La firme Toyota frappe un grand coup pour le lancement de la nouvelle génération de Yaris.

Toyota n’est déjà pas peu fière d’annoncer la création de plus de 1000 emplois sur le bassin de Valenciennes. Bien sûr, seul un tiers de ces embauches sera le fait de contrats durables, mais dans le fief de Borloo, on ne s’arrête pas à ce genre de détail.

Là où l’entreprise fait fort, c’est quand elle fait de cette annonce un argument, non, que dis-je, L’argument commercial d’une publicité que j’ai découverte hier soir sur le service publique.
On y voit une petite Toyot’ se mettre à vomir un flot continu de gens, tel un tourniquet de la RATP aux heures de pointe. Au bout d’un moment, le flôt se tarie et cette foule assez importante se regroupe autour de la voiture avec un air particulièrement réjoui, pendant que la voix off annonce que grâce à cette voiture, Toyot’ gratifie Valenciennes de 1000 emplois. Personne ne dit : "Achetez Toyot’, vous soutenez l’emploi en France", mais le cœur y est. C’est la première fois qu’une entreprise place l’argument social avant les bénéfices produit, et ça c’est très nouveau. Bien sûr, la très institutionnelle et moche "Vos emplettes sont vos emplois!" ne compte pas. Quelque part, cela sous-entendait que s’il y avait du chômage, fallait pas couiner et arrêter de se payer du made in China. Alors que chez Toyota, l’acte de consommation n’est même pas évoqué. L’annonce, c’est les emplois.

Cela signifie plusieurs choses.
  • D’abord que le marketing social émerge. Les décideurs (enfin, ceux de Toyota, en tout cas) on pris conscience de l’importance que les aspects sociaux de l’entreprise peuvent avoir sur les actes d’achats. Cela fait des années que je suis panneliste pour des boites de sondages[1], et depuis plus d’un an, j’ai remarqué la récurrence d’une question : "Avez-vous, ces 12 derniers mois, renoncé à un achat ou conseillé à des amis de renoncer à un achat pour des questions de conviction ou en fonction des pratiques d’une entreprise?". La question n’est pas formulée exactement comme ça, mais chaque fois que je coche oui, cela conforte l’idée que les achats peuvent avoir une conscience politique.
  • Contrairement à ce que nous serinent les MEDEFiens dans leur sempiternel choeur de Cassandres, produire en France n’a pas l’air si désavantageux que ça pour une firme internationale. Effectivement, Toyota aurait très bien pu aller s’installer en Roumanie, si le coût du travail était si désastreux que cela chez nous. Je ne pense pas que le constructeur automobile nippon ait été l’élève de Mère Thérésa ou qu’il s’assoit tranquillement sur un bout de bénéfice, si minime soit-il.
  • Enfin, je me demande combien, au final, cette opération va coûter aux contribuables Valenciennois. Car Toyota n’étant justement pas une œuvre caritative, je pense que le père Borloo à dû mettre la main à la poche pour convaincre le constructeur que ce site, vitrine du modèle de la cohésion sociale à la sauce Borloo, méritait plus que les autres qu’on y développe la production, et donc l’emploi…

Quoi qu’il en soit, je suis satisfaite de ce que j’ai vu. Parce que si la gestion sociale des entreprises devient un argument de vente, finalement, cela ne peut qu’être bénéfique aux salariés. Même un monstre comme Wal Mart s’est bien rendu compte qu’il n’est pas possible d’optimiser les profits si les consommateurs se mettent à bouder vos magasins pour cause de maltraitance salariale. Bien sûr, eux n’ont toujours pas compris que la vérité (une amélioration réelle des conditions de travail des salariés) est plus payante qu’une propagande risible et mal ficelée, mais si cette tendance se confirme, un bilan social propre deviendra un viatique incontournable.

La révolution des pratiques viendra-t-elle plus du bon usage de la carte banquaire que du bulletin de vote? Et si le consommateur se souvenait qu’il est avant tout un citoyen?

Notes

[1] Rendez-vous compte, chaque fois que je dis une connerie "gôchiste", c’est comme si 20 000 Français la disaient en même temps. Ça vaut le coup de répondre aux enquêtes d’opinion ou de consommation, non?