De la démocratie comme d’une rencontre sportive.

Nous vivons dans une démocratie parlementaire.

Cela suppose la séparation et l’indépendance des trois grands pouvoirs : l’exécutif, le législatif et le judiciaire.
Autrement dit et vite dit, le gouvernement propose, le parlement dispose, les forces de l’ordre font respecter et les juges appliquent.
Bien entendu, cela ne tient pas compte d’autres grands pouvoirs non démocratiques qui ont bien pris leurs aises ces derniers temps, comme les médias ou les milieux financiers.

Chacun, et c’est de bonne guerre, tente de tirer un peu plus la couverture à soi et essaie par divers subterfuges de rogner un peu plus de pouvoir que ce qui lui échoit naturellement.

Petits arrangements entre amis.

C’est ainsi donc que l’exécutif avait décidé de faire de la question du projet de loi relatif au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information une affaire urgente, tellement urgente qu’elle s’est retrouvée programmée à l’Assemblée Nationale les 20 et 21 décembre derniers au coeur de la nuit, à une encablure des fêtes de fin d’année.
La société civile veillant au grain, ce qui devait être une petite veillée funèbre pour le logiciel libre et autres incongruités non-marchandes en comité restreint s’est retrouvé brutalement mis en lumière grâce à la mobilisation massive des internautes. Du coup, pas de loi passée sous le boisseau, mais de vrais débats passionnés avec des vrais votes qui ont conduits à l’impensable : le rejet de 2 amendements du DADVSI, malgré des pressions diverses et variées.

Les démocrates avaient commencé à se réjouir légitimement de cette petite victoire législative qui se trouve n’être pas du goût de monsieur Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et donc, à ce titre, membre de l’exécutif. Du coup, il décide de revenir sur ce vote des députés[1], en le reportant à une période plus propice à la réalisation de son bon vouloir. Parce que voilà, l’Assemblée légifère en toute indépendance, dans la mesure où cela ne contrarie pas le gouvernement.

Pour comprendre toute la portée politique de cette histoire, rien ne vaut un petit exemple bien parlant.

Aux chiottes l’arbitre!

Imaginons un match décisif entre le PSG et l’OM. Déjà, on trouverait devant le petit écran bien plus que les 678 habitués de LCP… Imaginons ensuite qu’en plein milieu du match, alors qu’un soudain retournement donne une confortable avance à l’OM, l’arbitre siffle l’interruption du match. Déjà, ça chaufferait dans les tribunes.
Puis que l’arbitre explique qu’il reporte le match à une période ultérieure plus favorable au PSG et qu’on rejouera alors le dernier but, histoire de redonner aux Parisiens l’opportunité de gagner le match, conformément aux vœux de l’arbitre.

Bien sûr, ce n’est qu’un exemple et en plus je n’y connais rien en foot! Ce dont je suis sûre, ce que dans les minutes qui suivraient ce serait la guerre civile en France avec des exactions qui feraient passer les événements de banlieue du mois dernier pour une plaisante kermesse d’école communale!
Tout le monde réclamerait la tête de l’arbitre sur un plateau avec du persil dans tous les orifices et on verrait un tas d’experts et de personnalités monter au créneau, envahir les espaces médiatiques pour dénoncer ce coup d’état sportif, cet intolérable détournement de l’éthique sportive, ce parti-pris honteux, et d’aucun de chercher qui a bien pu acheter ce salopiot d’arbitre, ce furoncle honteux planté au derrière de la fierté nationale comme un herpès suppurant au coin des lèvres d’une jeune mariée. La populace, furax qu’on lui confisqua ainsi un grand moment de fraternité et d’égalité, envahirait Les Champs Elysées, réclamant la tête du traître et exigeant immédiatement la tenue d’États Généraux des grandes instances sportives, la remise à plat du système et de ses règles et une distribution gratos de bibine pour tous! Un grand élan populaire déferlerait à la face des suffisants, des méprisants et des corrompus qui s’empresseraient de balayer devant leur porte et de remettre les clés de la ville au bon peuple, avant de fuir au loin en passant par Varennes! Bon sang de bois, on verrait de quoi sont fait les Français, et on garderait un souvenir ému pour des générations de ce grand soulèvement spontané pour plus de justice, de paix et tout ça!!!

Mais ce n’est qu’un exemple, une image, une manière d’illustrer mon propos.

Parce que dans la vraie vie, ce n’est jamais que la démocratie qui vient de se faire trousser comme une fille de joie dans l’enceinte où débattent les représentants du peuple.

Donc nulle colère, nul Grand Soir, il ne s’agit que de petites affaires entre amis, loin de nous, loin des vrais préoccupations de nos concitoyens : quelle robe pour le réveillon? Dois-je acheter une dinde équitable? Comment s’empiffrer pendant les fêtes sans ressembler à une barrique à la rentrée? Pourquoi dois-je toujours trouver des cadeaux nuls, chers et inutiles, à la dernière minute le 24 décembre, faisant chier les vendeurs qui n’ont pas besoin de rentrer chez eux, retrouver leur famille? Dois-je me prosterner devant une icône Coca-Cola?

Bref, des vraies préoccupations, pour des vrais patriotes qui font claquer la carte bancaire pour soutenir l’économie marchande pendant qu’ils le peuvent encore et qui laissent les vrais professionnels de la politique s’occuper des questions ennuyeuses au mieux de leurs intérêts.

Finalement, on a la démocratie que l’on mérite!

Notes

[1] Dont un bon nombre de sa propre majorité!