Bové en prison, c'est un peu comme l'arbre qui cache la forêt : tout le monde le voit, tout le monde en parle, mais du coup, on en oublie de voir qu'être syndicaliste est en passe de devenir une circonstance aggravante. Déjà que les syndicats ne représentent plus grand monde, que la France est le pays le moins syndicalisé d'Europe et qu'on les soupçonne de ne plus lutter que pour conserver les avantages des derniers nantis du salariat, mais il semble qu'au regard de la justice de notre pays, tout syndicaliste est présumé couplable.

Par exemple, si un salarié se suicide suite à un harcèlement moral, que se passe-t-il? Pas grand chose, ou alors cela se saurait, cela ferait la une des journaux. Mais si c'est un patron, le tarif, c'est 30 heures de garde à vue pour les syndicalistes.

Et si le suicidé est un chômeur? Un pauvre gars désespéré à qui l'on a subitement retiré ses derniers subsides? Quelqu'un qui décide de crever, mais pas loin de tous et en silence? La maréechaussée va-t-elle venir se saisir du directeur de l'ASSEDIC ou de celui de l'ANPE?
Que nenni! C'est le dangereux chômeur qui sera déféré en justice et écoppera de 4 mois avec sursis pour mise en danger d'autrui. Parce qu'il crève, lui, en fait, tout le monde s'en fout. Mais qu'il joue avec un briquet dans une ANPE, par les temps qui courent, c'est vraiment très mal vu.

Délit de mauvaise vanne

Et justement, il ne fait pas bon vanner sur les incendies d'ANPE qui sévissent en ce moment. C'est pourtant ce qu'a fait Christophe, un salarié ANPE lors d'un coup de gueule sur les forums d'Actuchomage.org. Je le sais, j'y étais ce jour-là, en assidue de cet espace de discussion où nous sommes une trentaine d'actifs et quelques 150 lecteurs :

« j'informe les énervés qui crament les ANPE qu'il en reste encore : donc suivé le guide ANPE de XXXX : XX bld XXXXX..

Qui sème la misère récolte la colère. Les mots ne sont jamais trop forts quand il s'agit de qualifier le traitement actuel des chomeurs : Dans la réalité d'une ANPE,vous assistez au reprise de fin de stock, les gl2,gl3 (radiations),convocations.C'est comme une usine capitaliste normale avec des n° de produits correspondant a des humains. J'ai lu ici et là l'évocation du STO.et je confirme qu'il y a de cruelles ressemblances..... Un conseiller dégouté,énervé,agité,syndiqué mais souvent impuissant face a la gangrène néolibéral qui ronge notre monde.christophe »

Ben Laden, à côté, c'est du pipeau!

Parce que dans les 24 heures qui ont suivi ce message, Christophe s'est vu perquisitionné à son domicile, puis a passé son WE en garde à vue.

Le 30 janvier, la mise en examen de Christophe pour "provocation publique" appelant à la "destruction volontaire" est confirmée. On retient que ce brigand est un dangereux agitateur délégué CGT, et que pour le coup, la justice n'a pas traîné en chemin.
Christophe est surtout coupable d'une vanne de mauvais goût et faire passer son coup de gueule pour un appel à la destruction volontaire est une vaste fumisterie dont même ses accusateurs ne peuvent être dupes.
Il s'agit probablement de faire un exemple, de museler la grogne qui monte dans les agences ANPE suite à la mise en application des directives de chasse aux chômeurs.
Parce que si on commence à vouloir enfermer tous les incitateurs présumés à la violence, les appels au Kärcher, ceux qui allument le feu et se tirent en Belgique après et les journalistes espiègles ont du soucis à se faire.

Allumer le feu!

Pour sa part, Michel Habig, maire UMP de la ville d'Ensisheim, en Alsace, qui ne s'est pas contenté de paroles en l'air mais qui a bel et bien ordonner d'incendier des caravanes, résidences principales et non des rebuts à l'abandon, Michel Habig continue à vaquer à ses petites occupations sans être plus inquiété que cela. Comme quoi, une caravane roumaine, ça n'a rien à voir avec une paillotte corse.

Des paroles aux actes, nous connaissons la différence.
Manifestement, ce n'est pas le cas de la justice. Justice de classe? Nul n'oserait le prétendre : encore un coup à se faire mettre en examen!