Hier, Simon Wiesenthal est mort. Disparition d’un juste. Leçon pour l’inhumanité!

Pour beaucoup de gens, ce nom ne signifie rien. Pour moi aussi, jusqu’à ce que je découvre il y a quelques années cet étonnant personnage dans un téléfilm obscur retraçant sa vie.

Rescapé des camps de la mort, Simon a, par la suite, consacré sa vie à pourchasser les criminels nazis dont certains étaient tranquillement protégés par la Trés Sainte Eglise Catholique en Amérique Latine (comme quoi, on a les amis que l’on peut). Il a réussi à en débusquer plus de 1100, un peu partout dans le monde , avec ses seuls moyens : des petits bouts de papier et une secrétaire.
Même si aujourd’hui il reste peut-être 2 ou 3 nazis grabataires qu’il n’a pas réussi à sortir de leur terrier, il est toujours réjouissant de penser que ses infatigables cherches ont bien dû leur pourrir la vie faute de leur redonner un semblant de conscience.

Ce que peut faire un seul homme…

L’histoire de Simon est exemplaire. Elle raconte ce que peut parvenir à faire la volonté d’un seul homme face à l’apathie du monde entier. Alors que l’Europe de l’après-guerre se serait bien contentée d’un confortable manteau d’oubli, voire une petite pointe de négationnisme, un homme seul retrouve Eichmann, grand exécuteur de la solution finale et le fait traduire en justice. Ce procès, magnifiquement rapporté par la grande Hannah Arendt qui développera autour de cet homme sa théorie de la banalité du mal, fut une bonne piqûre de rappel à la face du monde.

Le problème de l’œuvre de Simon Wiesenthal, c’est qu’elle met en relief l’apathie des institutions qui auraient pu être concernées par cette soif de justice et d’explication. Finalement, sans son dévouement sans faille à cette tâche que lui avait confiée d’autres déportés moins "chanceux" que lui, la plupart des responsables de ce grand crime contre l’humanité auraient pu couler des jours heureux, un peu partout dans le monde, sans que jamais justice ne soit rendue. A moins que finalement, tout le monde ne se soit dit "bien, puisqu’il y a le petit juif autrichien qui s’en occupe pour nous, laissons-le faire et occupons-nous de nos moutons"… Sauf que mon petit doigt me dit que s’il n’y avait pas eu de petit juif autrichien acharné, tout le monde aurait tout de même continué à vaquer à ses occupations sans autre forme de procès.

Justice pour tous?

Alors, forcément, on se pose la question de savoir si chaque cause va trouver son Simon Wiesenthal, si chaque criminel en ce monde peut avoir l’assurance que tôt ou tard, il devra répondre de ses actes. Parce que le crime ne doit pas payer, n’est-ce pas?
Alors qui va se fader la traque des coupe-coupe du Rwanda? Qui va débusquer les petit nazis de Bosnie?

Mais surtout, qui va vraiment oser s’en prendre aux plus grands criminels de notre temps? Ceux qui ne se cachent pas. Ceux qui décident d’un trait de plume de la vie ou de la mort de millions et de millions de gens sur notre planète? Ceux qui assènent que pour relever un pays, il faut plonger son peuple dans la misère? Ceux qui ne trouvent qu’il n’y a jamais assez d’austérité pour les plus pauvres? Ceux qui décident que 2€, c’est encore trop cher pour sauver un gosse du palu. Non, pas un gosse, des millions de gosses!
Ces gens-là, personne ne les a élu. Aucun peuple ne leur a donné mandat pour les réduire à la misère. Ils n’ont pas de nom, pas de visage. Comme les petits fonctionnaires au service du rouleau compresseur nazi, ils sont interchangeables à l’infini, propres, rasé de près, en costumes 3 pièces, ils ont le parfum de la banalité du mal. Sans aspérité, sans état d’âme, il préconisent les mêmes mauvaises recettes économiques à travers le monde depuis plus de 25 ans. Comme Attila, là où ils passent, la prospérité des peuples ne repousse pas. Ils prescrivent toujours plus de misère, toujours plus d’austérité et quand il ont fini leur boulot, les classes moyennes ont disparu, la pauvreté touche 80% de la population. Mais il est vrai que l’abondance est là pour les 20% qui restent, et qui en redemandent.

FMI, Banque Mondiale, OMC, OCDE…, des organismes non démocratiques pilotent notre planète pour leur seul profit et celui d’une poignée d’autres. Ce sont eux qui décident que les salaires sont toujours trop élevés, l’éducation ou la santé toujours trop chères. Ce sont eux qui explicitent la nécessité de conserver un taux de chômage élevé, pour lutter contre l’inflation.

Mais je pense que pour ceux-là, il va nous falloir une armée de Simon Wiesenthal…