Parce qu’il y a des fois où on peut se retrouver à piailler avec la voix de Gérard Jugnot dans "Les Bronzés", façon goret stressé.

Pourtant l’affaire était des plus simples : changer d’opérateur de téléphonie mobile.

Cela fait 8 ans que je suis chez Orange, à tel point que quand je me suis abonnée la première fois, cela s’appelait Itineris.
Je fais partie des petits consommateurs, toujours avec le plus petit forfait possible. J’appelle uniquement en cas de besoin et pour moi, un téléphone mobile sert essentiellement à la communication vocale. Je suis donc indifférente au WAP, à l’UMTS ou à la photographie de mauvaise qualité. Ce qui ne m’empêche pas, après toutes ces années de raquer quand même 18€ pour 45 minutes de com’ mensuelles.

Bref, suite à deux ou trois déceptions assez aiguës du sévice service client d’Orange, je me suis rabattue sur Débitel, sorte de sous-locataire de SFR qui se trouve avoir développé une bien meilleure couverture de mon département que l’opérateur coloré. J’ai du attendre, bien sûr, l’échéance de mon dernier abonnement à durée verrouillée, parce qu’il y a 2 ans, je croyais encore qu’il était avantageux de prendre son mobile chez l’opérateur[1].
Bref, l’échéance est arrivée et je m’empresse de résilier mon contrat Orange tout en demandant un bon de portage[2]. Et oui, maintenant que j’ai des kilos de papiers entête et de cartes de visite avec mon numéro de portable dessus, je n’ai pas trop envie de le perdre.

A ma surprise générale, le bon de portage arrive sans problème, en temps et en heure, et je peux m’inscrire chez l’opérateur de mon choix qui me propose 1 heure/mois, sans engagement de durée, pour la modique somme de 15€. Lequel me renvoie ma future carte sim avec la recommandation de demander le désimlockage de mon terminal téléphonique chez Orange. Lequel ne peut me refuser cette manipulation gratuite, dans la mesure où j’ai acquis ce téléphone il y a plus de 6 mois.
Pour les béotiens, le simlockage est une technologie qui consiste à verrouiller un appareil de téléphonie mobile de telle sorte qu’il ne puisse lire que les cartes de l’opérateur chez qui vous l’avez acheté. Officiellement, c’est pour protéger du vol… En réalité, c’est pour décourager les transfuges.

Me voilà donc à appeler le sévice service clients d’Orange.

  • Bonjour je voudrais désimlocker mon portable.
  • Votre portable est bloqué?
  • Non, je veux juste faire sauter le verrouillage opérateur de mon téléphone, puisque je m’en vais.
  • Vous avez votre numéro IMEI?
  • Gné?
  • Votre numéro de série!
  • Je trouve ça où?
  • En composant *#06# sur votre portable
  • Arf, je vous appelle avec, vu que le service client est compris dans le forfait, alors que d’une ligne fixe, ça coûte un œil!
  • Il faut nous appeler d’une autre ligne, pour pouvoir faire la manipulation pendant que je vous parle.
  • OK, merci!

Et vlan, je rappelle le numéro à 0,15€/minute. Bien sûr, on ne tombe jamais sur la même personne.

  • Bonjour je voudrais désimlocker mon portable.
  • Vous avez votre numéro IMEI?
  • Oui, bien sûr!
  • Et quel est votre modèle?
  • Un Nokia 3100
  • Veuillez patientez, je vais chercher les codes
  • Humpfffff ; à 15 cts/minute, je déteste poireauter.
  • Désolé, nous n’avons pas la procédure ici. Nous allons demandé à Nokia de vous envoyer un courrier avec le code dedans. Vous le recevrez dans 10 jours.
  • Et si dans 10 jours, je n’ai rien reçu?
  • Ben attendez le 11ème jour!

25 jours plus tard, sœur Anne ne voit toujours rien venir.

  • Bonjour je voudrais désimlocker mon portable.
  • Vous avez votre numéro IMEI?
  • Oui, bien sûr!
  • Et quel est votre modèle?
  • Un Nokia 3100
  • Ha non, je ne vois pas ce téléphone dans mon dossier.
  • Je vous demande pardon?
  • Ce téléphone n’est pas dans mon dossier.
  • Attendez! Je suis actuellement sur mon dossier en ligne sur le site Orange et je vois la photo de mon portable en gros avec "votre portable" écrit en gros dessous!
  • Oui, mais sur mon dossier, c’est écrit "portable utilisé" et non "portable acquis".
  • Et alors?
  • Alors, je ne peux pas le désimlocker.
  • C’est n’importe quoi, je possède ce téléphone, je viens de me taper 2 ans d’engagement chez vous à cause de ça.
  • Je ne peux rien faire pour vous.
  • Attendez! la réglementation est claire sur ce point : au bout de 6 mois avec un portable opérateur, je peux demander son désimlockage gratuitement et l’opérateur n’a pas le droit de me le refuser.
  • Vous n’allez pas m’apprendre nos contrats. Vous avez la facture de ce téléphone?
  • Oui, dans mes archives, ça fait 2 ans que je l’ai acheté.
  • Envoyez-nous une copie de cette facture et nous verrons ce que l’on peut faire pour vous.

A ce moment précis, tel un anti-Hulk, ma voix commence à monter dans les aiguës

  • Non, je ne vais rien vous envoyer du tout. Déjà, il y a bientôt un mois, j’ai été pipeauté par une autre personne du service client sur le même motif, avec une histoire de courrier pour avoir le code. Je ne veux plus rien savoir, je veux la procédure!
  • Écoutez, ce n’est pas possible…
  • Je commence à en avoir marre de vos excuses bidons et de vos mensonges. J’en ai marre de vos services et c’est pour ça que je me tire (suit une suite infâme de borborygmes affreux et couinants pendant que ma peau change de couleur et que ma paupière droite fait son Scratch, l’écureuil). Je vais vous dire ce que l’on va faire. Je vais raccrocher. Je vais chercher ces papiers à la con et je vais rappeler, mais cette fois-ci, c’est moi qui vais enregistrer la conversation, et la moindre connerie que l’on me racontera servira de preuve à charge!

10 minutes plus tard, après une fouille des archives à la cave, le temps que ma tension revienne à un niveau décent :

  • Bonjour je voudrais désimlocker mon portable.
  • Vous avez votre numéro IMEI?
  • Oui, bien sûr!
  • Et quel est votre modèle?
  • Un Nokia 3100
  • Je vois que vous avez appelé pour la même raison, il y a quelques minutes…
  • Scrouinchhhh…
  • Et que ma collègue a refusé de désimlocker votre portable…
  • Argngngngn…
  • Elle aurait du mieux lire votre dossier…
  • Arfff ?!?
  • On peut commencer la manœuvre?
  • Oui, bien sûr!

Et 1 minute plus tard, mon téléphone était libéré de ses entraves!

Je ne sais pas si ce revirement est un coup de chance ou le résultat de mes menaces.
Toujours est-il que c’est fini avec Orange et que ça tombe bien, vu que mon enregistreur est resté sur pause pendant toute cette conversation.

Notes

[1] En fait, le prix du mobile est compris dans l’abonnement à engagement, à raison de 5€/mois pour un engagement de 24 mois.

[2] Permet de transférer votre numéro de portable chez le nouvel opérateur