Le plastique, c'est fantastique!
Par Agnès Maillard le samedi 23 juillet 2005, 19:59 - Brouhaha - Lien permanent
Dans la série des fonds de tiroir, ce petit article sans prétention, écrit à
l'occasion d'une Edition
Spéciale Ecologie de l'Echo du Village du 8 avril 2004, une forme de clin
d'oeil en contre-pied de discours toujours actuels.
Chronique d'une apocalypse annoncée.
Depuis plusieurs années, nos sociétés post-industrielles ont pris conscience de l'impact écologique de la consommation frénétique d'énergie fossile. Quelques efforts plutôt mous du genou vont dans le sens de la modération de la consommation d'énergie et de la recherche d'autres sources d'énergie renouvelable. Mais au-delà du volet énergétique, la pénurie annoncée de l'or noir va signer l'arrêt de mort de la civilisation du plastique.
Dans un excellent article paru dans Le Monde du 1er avril 2004, Yves
Cochet, ancien ministre du territoire et de l'environnement, dresse le
noir tableau des conséquences de la fin des stocks de pétrole. Dès 2010,
(horizon particulièrement palpable!), la production terrestre de pétrole aura
atteint son pic de production et nous commenceront notre longue descente aux
enfers dans un monde de pénurie.
Il est intéressant de noter qu'il s'agit là de la prise de conscience d'une
catastrophe annoncée. Vivant dans un monde fini
(le globe terrestre) et dépendant d'une ressource non renouvelable et
surexploitée, nous pouvions légitimement nous attendre, tôt ou tard, à une
situation de pénurie dramatique et irréversible. Au lieu de prendre des mesures
de limitation de la consommation de l'or noir, de recherche de ressources
alternatives, nous continuons de dilapider le pétrole comme si nous avions
l'éternité devant nous.
Cependant, les premiers signes concrets de prise de conscience au plus haut
niveau de la finitude de l'approvisionnement en pétrole se font jour avec une
certaine acuité. La Guerre d'Irak est la première
pétro-guerre, financée et dirigée par les industries d'extraction et
d'exploitation du pétrole qui cherchent dès à présent à assurer leur futur
approvisionnement d'une ressource dont la valeur devrait très prochainement
s'envoler.
Transports, chauffage, industrie, énergie : de nombreux secteurs vont
être totalement déstabilisés et la survie de nos modèles économiques va être
sérieusement remise en question.
Mais le plus gros des impacts prévisibles va toucher l'industrie pétrochimique
et l'un de ces produits les plus connus et utilisés au monde : le
Plastique!
Sacs dans les arbres, bouteilles dans la nature, déchets dans la mer… du point de vue écologique, le plastique n'a pas bonne presse. Sa grande durée de vie, sa faible biodégradabilité en fait un matériaux extrêmement polluant. Et pourtant, et pourtant…
Le plastique est partout, tout autour de nous, tout le
temps : objets divers et variés, emballages. Il entre aussi dans
la composition des fibres vestimentaires modernes, représente une part
croissante des éléments de construction des moyens de transport, des habitats,
et sont partout dans notre environnement immédiat : gaine de câbles,
électriques ou autre, tuyauteries, ustensiles de cuisine, jouets, accessoires
de mode, outillages, équipement électronique, l'informatique. Toutes les cartes
électroniques sont montées sur un substrat plastique, nos cartes bancaires sont
des bouts de plastique. Il y en a partout. Sans compter d'autres dérivées
pétrochimiques, comme les peintures, les engrais agricoles, les cosmétiques…
etc.
Enfin, ne perdons pas de vue que l'essentiel du plastique de nous consommons
est tout de même recyclable de très nombreuses fois.
Que serait dont un monde sans pétrole, et surtout, sans plastique?
Serait-ce un monde plus propre? On peut le penser dans un premier temps.
Mais allons-nous renoncer à nos objets quotidiens ou tenter de continuer à les
produire par d'autres moyens avec d'autres matériaux?
On peut envisager de revenir aux emballages en verre pour les aliments liquides
et semi-liquides, au papier pour les matières sèches. Ce qui implique de
renforcer fortement les industries du verre et du papier, mais aussi de la
métallurgie dont on ne peut dire qu'elles sont sans conséquence sur
l'environnement (pollution, déforestation… etc.). Pour les plastiques souples,
nous pouvons envisager de revenir au caoutchouc, mais combien faudra-t-il de
plantation d'hévéa pour compenser? C'est incalculable. L'impact sur la
faune et la flore serait terrible.
Et comment monter des circuits intégrés sur un autre support que le plastique?
Un autre matériaux aussi malléable, usinable, non conducteur et inerte? Le fait
est que la fin du plastique signifie l'abandon de très nombreuses applications,
comme l'électronique, omniprésente et donc la mise en œuvre d'industries de
substitution très polluantes et prédatrices de l'environnement.
La fin du pétrole, actuellement, signifie à court terme la fin de la civilisation de la technologie et de la consommation.
Ce serait peut-être une très bonne chose pour l'équilibre écologique de
notre biosphère, peut-être même pour l'humanité.
Mais à court terme, vu l'absence de planification de la gestion de l'épuisement
annoncé d'une ressource stratégique, la fin de la civilisation du pétrole
risque de générer un fantastique chaos économique, mais aussi géopolitique. Les
grandes puissances en présence, grands Etats, organismes supranationaux,
multinationales voraces, conglomérats
financiers, tous vont se battre pour détenir ce que l'on appelle en
géostratégie le despotisme hydraulique, c'est à dire la maîtrise et le
contrôle en amont d'une ressource vitale pour tout le monde. Il s'agit là d'un
pouvoir considérable, et il y a fort à parier que la bataille sera âpre et sans
concession pour la maîtrise des dernières sources du pétrole, sans
considération d'aucune sorte pour l'environnement ou les peuples.
Quand ce moment viendra (quand, et non pas si…), on risque de regretter amèrement l'ère joyeuse du plastique.





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Commentaires
Oh, ma poupoule, cet article a été l'annociateur de la grande histoire d'amour qui nous attendait, toi zet moi... (souvenir, souvenirs...)
Le tien sur le corail était aussi super bien, très documenté, comme tous les autres. T'as du neuf sur les cosmétiques?
Post intéressant qui pose le problème de ce qui se passera quand on n'aura plus de pétrole... mais pour le plastique, il me semble qu'on peut aussi en fabriquer à partir de plantes, non ?
http://www.domsweb.org/ecolo/plastique-bio.php
La fin du pétrole serait peut-être l'occasion d'avoir enfin un monde moins pollué...
Oui, effectivement, une partie des plastiques d'usage courant pourront être remplacés par des sortes de polymères à base de cellulose ou autres dérivés végétaux, mais à quel coût énergétique et environnemental? Pour l'instant, l'extraction de la cellulose est loin d'être une activité bio, comme l'industrie sucrière. Et la biomasse ne pourra pas fournir pour la chimie, le carburant, l'alimentation de milliards d'humains...
Les hommes se battent pour le pétrole. Un jour, ils se battront pour l'eau mais il sera déjà trop tard.
A partir de l'année prochaine, la production mondiale de pétrole va décroître à un rythme de plus en plus important, le pétrole conventionnel et facile à extraire comme le pétrole aux conditions d'extraction difficiles et très coûteuses.
... nous aurions une production limitée à 80 % dans 12 ans et à 50 % dans 20 ans, car les réserves de pétrole ont été surestimées.
Les piles à combustible et les biocarburants sont des solutions illusoires (il faudrait 3 à 4 fois la surface de la France pour remplacer le seul pétrole utilisé comme carburant).
Lire : http://travail-chomage.site.voila.f... pour en savoir plus.