En ayant eu son quart d’heure de célébrité sur le réseau, ce blog a attiré des lecteurs de tous horizons, avec des avis tranchants et bien marqués. C’est une bonne chose que de ne pas ronronner entre soi. Mais quand ça tourne au pugilat à longueur de commentaire, ça finit par lasser.

Connard de riche et salauds de pauvres : c’est avec ce genre d’arguments que le débat ne risque pas d’avancer d’un pouce. Je ne sais pas si je dois me réjouir ou m’inquiéter de voir que mon lectorat vaguement récurrent s’est élargit vers la droite de l’ancien échiquier politique, mais ce qui est certain, c’est que les débordements et les attaques permanentes, ça commence à me lasser sérieusement. Est-ce que je traîne sur les sites libertaprout pour leur cracher dans les godasses à longueur de temps? Non, bien sûr, j’ai déjà bien assez à faire entre ma vie perso, pro, et netique pour ne pas en plus aller me chercher des noises là où la lecture devient forcément un exercice pénible et irritant. Je laisse ce job ingrat à mon ami Torpedo, dont je salue le courage, l’abnégation et l’ampleur de la tache tâche!

En résumé, cela fait quelque temps que des commentateurs ( qui sont du reste plutôt les bienvenus!), passent leur temps, non pas à me critiquer, mais à me descendre, genre, si je suis au chomdu, c’est bien fait pour ma gueule, je n’avais pas à crâner avec un diplôme de merde dont même leur chien ne voudrait pas pour garnir le fond de sa niche c’est très certainement du à l’inadéquation rédhibitoire de ma formation initiale ainsi que de mon total manque de discernement quant à la réalité du marché Marché. Autrement dit, le boulot, c’est comme les feuilles mortes, ça se ramasse à la pelle, et ceux qui n’en ont pas, ce sont juste des gros nazes qui puent tellement ils pètent plus haut que leur cul des inadaptés aux nécessaires transformations de la société post-industrielle.

Je profite donc de ce que je suis ici chez moi, pour répondre à mes détracteurs préférés

Le père Alain peut continuer à dire que mon diplôme est un boulet tout juste bon à se torcher avec, il se trouve qu’il ne m’a pas empêché de trouver déjà 3 boulots très diversifiés. Comme quoi ma formation n’est pas l’alpha et l’oméga de ma carrière et ce n’est jamais ainsi que l’ai pensé. Je mise essentiellement sur mes compétences acquises en entreprise et validées dans un milieu professionnel et sur mon expérience professionnelle. Toute autre lecture est totalement erronée. Mon fameux niveau de diplôme est pour moi un service + pour l’employeur, la garantie d’une formation de départ de qualité, de compétences rédactionnelles, d’analyses de données pertinentes, d’une solide culture générale, autant d’atouts pour une entreprise. Le seul endroit où je met ce diplôme en avant, c’est sur mon site consacré à l’éthologie, puisque c’est le seul endroit où cela est pertinent.

Comme beaucoup d’autres avec moi, je ne suis pas chômeuse de métier. J’ai bossé plusieurs années malgré ce vilain DEA tout pas beau, j’ai fait des heures sup., j’ai cotisé à une assurance chômage, j’ai payé des impôts, j’ai même déjà été recrutée à l’arrache, alors que j’étais encore en poste… si, si!
Même si j’ai commencé à travailler au SMIC (ben oui, je ne suis pas restée sur mon cul à me la péter avec le gros DEA moche qui pue sous les bras!, j’ai su rationaliser mon parcours professionnel en adaptant mes prétentions à l’état du Marché), j’ai su m’adapter, apprendre (je suis même championne toutes catégories de l’autoformation!), progresser et mes postes et rémunérations ont suivi! Je ne suis donc pas le gros bras cassé inutile et économiquement unbankable que certains se complaisent à décrire. J’ai même fini par presque correctement gagner ma vie. Je n’ai jamais vécu au-dessus de mes moyens. J’ai même toujours épargné. Je traverse aussi dans les clous. Mais voilà, l’économie s’est retournée comme un gant de toilette en 2002, j’ai été licenciée économique l’année suivante, et depuis, comme des millions d’autres, je suis le bec dans l’eau.

Comme des millions d’autres, je n’ai jamais baissé les bras, je continue à chercher, j’ai appris à vivre avec moins d’argent et je m’apprête à serrer la ceinture d’un cran de plus!

Ce que je raconte dans ce blog, ce n’est pas l’éternelle complainte de mon nombril à moi. Je fais le constat d’une société qui ne fonctionne plus correctement, de la stigmatisation des chômeurs, du fait que chaque jour, on licencie par charrettes entières dans ce pays, y compris dans des boîtes qui marchent très bien, que des pans entiers d’une population digne et besogneuse sombrent dans la misère et l’exclusion, que pour n’importe quel boulot de merde proposition raisonnablement acceptable, il y a un tsunami de candidats surqualifiés, que l’on aura beau fliquer, forcer, menacer, notre système économique est bâti sur des bases pourries et qu’il est en train de nous auto-consommer et que rien, je dis bien rien à l’heure actuelle n’est en mesure d’y changer quoi que ce soit, à moins de contester et de totalement remettre en question les objectifs même de notre société et de notre organisation économique.
La situation actuelle n’est pas le fait des agents individuels, pris dans les rouages d’une machine qui les dépasse très largement, ce n’est pas plus un dérèglement ou une conjoncture temporaire, il s’agit aujourd’hui du fonctionnement normal d’une société qui a perdu de vue la finalité même de son existence pour se consacrer aux seuls moyens de la perpétuation de sphères méta-économiques (finances spéculatives) qui sont totalement déconnectées du monde réel.

Bien sûr pour voir ces processus dans leur ensemble, pour appréhender la globalité des interactions sociales et économiques, il faut savoir se relever la tête du guidon et disposer d’outils d’analyses permettant de mettre en perspective l’ensemble des données dans lesquelles nous baignons tous, individuellement et collectivement.

Et c’est marrant, ces outils de lecture et décryptage, c’est mon diplôme tout pourri et boursouflé inadapté qui me les a donnés.