Divorce à la française
Par Agnès Maillard le mercredi 23 mars 2005, 18:26 - TCE - Lien permanent
Le débat autour du TCE continue à faire les délices médiatiques des partisans du oui pendant que les citoyens appelés aux urnes sont de plus en plus convaincus par le non.
Hier soir je tombe complètement par hasard sur France Europe Express, l'émission de
Christine Ockrent pour ceux qui ont plus de deux neurones qui se touchent.
Evidemment, j'arrive en cours de route et comprend rapidement qu'il s'agit d'un
débat sur le TCE qui est arrivé au milieu
du guet.
Il y a là des gens qui sont franchement pour le OUI, des oui-oui, des
oui-mais, des oui-cependant et des oui-même si. Je
me dis que je suis peut-être arrivée trop tard pour les NON, ils ont disparu,
tant pis, ça m'apprendra. En attendant, le pluralisme des opinions est, comme
d'habitude sur ce sujet depuis le début, totalement respecté!
Aligné dans un décor de train de luxe, le public, tiré à 4 épingles, opine du
chef à chaque argument pour, avec la conviction des chiens à ressort
sur les plages arrières des voitures de bon goût. Il n'y a pas à dire, tout
cela fleure bon le pugilat démocratique, on se sent sans cesse au bord de la
rupture et on repense, en filigrane, aux prises de tête et invectives qui
fusaient en un autre temps, chez Michel Pollack.
Serge July, patron de l'ex journal de gauche, Libé, apostrophe sans
vergogne Martine Aubry sur ses électeurs de gôche,
ces abrutis, ces malpolis, un peu idiots, bêtement raleurs, qui mélangent tout,
forment le noyau dur du camp du non et ne lisent manifestement plus sa feuille
de chou!
Matine Aubry, la dame des 35 heures, l'ennemi du patronnat bon teint à la sauce
Seillières, martèle avec conviction son attachement au oui, tout en agitant
devant elle, avec une grande constance, un petit livre bleu
que je finis par identifier comme étant un exemplaire de la fameuse
constitution. Sauf que connaissant un peu le pavé de 475 pages, il est clair
que la version à laquelle Martine Aubry se raccroche comme un naufragé à sa
bouée a été éditée par le Reader Digest... ou écrit en format
microfilm, hypermétropes s'abstenir!
Je reste donc là, hypnotisée par le balai incantatoire du petit livre bleu, brandi tel un talisman. Chaque fois qu'elle énonce une vérité vraie sur le bienfondé de voter OUI, le petit livre bleu vient ponctuer sa phrase, la souligner, nous rappelant ainsi que elle, elle l'a lu! Le précédé n'est pas sans évoquer les maoïstes scotchés à leur célébrissime petit Livre Rouge de la Révolution ou plus près de nous, à cette bible implacable qui certifie les discours politiques américains... les Gens du Livre... ceux qui détiennent la vérité.
Puis, bizarrement, la reine Christine nous lance un invité de plus,
tenez-vous bien!, un partisan du NON! Il n'est pas sur le plateau, mais en
duplex de Bruxelles, là où tout se passe finalement. Elle le présente comme un
"altermondialiste connu, que les lecteurs du Monde
Diplomatique reconnaîtront", bref, un gars connu dans son pâté de
maisons.
Tout de suite, on sent que LE partisan du NON à été
casté avec soin : charismatique comme une moule-frites pas fraîche, il
s'exprime avec un accent terrible qui ne permet d'identifier qu'un mot sur
deux, quand le vent souffle dans le bon sens! En plus de cela, il répond
systèmatiquement à côté des questions-piège de la journaliste. Bref, je ne me
souviens plus du tout du nom du personnage, mais s'il écrit bien dans le Monde
Diplo, il est probablement bien meilleur à l'écrit qu'à l'oral. En plus, le
duplex a cela de bien, qu'il laisse en retrait l'invité qui y est enfermé,
permettant de couper le robinet à parole selon les besoins!
Et pendant que tous ces braves gens continuent à s'autocongratuler sur les
promesses du monde meilleur et plus juste que porte en lui le TCE, je sens que
les spectateurs vont continuer à de plus en plus se déterminer pour le NON. Un
petit tour sur les forums des sites des journaux nationaux et régionaux suffit
à s'en convaincre : il s'agit là d'un nombre écrasant de gens qui se
prononcent clairement pour le non et contre le bourrage de mou des
médias. Il y a comme un fossé irrémédiable qui se creuse entre nos
élites et la masse, le peuple, la foule, les gens, les citoyens comme vous et
moi.
Bien sûr, les personnes qui s'expriment sur Internet ne sont pas toute
la France. Alors comment expliquer leur décrochage massif du discours
ambiant des politiques et des médias?





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Commentaires
En effet ce pauvre prof en Belgique n'a pas vraiment eu le temps de s'exprimer.
Ce que je reproche à Aubry s'est de ne pas avoir donné des arguments points par points? Peut être aussi je ne suis pas resté jusqu'au bout du débat. (Suis partie au moment des messages des internautes...) Mais selon moi, s'ils veulent convaincre les gens de voter oui, il va falloir expliquer point par point, en citant je pense des parties de la constitution. Valable aussi pour les partisans du non
Les partisans du NON affutent leurs arguments et sont loin de la caricature que l'on fait d'eux :
Définition démocratique de Mamut sur Altermonde
Par Jacques NIKONOFF, sur Libé de hier matin
Jean-Jacques Chavigné, sur le grand soir.info
Bon, après vérification sur le site de ladite émission, je dois reconnaître que Petrella n'est pas forcément le plus convaincant sur ce coup-là (il connaît davantage la question de l'eau).
Un film de 30 minutes donne la parole à Raoul-Marc Jennar, Susan George, Bernard Cassen et Yves Salesse ici : http://lbsjs.free.fr/
Bientôt visible à la TV ! (Non, je déconne)
Merci pour ces liens pour les arguments du non. Je rajoute celui-ci, http://publiusleuropeen.typepad.com/publius/ , un peu d'argument positif pour le oui
Jack Lang a dit qu'il faut "étre patriote" et voter OUI. Partisans du NON, faîtes attention de ne pas glisser dans l'anti-patriotisme.