Le chômage en juin recule de 1,4% : Villepin, Breton et Borloo sabrent la rôteuse et nous, on s’offre une loupe pour examiner ce chiffre d’un peu plus près!

L’une des premières choses que l’on apprend en sociologie (ce repère de futurs chômeurs inutiles!), c’est qu’il faut se méfier des statistiques et des conclusions faciles qu’elles suggèrent. Parce que des statistiques sont des objets mathématiques particulièrement faciles à manipuler, il faut être attentif et méticuleux, surtout lorsqu’il s’agit de données sensibles, comme les chiffres du chômage.

Définitions du chômage

Les statistiques mesurent un objet social qu’il convient donc de définir avec précision. Car selon la définition, les chiffres peuvent changer terriblement.

Qu’est-ce qu’un chômeur?
Un gars qui ne travaille pas! Oui, mais cela fait du monde, entre les étudiants, les enfants, les vieux, les femmes au foyer, les malades… etc. Donc, une personne en âge de travailler, qui ne travaille pas. Si ce comptage retire les vieux et les enfants, restent encore les femmes au foyer, les rentiers, les malades, les handicapés. Rien de simple en fait.
Selon la définition, on a donc plus ou moins de chômeurs, sachant que ce chiffre est sensible, il convient donc d’avoir la définition la plus restrictive possible pour avoir le moins de chômeurs comptabilisés possible :

Définitions officielles du chômage

Les catégories au service du décompte

Une fois la définition établie, si l’on trouve qu’il reste encore trop de chômeurs, on peut établir au sein de cette population des catégories, selon différents critères, catégories qui peuvent permettre de sortir un certain nombre de chômeurs tels qu’ils sont définis plus haut des statistiques officielles :

Classement des chômeurs par catégorie

Dans notre pays, il a été décidé de ne compter que les chômeurs des catégories 1 et 6 et de ne pas faire apparaître dans Le Chiffre du Chômage, tous ceux des autres catégories. Pourtant, ces gens n’en restent pas moins privés d’emploi.
Armés d’une calculette, nous pouvons donc compter l’ensemble des personnes à la recherche d’un emploi :

  • Cat. 1 = 2 282,0
  • Cat. 2 = 431,1
  • Cat. 3 = 279,4
  • Cat. 6 = 501,2
  • Cat. 7 = 89,5
  • Cat. 8 = 137,3

Total chômeurs selon la définition officielle : 3,7205 millions

Ce qui ne correspond pas du tout au chiffre annoncé de 2,9247 millions, soit 800 000 personnes qui sont passées à la trappe.

Chiffre chômage juin 2005

Autre enseignement intéressant du tableau des catégories : le nombre des chômeurs qui travaillent!

  • Chômeurs ayant bossé de 1 à 78h dans le mois : 485 000
  • Chômeurs ayant bossé plus de 78h dans le mois : 728 000

Total des chômeurs qui ont bossé dans le mois mais qui sont toujours chômeurs : 1,213 millions

Ce qui fait que le tiers du nombre total de chômeurs a bossé dans le mois. Nous voilà soudain bien loin du cliché du chômeur fainéant tel que les gens qui ont pourtant accès à ces chiffres se plaisent à nous le dépeindre!
L’autre enseignement de cette lecture, c’est que l’accès au travail ne garantit pas la sortie du chômage, car le travail s’est fortement précarisé. Ainsi donc, les chômeurs servent de réserve de main d’œuvre ultra-précaire. On s’en doutait un peu, mais il est bon que les CHIFFRES confirment ce que l’intuition ou l’observation nous suggérait depuis longtemps.

Évolution du chiffre du chômage.

Comme toutes les données statistiques, le nombre de chômeurs évolue dans le temps.
En démographie de la population, les évolutions se font en calculant la différence entre les entrées (naissance, immigration) et les sorties (décès, émigration).

Dans le cas des chômeurs, il est particulièrement intéressant de voir comment se font les entrées et les sorties. Car, pour faire baisser le chiffre du chômage pas beau, il suffit de limiter les entrées tout en accélérant le rythme des sorties. Comme je l’ai déjà suggéré, sortir du chômage ne signifie pas forcément retrouver une activité.

Entrées au chômage

Il est bon de rappeler que ne peuvent être comptabilisés comme entrants au chômage que les travailleurs involontairement privés d’emploi, c’est à dire dont le chômage est subit et non voulu.
Ici, il est intéressant de remarquer que 31% des nouveaux entrants ne sont pas clairement définis quant au motif d’inscription, que les licenciements économiques ne comptent que pour 4% du total, que les licenciements, au total, ne représentent que 20% des entrants du mois de juin, face aux 30% d’inscrits résultant de la fin d’emplois précaires. Ce qui alimente le chômage, c’est surtout la précarité, c’est le principe de l’employé jetable.

Sorties du chômage

Le premier chiffre qui saute au visage, c’est la ligne pudiquement intitulée autres motifs de sortie qui représente à elle seule 64% des sortants du chômage. Les deux tiers des chômeurs qui ont quitté les statistiques en juin 2005, ont été purement et simplement radiés. Seuls 22% des sortants avaient retrouvé une activité, ce qui peut être effectivement un emploi (et pas forcément un CDI, donc à bientôt!) mais aussi la création ou la reprise d’une entreprise, ce qui n’est pas forcément la garantie d’être sorti de la précarité.

64% de radiations! Voilà qui relativise l’idée que les chômeurs ne sont pas assez sanctionnés, vu que la sanction est devenue le mode de régulation du chiffre du chômage. Le renforcement des santions envers les chômeurs ne vise qu’à améliorer les chances de parvenir coûte que coûte à faire baisser les statistiques du chômage sans avoir à répondre de la réalité du marché de l’emploi, marché très dégradé, en voie de totale dérégulation.

Bien sûr, on peut toujours argumenter sur le fait que 44% des radiés le sont pour absence de contrôle, que c’est donc de leur faute. Mais j’ai pu moi-même témoigner que l’absence de contrôle peut se décréter en l’absence de convocation, ou comme la bloggeuse Lavomatic, il suffit de se présenter un jour de fermeture pour travaux!
Il y a quelques mois, j’écrivais que même dans un contexte économique morose, il était possible de faire baisser les chiffres du chômage en manipulant les données et en accentuant la répression anti-chômeurs, pour pousser le plus de sans-emplois possible hors du dispositif censé les protéger. La récente inflation de la diatribe anti-chômeurs confirme que la répression reste aujourd’hui la seule manière de faire baisser arbitrairement le chiffre du chômage, en l’absence de toute politique de relance économique, seule capable de générer de l’emploi, mais pas n’importe quel emploi, de l’emploi stable et durable, seul garant d’une baisse réelle et durable du nombre réel des chômeurs.


Les chiffres sont librement téléchargeables et consultables sur le site du Ministère du Travail