… comme par la corde qui soutient le pendu!

Hier, je raconte que c’est de moins en moins la fête du slip à la maison et ce matin, la CAF m’appelle pour en remettre une couche!
Non seulement, je perd définitivement ma misérable allocation logement, mais en plus, j’ai des dettes.

Récapitulatif

En juillet dernier, après plus de 2 ans de recherches d’emploi énergiques et infructueuses, j’arrive au terme de mon ARE. Sachant que notre niveau de vie va encore se casser la gueule de 2 ou 3 marches de plus, j’envoie simultanément un dossier de demande d’ASS et un autre pour une allocation logement, tout en poursuivant mes démarches de création d’entreprise. Et bien oui, faute de grives, on mange des merles, faute d’emploi salarié, on tente l’aventure entreprenariale.
Comme il me manque quelques semaines de boulot ces 10 dernières années, je me retrouve sans aucun revenu, mais heureusement, la CAF me fait l’aumône de la folle somme de 160 € pour nous aider à payer le loyer. Sur ce, je crée mon entreprise et du coup, je sors des listes ASSEDIC.

La semaine dernière, je reçois un courrier m’annonçant la suppression immédiate de l’allocation logement pour cause de recoupement avec les fichiers ASSEDIC. Je renvoie un courrier.
Et tout à l’heure, je reçois un coup de fil de la CAF.

  • Nous avons reçu votre courrier et suite à cela, j’ai préféré vous appeler directement.
  • Merci beaucoup
  • En fait, vous déclarez avoir créé votre activité le 5 septembre dernier…
  • Oui, c’est ça.
  • Le problème, c’est qu’on vous a accordé l’allocation logement en août car vous déclariez être chômeuse non indemnisée.
  • Oui, au moment de la déclaration, c’était bien le cas.
  • Oui, bien sûr, mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’en tant que chômeur non indemnisé, vous avez eu le droit à l’allocation parce que nous avons neutralisé vos revenus de 2004. Mais, là, comme vous êtes sortie du chômage, on reprend en compte vos revenus 2004.
  • Oui, d’accord, mais en attendant, je n’ai pas de revenus quand même, ici et maintenant.
  • J’applique les règlements. Ce qui signifie que non seulement nous ne vous versons plus rien, mais que l’on va vous réclamer le trop-perçu.
  • Attendez… quel trop perçu?
  • En fait, depuis septembre, vous n’auriez rien dû toucher.
  • Je ne comprend pas. On vient de passer sous le seuil de pauvreté et vous me dîtes que non seulement nous n’avons plus le droit à l’allocation logement, mais en plus, il faut vous rembourser?
  • Oui, comme vous êtes indépendant, on ne peut connaître vos revenus qu’à la prochaine déclaration… en juillet prochain.
  • Oui, mais c’est maintenant qu’on en a besoin, pas dans 8 mois.
  • C’est le règlement.
  • Si je comprend bien, je n’aurais pas du tenter de m’en sortir.
  • Vous dîtes que vous prenez en compte les changements de situations, mais pour ce qui est des revenus, ce n’est pas avant 8 mois?
  • C’est comme ça, je suis désolée. Vous pouvez toujours contacter une assistante sociale. Demandez un recours gracieux sur votre dette, et comme ça, avec un peu de chance, on l’annulera.

Comme quoi, il n’y a pas de Florent Pagny qui a des motifs de se plaindre de l’iniquité des institutions françaises!

En fait, tout ça commence à me miner un peu sur les bords. Je me sens comme le rat dans le labyrinthe du labo. De temps à autre, je trouve un bout de fromage ou une décharge électrique, mais j’ai de moins en moins l’impression de maîtriser mon destin. Je trouve chiant de ne plus rien avoir de drôle à raconter. Je trouve déprimant de ne plus avoir de solution.
Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Je me refuse encore à courir en hurlant alors même que je sens le sol qui se dérobe sous mes pieds.

Sans cesse, on nous présente la machine à broyer les hommes et les femmes comme une fatalité, comme l’émanation de quelque ordre naturel et supérieur, une désagréable nécessité, mais je ne vois que des personnes en face de moi, qui choisissent leur camp en espérant passer au travers des mailles du filet. J’ai parfois l’impression d’être un pion perdu dans l’ultime folie des Monty Python. Mais non, tout cela est sérieux et réel.
Je sais que je ne suis qu’une particule perdue dans le flot de ceux qui sont en train de perdre la partie. Je sais que le fonctionnement d’une société humaine est purement un choix politique et ne doit donc rien au hasard ou à la fatalité. Il y a toutes ces choses, tous ces faits, tous ces savoirs, qui permettent de comprendre qu’il y a une volonté derrière tout cela, mais quand c’est sur votre petit museau de nombril du monde que cela tombe, c’est tout de même un formidable sentiment d’incrédulité et d’injustice qui vous assaille, comme seul peut le ressentir le môme de 10 ans qui est en vous, qui a refusé de grandir et qui assiste à vos multiples métamorphoses depuis tout ce temps!

Toute mon enfance, j’ai eu une peur ignoble de la pauvreté. La peur de manquer. La peur d’être seule au monde, sans rien. J’ai été élevée par ma grand-mère, laquelle a commencé à bosser dès 7 ans et n’a connu qu’une vie de privations. Quand on vient d’une famille pauvre, on sait que l’on n’héritera que d’une histoire et d’une conscience de classe, que tout ce que l’on ne possédera jamais, on l’aura gagné, sous après sous. On sait que l’on ne peut que compter sur soi. Mais voilà, on m’a aussi inculqué des valeurs, des principes, des idées. Comme a tant d’autres, on a appris que le travail, le sérieux et la rigueur sont toujours récompensés. Que si l’on travaille dur, on s’en sort. Et que l’éducation est la clé de l’édifice.
Autant dire que je n’ai même plus de valeurs à céder à ma fille, car tout ceci appartient à un monde révolu.

Mon pire cauchemar, étant gosse, c’était quand je rêvais que j’étais nue au milieu de la cours de récré.
Aujourd’hui, je commence seulement à percevoir le sens profond de cette peur.
Me voilà nue au milieu de la cours de récré. Et il va falloir survivre!