De l’inutilité des débats sur le DADVSI

C’est reparti pour un tour!

Les députés se prennent la tête joyeusement sur un sujet dont ils ne comprennent pratiquement rien histoire de voir comment on va bien pouvoir faire cracher au bassinet le méchant internaute pirate. Car la cause est déjà entendue! En chaque internaute sommeille un sale voleur de culture qui compte bien rentabiliser sa facture numérique en pillant les oeuvres des honnêtes artistes!
Aux armes, citoyens, la culture est en danger!
Enfin, la culture… il faut voir de quoi on parle.

Rétroviseur

Dans les années 80, comme la plupart des ados, j’avais fini par me faire offrir une machine à musique à double platine K7 dont le vendeur ne faisait guère de mystère quant à l’usage que je pouvais en faire. Il s’agissait bien là de dupliquer les albums des potes comme des gros malades et de se créer nos compiles maison. Je peux vous dire que la double platine a été largement amortie. Ce qui ne m’a pas empêché d’acheter quelques albums vraiment cools, quand j’en avais les moyens.
Tout le monde a copié des K7 et les maisons de disque, à ma connaissance, n’ont pas fait faillite. C’est un fait. C’est un fait aussi que les amateurs de musique ont tendance à se passer leurs albums et que pour cela, il leur faut en acheter. Bref, l’échange de musique dans les années 80, en dehors du support, ce n’est pas fondamentalement différent de l’échange de musique aujourd’hui. Sauf que maintenant, c’est devenu une affaire d’État!

Aujourd’hui, tout est différent, semble-t-il.
Déjà, j’ai beau avoir à ma disposition les instruments du crime, il se trouve que je n’en fait pas usage. J’écoute nettement moins de musique que durant mon adolescence et c’est un euphémisme. De temps à autre, j’entends un truc plaisant à la radio. Et c’est tout.
Comme je n’écoute plus de musique, j’en achète tous les 29 février. Je me souviens du dernier album que je me suis payé : Chambre avec vue d’Henry Salvador. C’était en 2001.
Et là, vous me dites que c’est parce que je télécharge comme une folle, que la ruine des maisons de disques, c’est de ma faute. Sauf que je ne télécharge pas de musique. Jamais. Pas par principe, mais juste parce que je n’ai rien entendu ces dernières années qui m’a donné envie de réécouter plus souvent que lors du matraquage radio…

Racket musical

Aussi l’idée de payer entre 3 et 10 €/mois de taxe sur mon abonnement ADSL non dégroupé qui me coûte déjà les yeux de la tête m’est totalement intolérable. Entre 36 et 120€/an. Je vais vous le faire en francs pour que ce soit plus parlant : entre 236 et 787 FRF /an. Mon dernier disque, je l’ai justement acheté en francs, il y a 5 ans. Ce qui revient à un budget annuel en musique de 2€/an… En fait, cette fameuse licence globale de mes deux excède assez largement mon budget culturel global actuel. Au nom de quoi va-t-on me faire renoncer aux quelques bouquins que j’arrive encore à me payer pour financer une musique que je n’écoute pas? Qui se permet de décider de quelle manière je dois orienter mes pratiques culturelles? Les scanners permettent bien de numériser des bouquins : les maisons d’éditions ne sont pas parties en guerre contre nous, que je sache!

Je me dis donc que si nous sommes devant une solution à la noix, c’est probablement parce que le problème d’origine a été mal posé, voire, tout simplement, qu’il n’y avait pas de problème!

Parce qu’il y a tout de même une chose qui a bien changé depuis les années 80 : ce sont les maisons de disques elles-mêmes!
Ces dernières années, nous avons assisté à la restructuration complète du secteur, par concentration et sa mise sous coupe financière. On a vidé les directeurs artistiques, probablement trop proches des saltimbanques et on les a remplacé par des markéteux qui n’ont plus qu’un seul objectif : faire du blé, plein, tout de suite! On a aussi écrémé les catalogues et vidé les artistes pas assez rentables. On ne sort plus un album, on fait un coup marketing! On ne fait plus de la musique, on ne produit plus de la culture, on fait du business, du retour sur investissement. Comme dans tous les autres secteurs de notre économie, on a décidé que l’on pouvait vendre de la musique comme des paquets de lessive. L’approche artistique, l’apport culturel, la découverte des jeunes talents, la promotion d’une musique plus difficile, tout ça, c’est bon pour les tarlouzes! Bref, on a fait de la musique un produit de masse à rendement maximum, autrement dit, de la soupe en boîte (Andy Warhol était visionnaire, qu’on se le dise).

A partir de ce constat, je suis de l’avis d’El Ryu sur la question : le chiffre d’affaire des Majors se casse la gueule suite à leurs mauvais choix stratégiques dont le plus important est de prendre le consommateur pour un con avide d’acheter de la merde à n’importe quel prix.
Je n’ai donc pas l’intention de raquer pour la nullité de ceux qui prétendent tout savoir mieux que les autres et qui ont tout de même les moyens de faire pression sur les élus de la République pour les amener à voter une loi nous forçant à compenser de notre poche les pertes financières essentiellement dues à leur incompétence chronique.

Autrement dit : qu’ils aillent se faire foutre avec leur soupe!