Assimil, c’est un peu la bible du Globe-trotter qui ne veut pas mourir de turista idiot. J’ai décidé de m’adonner au voyage immobile.

La collection Assimil Evasion a maintenant son format poche, certainement pour voyageur polyglotteux de petite taille. C’est donc exactement ce qu’il me fallait. Le dépaysement pour seulement 8 €, sans compter la plus-value en ajoutant une langue de plus à mon arsenal de compétences machins.

Un visa pour l’évasion

Tout de suite, on se sent pousser des ailes et un déguisement d’Indiana Jones en kit :

Ce guide original, facile et agréable vous invite à découvrir
* les mots clés
* les expressions courantes
* les coutumes locales
Dès les premières pages, vous êtes initié aux structures de la langue XXXXX.
Un vocabulaire riche vous permet de comprendre et de vous faire comprendre.
De même, les pages consacrées à la communication vous donnent les moyens de faire face à toutes les situations.
Enfin, la présence d’une lexique utile et actuel développe votre capacité à dialoguer.
En enlevant les barrières de la langue
ASSIMIL langues de poche
est vraiment
le meilleur visa pour l’évasion.

Dans cette collection, il y a des trucs improbables comme le Tagalog, le Hiéroglyphe ou l’Italien pour fans d’opéra (si, si, je vous jure!).

En route pour l’aventure[1]!

Avant de prendre contact avec l’autochtone, il convient de se mettre en jambe avec 8 pages de présentation de la contrée et l’on enchaîne direct avec la grammaire et ses exemples tirés de la vie courante : Tè, espia : lo Pieròt que’s potonèja la Gisèla[2] ou Que’n soi hart de tot aquò, que me’n vau tornar tà casa entà’m har un cluc[3].
Enfin, après qüaranta-e-sheis pages, parce que même le numéro des pages est sous-titré, on attaque la prise de contact proprement dite.

Aquò qu’ei lo pertrèit deu praube toton tot menat[4]! En dehors du fait que ce machin ne se prononce rigoureusement pas comme il s’écrit, le défi du jour, c’est de réussir à le glisser l’air de rien dans le feu d’une conversation. Un peu plus loin, on apprend à dire oui, pas moins de 4 ouis différents, mais rien pour dire non, peut-être ne faut-il pas vexer l’habitant. Puis rapidement, viennent les expressions fleuries, Va te’n cagar a la vinha![5] qui mettront assurément du sel et du sport dans le séjour. En fait, plus on avance dans le bouquin et plus on s’enferre dans deux convictions : l’homme du cru n’est pas à prendre à rebrousse poil et appelle un chat, un chat et que les traducteurs d’Assimil sont des diplomates avertis qui trouvent toujours une traduction… civilisée des expressions les plus frappantes. Ainsi Que’m hès cagar, litérallement tu me fais chier devient un très acceptable tu m’exaspères.

Franchement, je me régale de ce voyage au coeur d’un pays jusqu’à présent inaccessible, celui des mots et de leur ancrage dans un territoire, celui, plus subtile au coeur des têtes et des images, des pensées et de la manière de voir le monde : Que’s cau mauhidar deu davant d’ua hemno, deu darrèr d’ua mula, e d’un curat de tots costats[6].
Bref, un truc bien fait, vivant, intéressant et marrant qui n’a qu’un seul défaut : ne sert rigoureusement à rien. Car cette belle langue imagée se parle surtout dans les maisons de retraite du côté de chez moi et le malheureux touriste qui viendrait en Gascogne en pensant converser dans cette langue chez le boulanger du coin passerait au mieux pour un pèc. Surtout que notre boulanger, lui, il parle Ch’ti![7]

Notes

[1] citation de Buzz l’Eclair, pour les ignares

[2] Tiens, regarde : Pierrot embrasse Gisèle!

[3] J’en ai marre : je vais revenir chez nous pour faire la sieste

[4] C’est le portrait tout craché de feu ton oncle

[5] Traduit par un poli Va au diable, alors qu’une traduction littérale est bien plus éclairante : Va t’en chier à la vigne!

[6] Il faut se méfier du devant d’une femme, de l’arrière d’une mule et d’un curé de tous côtés

[7] Assimil édite un tas de guides de conversation régionaux pour survivre près de chez vous! Totalement inutiles, donc complètement indispensables!