Parfois j’apprécie particulièrement la précision des titres des agrégateurs d’info.

L’insoumission se paiera… Bien plus qu’une constatation, on sent dans cette petite phrase planer une menace. Et une injonction : soumet-toi! Soumet-toi, sinon, il t’en cuira manant. D’ailleurs, on va taper là où ça te fais mal, à savoir dans ton portefeuille.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’est pas sûr qu’à contrario, la soumission soit payante. C’est juste un moindre mal. Car dans le cas très précis de l’assurance maladie, soumis ou insoumis, on va tous être punis. Mais celui qui adhère au régime sec de la punition ne sera qu’un peu mieux loti que celui qui s’y dérobe : car soumis ou non, la maladie, ça se paie. 1€ pour les soumis, 3 pour les autres. En fait, moins qu’une problématique de souplesse de l’épine dorsale, il s’agit probablement de l’aptitude financière à s’affranchir des contraintes du système de protection. Protection contre les indigents qui n’ont même pas le bon goût de rester en bonne santé. Parce qu’un euro pour un smicard n’a pas la même valeur que pour monsieur Pinault… qui d’ailleurs s’en fout royalement, de tout ça, il peut se payer un hôpital pour lui tout seul quand il le veut. Un euro ou trois, quand on a du fric, c’est du pareil au même!

C’est comme le forfait journalier, sensé représenter la contribution du malade aux frais de bouche et d’hébergement. Certes, on est bien loin des frais de bouche de certains autres. 15 euros par jour au premier janvier, qu’est-ce que c’est, je vous le demande… c’est juste un peu plus que le budget total journalier alloué à un bénéficiaire de l’ASS. Lequel devra aussi payer 18 euros s’il a le mauvais goût d’être atteint d’une maladie nécessitant une opération à plus de 91 euros[1]. Devra-t-il renoncer à se soigner? Ou faire la grève de la faim pendant son hospitalisation? Ou demander à ses proches, s’il en a encore, de bien vouloir gérer l’intendance : nourriture, draps, pansements, comme cela se fait dans des pays qui ont rarement vu leur système de santé cité en exemple?

Soumettez-vous!

Par contre, rien pour ceux qui ont participé de leur plein gré.
Oubliés, les adhérents volontaires du système du médecin référent. Des gens qui avaient librement opté pour un comportement responsable vis à vis de la santé.
J’avais librement adhéré au principe. Ne serait-ce parce que j’avais le choix et que j’en tirais un mutuel bénéfice avec mon médecin référent. Je m’engageais à passer systématiquement par lui, et en échange, je n’avançais pas la consultation. Échange de bons procédés. De son côté, il tenait mon dossier à jour, et s’engageait à limiter les actes et à favoriser les médicaments génériques dans ses prescriptions. Suivi, limitation des dépenses, génériques, non multiplication des médecins : un code de bonne conduite.

Bref, la philosophie inverse : le choix contre l’obligation, la compensation contre la sanction.

Évacué le médecin référent, les codes de bonne conduite, l’adhésion citoyenne. Car nous ne sommes que des sales ingrats qui ne comprennent que la menace et le gourdin. Vive le médecin traitant, et son parcours du combattant, ses participations forfaitaires, ses baisses de remboursement, ses sanctions.

Soumettez-vous!

Deux réformes, deux lignes de conduites, deux visions du monde. Et une cohérence certaine dans le projet politique.

Notes

[1] La question est : quelle sont les opérations à moins de 91 euros? L’extraction d’une carie dentaire à la hache?