A défaut de présenter un projet de société, d’avoir une vision d’avenir, Thierry Breton, à l’instar de la classe politique actuelle, se contente donc de fustiger les Français, une fois de plus.

Regardez ce gouvernement et Dominique de Villepin : où est la ligne, où est la vision, où va-t-il ? Quelle est son analyse : pourquoi ça n’a pas marché jusqu’à présent et qu’est-ce qu’il faudrait faire pour que ça marche ? Rien, aucune analyse ! Des petites recettes à la noix. Depuis Chirac, c’est de pire en pire : aucune perspective, aucune vision, que des mesurettes. Et en plus on nous dit "attention, vous n’avez pas le choix", mais je demande à voir ![1]

Thierry Breton attaque donc directement en accusant les Français de vivre au-dessus de leurs moyens, en terme de protection sociale, cela s’entend.
C’est amusant, lorsque l’on sait que la France est l’un des pays les plus riches du monde et c’est encore plus drôle quand on sait que le pays présenté en modèle indépassable, celui qui fait rêver tous les résidents actuels des ors de la République, les États Unis, donc, ne vivent qu’à crédit sur le dos du reste de la planète :

les États-Unis, c’est un cas particulier : quand on peut vivre en épongeant les 3/4 de l’épargne du monde, il est évident qu’on peut faire à la fois de l’investissement et de la consommation, mais on se met à terme dans un sacré merdier. Les Chinois ne sont pas fous, ils ont le temps pour eux, ils accumulent les créances vis-à-vis des USA et un jour, ils vont être en mesure d’acheter tout l’appareil économique américain. [2]

Bref, l’idée c’est de nous convaincre que ce qui coule notre "modèle social", c’est le trop, comme trop de protection, trop de solidarité :

aujourd’hui on dit qu’il y a trop d’État, trop de masse salariale – qu’il faut une flexibilité de l’emploi et des salaires -, trop de protection sociale, trop de fonctionnaires, trop d’aides à l’étranger… Il n’y a que les revenus du capital qui ne sont pas de trop. Certains fonds de pension ont même dénoncé le "trop d’investissements productifs" parce que ça venait en déduction des dividendes ! La voilà, la rationalité dominante.[3]

Mais là où Thierry Breton devient carrément tordant, c’est quand il propose son panel de solutions, comme celle de travailler plus, leitmotiv qui tourne en boucle depuis 3 ans dans la bouche de nos gouvernants, avec le résultat que l’on connait.

Dans l’optique de la rentabilité du capital et du patrimoine financier, le chômage, c’est la variable d’ajustement. La finalité c’est le profit et le fric, et le chômage n’est pas le problème : c’est la solution ! Alors on fait semblant de le dénoncer et d’agir contre.[4]

Parce que rappelons tout de même que le énième pantin du refrain "faut remettre les Français au travail" a fait une brillante démonstration de cette assertion, quand il en a eu l’occasion en tant que dirigeant de France Telecom, en vidant pas moins de 27 000 personnes![5]
Beau score, non? En voilà quelques uns qui doivent apprécier le grand talent d’humoriste de notre "nouveau" sinistre de l’économie!

Notes

[1] René Passet pour Actu Chomage

[2] Idem

[3] Idem

[4] Idem

[5] Voir aussi : Thierry Breton, pro du licenciement.