Pour un ministre de l’économie, Hervé Gaymard est un bien piètre comptable qui semble tout ignorer de la valeur des choses. Pire encore, il ne connait rien aux règles de décompte des heures de travail effectives!

Hervé Gaymard connait-il la valeur de l’argent, la valeur des choses? Ce serait la moindre des choses pour le Grand Argentier de France! Mais non, quand il s’agit de se loger, lui et sa nombreuse famille, il ne pense même pas à la valeur immobilière d’un 600 m² dans l’un des quartiers les plus huppés de Paris. Alors que des millions de ses administrés peinent à financer un logement toujours plus coûteux, alors que des millions de personnes sont mal-logées ou pas logées du tout, que la crise du logement nous renvoie aux heures les plus noires de l’après guerre et que la spéculation immobilière atteint des sommets, monsieur Gaymard ne se préoccupe pas de savoir à quel prix on le loge dans des conditions si avantageuses. Venant d’un membre d’un gouvernement qui prône la rigueur à longueur de temps, on comprend que tant de légèreté puisse agacer.

14 000€/mois…

Plus d’un an de salaire d’un smicard. Que peut bien savoir monsieur Gaymard de l’argent, de la difficulté de vivre en étant toujours "juste" et quand la fin du mois commence le 15? Comment peut-il nous donner des leçons de rigueur ensuite? Il n’est pas le seul à devoir loger une famille nombreuse, mais pour les autres, en général, ce sont des listes d’attente qui n’en finissent pas, et des petites réflexions sympathiques au possible sur le bruit et l’odeur.

Mais voilà, monsieur Gaymard travaille trop pour se préoccuper de ces petits détails matériels!

C’est sûr que des ouvriers qui font les 3/8, eux, regorgent de temps libre. Alors que l’on nous a dynamité les 35 heures en nous traitant de fainéants, alors que certains trajets professionnels ne seront plus décomptés en heures de travail, comme certaines astreintes, monsieur Gaymar bosse, tenez-vous bien, 120 heures par semaine!
Un simple calcul nous éclaire sur la puissance travail de monsieur Gaymar qui travaille donc 17 heures par jour, 7/7 jours. Tant d’abnégation, ça vous prend aux tripes, ça vous engorge le canal lacrymal et c’est le visage empourpré que vous vous repentez d’avoir été aussi mesquin avec cette bête de somme pour une vulgaire histoire de logement.
Déjà, grâce à Nicolas Sarkozy, nous savions qu’une journée de présidentiable, ça commençait dès potron-minet, en se rasant devant son miroir. Mais grâce à Hervé Gaymard, nous savons qu’un temps de ministre est infiniment plus précieux que celui de n’importe qui d’autre. Aux toilettes, à table, en mangeant, en marchant, en voiture, en train, en avion, pendant le café, tout le temps, un ministre ça bosse. Pas de WE en famille, pas de vacances, rien, ça bosse. Le temps de travail d’un ministre, ça commence au saut du lit et ça se termine itou. Tout ce que monsieur Gaymard fait hors de la couette, c’est du temps de travail!

Si nous nous mettions à compter notre temps de travail à la manière de monsieur Gaymard, nous serions sans aucun doute la nation la plus laborieuse du monde. Les Chinois en pleureraient de jalousie chaque jour de leur vie!
Je pense aux 2-3 heures de trajet travail-domicile quotidien que se farcit la majorité des travailleurs franciliens sans que le compteur de l’entreprise n’oscille. Je pense aux longues heures d’attente des chauffeurs de poids lourds dans les aires de chargement qui sont considérées comme du temps libre. Je pense aux vacataires des centres d’appel qui, comme moi en mon temps, voient la moindre pause pipi décomptée de leur temps de travail. Je pense à tous ceux qui subissent des astreintes de nuit, de WE et qui n’en sont pas mieux payés pour autant. Je pense à tous ceux qui vont devoir se rendre chez les clients sur leur  »temps libre ». Je pense aussi à la double journée de travail des femmes : 7-8 heures en entreprise + le trajet + la nounou + la bouffe + le ménage + les devoirs des enfants + la vie de famille, aussi[1]. Je pense aux salariées de la grande distribution, avec des mi-temps subis, des heures de non-travail au milieu des heures de travail, ce qui fait tout de même des journées à rallonge, pour des salaires de misère. Je pense donc à toute cette France qui bosse, qui trime, qui en bave et qui se fait tancer à longueur de temps et je me dis qu’Hervé Gaymard a sûrement raté deux bonnes occasions de se taire.

Notes

[1] Ce serait tellement mieux avec le personnel de maison fourni par le ministère…