l’ombre d’un embryon de projet de société qu’ils auraient à nous fourguer, comme un dealer de bas-quartier qui vend sa dope coupée à la merde en faisant croire qu’elle ouvrira les portes du paradis.

Notes

[1] Comprendre : Monsieur Monolecte, La Naine, nos deux greffiers et ma pomme.

[2] Et quelques sympatiques commentaires, aussi, il faut bien le dire.

[3] Démerdez-vous pour coller le nom qui vous plaira derrière cette comparaison pas forcément très inspirée