Et oui! Cela faisait des jours, des semaines, voire des mois que vous teniez le coup et là, paf, vous en avez grillé une…

Comme je l’ai dis dans les billets précédents sur le sevrage tabagique, on ne peut jamais estimer être redevenu un non-fumeur, mais seulement un fumeur abstinent. Autant dire que même des années après, la rechute guette toujours.
Dans la majorité des cas, c’est un peu l’occasion qui fait le larron. Dans les minutes qui précédaient la rechute, vous ne vous doutiez de rien. Il s’agit le plus souvent d’une pulsion, entretenue par l’environnement (soirée enfumée, stress, choc émotionnel) à laquelle, soudain, vous vous laissez aller. Ceci dit, pas la peine de déclencher le plan orsec : il suffit d’en rester là et de ne pas s’enfiler le paquet dans la soirée.

Circonstances atténuantes

Cela fait maintenant 3 ans, 5 mois et 28 jours que je vis sans tabac (pour écrire ça, il a fallu que je compte longuement sur mes doigts) et je n’y pense plus. Autrement dit, à ce stade, c’est vraiment très facile. Pourtant, on n’est jamais à l’abri d’une rechute, je peux en témoigner.

Cela faisait plus d’un an que j’avais arrêté de fumer, j’avais passé le stade de l’obsession et des pulsions fulgurantes. Je ne pensais plus très souvent à mon état d’ex-fumeuse. Après un an de chômage, je venais de décrocher un entretien d’embauche pour un poste de Responsable de cellule de veille stratégique, un truc qui me correspondait pile poil, qui me faisait envie, mais qui avait juste un gros inconvénient : le poste était à Clermont-Ferrand, soit 500 km et 5 heures de route, et pas de la meilleure. Le rendez-vous était à 14h00, je me suis levée à 5h30, petit déj’ et sur le coup de 7h00 : en voiture Simone!
Le chemin était plutôt agréable. A la mi-octobre, il y a des couleurs splendides sur le plateau des Milles Vaches et l’autoroute Brive-Clermond est magnifiquement déserte. Ceci dit, cette fichue autoroute n’allait pas jusqu’au bout et j’ai fini le parcours sur de petites routes charmantes, certes, mais encombrées de tracteurs et de camions souffreteux. Tant et si bien que j’attrapais une violente migraine de fatigue comme j’en ai le secret et que j’ai dû quémander une aspirine dans un troquet enfumé pour pouvoir continuer mon chemin. Au final, je suis arrivée vers 13h00 dans une ville pas très riante, pas très jolie, mais c’est sûrement parce que je ne suis pas entrée par le bon côté…

Un sandwich pas terrible plus tard, pris dans un bistrot qui sentait bon les relents de FN, je me présente à mon RDV à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Clermont-Ferrand. On me fait patienter. Je suis sur une sorte de fauteuil pas terrible non plus où il est difficile de n’être pas avachi, dans un immense hall d’accueil qui n’est pas sans m’évoquer une gare. Il y règne une température quasi tropicale qui me fait regretter amèrement le petit pull que j’ai acheté pour l’occasion et que je porte à même la peau.
Finalement, après un temps qui m’a semblé d’autant plus interminable que la fatigue de la route me tombait sur les épaules, arrive une sorte de poisson pilote qui doit me guider à mes interlocutrices.

Nous sommes dans une petite pièce de réunion où il fait encore plus chaud, me semble-t-il et je me jure de ne plus mettre de pull pour un entretien d’embauche. Il s’agit de 2 responsables de service et elles commencent, chacune à son tour, à me raconter les grands projets de la Région Auvergne, les missions de la CCI, le fonctionnement de leurs services, leur volonté de développer une cellule de veille au sein de la CCI. Je prend des notes, recoupant les informations au fur et à mesure qu’elles arrivent[1] tout en évitant de penser à la chaleur que je trouve suffocante[2]. Elles survolent mon CV, m’interrogent sur mes missions précédentes : je viens d’une autre CCI, je connais ce type d’organisation, tout va bien. En face, elles ont l’air contentes, mais pendant que je relis mes notes en diagonale, je me rend compte que plein de choses ne collent pas.

  • La cellule de veille est rattachée à quel service en fait?
  • La documentation
  • Mais quel est le niveau de reporting?
  • Vous en référez à moi qui en réfère à elle (sa voisine).
  • Je ne dépend pas de la direction directement? En théorie, ce genre de structure est autonome.
  • Non, vous dépendez de la documentation
  • Je dispose de quel budget pour mettre en place la cellule et de quels effectifs?

Silence gêné.

  • En fait, cela doit se mettre en place petit à petit, votre affectation principale est la documentation.
  • Pardon? Je ne comprend pas très bien.
  • Vous êtes chargée de l’assister à la documentation (en montrant sa voisine) et quand vous avez du temps, vous travaillez de façon autonome sur la cellule.
  • Avez-vous la moindre idée du travail que ça représente de mettre en place une cellule de veille stratégique opérationnelle et fonctionnelle, quelque chose d’efficace et non un gadget?
  • Nous vous laissons faire en totale autonomie et nous reportons vos résultats à la direction.
  • L’annonce parlait d’un responsable de cellule de veille stratégique, avec expérience…
  • En fait, c’est notre documentaliste qui change d’affectation. Nous avons besoin de la remplacer.
  • Ce n’est pas du tout ce dont il est fait mention dans l’annonce. Comme vous le saviez en me convoquant pour cet entretien, j’ai de l’expérience et je viens de faire 500 km. Il est évident que je n’aurais pas fait le déplacement pour un poste de documentaliste payée… payée combien, au fait?
  • Dans les 1200 €…
  • Franchement, une cellule de veille, ça ne se monte pas par dessus la jambe et si vous vouliez un documentaliste, il suffisait de recruter un emploi jeune dans le coin. Je suis désolée que nous ayons perdu notre temps à ce point.

Et c’est ainsi que j’ai clôt, bouillonnant intérieurement et extérieurement, un entretien éprouvant de plus de 2 heures. Je pense qu’à ce moment, j’ai dû avoir une phénoménale pulsion de clope : j’étais crevée et fumasse, il était tard et j’avais plus de 5 heures de route devant moi. J’ai appelé ma vieille copine Sandrine qui m’avait proposé de dormir chez elle à Montauban, m’économisant de fait 2 heures de route, la nuit, qui plus est!

J’ai repris la route aussi sec, ne pensant plus qu’à quitter ce trou peuplé d’hypocrites à 2 balles. Leur plan était simple : engager un documentaliste sur-dimensionné pour le poste, et lui faire bricoler une cellule de veille roulée sous les aisselles sur le temps restant, en totale autonomie. Ce qui signifiait que s’il se plantait, ce serait de sa faute à lui tout seul et que s’il réussissait, la petite bande d’escrocs n’aurait plus qu’à s’en attribuer tout le mérite auprès de la direction : "Regardez ce que nous avons réussi à monter tous seuls sans financement". Pour ma pomme, c’était perdant-perdant. Et comme si j’allais plaquer ma Gascogne pour un job ingrat et mal payé dans un bled paumé…

La route fut d’autant plus longue que la nuit était tombée et que je décompensais. Je voyais à peine la route, éblouie par les phares, et je me demande encore comment je suis arrivée entière chez ma meilleure amie.
J’étais au bout du rouleau mais contente de la revoir. Après le repas, on a discuté comme on l’a toujours fait, sauf qu’elle fumait et pas moi. Et au bout d’un moment, entre la fatigue, l’énervement et la fumée qui m’entourait de sa promesse d’apaisement, j’en ai pris une.

J’ai bien fait de craquer ce soir-là. Parce que cette clope était particulièrement dégueulasse, comme si je fumais du foin et j’ai la tête qui s’est mise à tourner immédiatement. Autant dire que c’était flippant, affreux et pas réconfortant pour un sou. Je savais qu’en insistant un peu, ça irait mieux, mais je me suis mise à tousser, et j’ai laissé tombé à la deuxième latte.

Cette histoire m’a appris plusieurs choses : que si l’on fume longtemps après avoir arrêté, c’est suffisamment écœurant pour qu’on ne replonge plus. Que, comme avant, la clope n’aide en rien. Qu’une situation ultra stressante peut se gérer sans cigarette. Et que je ne suis pas prête de remettre les pieds à Clermont-Ferrand!

Notes

[1] j’aurais du être analyste : le recoupement d’infos, c’est vraiment mon truc… m’enfin!

[2] A la décharge de la CCI, qui chauffe ses locaux comme la plupart des bureaux de ce pays, c’est à dire autour de 23 °C alors que je vis facilement à 18° chez moi