Août 2003, bal tragique à l’hospice des vieux glands! L’été est chaud dans les déambulateurs : par milliers, les vieux nous quittent sur un air des tropiques.
Heureusement, après une réaction digne d’un démarrage en côte pour asthmatiques, le gouvernement contre-attaque et instaure… Le jour de travail gratuit!

Suite à l’hécatombe d’août 2003, Jean-Pierre Rafarin s’est proposé de résoudre les conséquences du vieillissement de la population avec un plan ambitieux "vieillissement et solidarités" de neuf milliards d’euros sur cinq ans.
La mesure phare de ce plan a été d’imposer le travail gratuit un jour férié, le lundi de la Pentecôte.

Déjà, il fallait oublier les autres prélèvements à destination des personnes âgées qui ont déjà été se dissoudre dans le maëlstrom des finances de l’Etat, comme la célébrissime vignette automobile.
Ensuite, il convient de ne pas trop s’interroger sur l’efficacité réelle d’un jour de travail gratuit et forcé sur le montant de l’aide aux personnes âgées : le travail gratuit crée des richesses, donc! Une bonne nouvelle pour les millions de bénévoles de ce pays qui n’ont le droit à aucune reconnaissance par les modèles économiques dominants.
Il ne faut pas non plus être regardant sur la méthode qui a consisté à culpabiliser les particuliers de ne pas s’occuper de leurs vieux, pour ensuite leur proposer de sacrifier un jour de congé, non pour aller visiter  »Papé et Mamé" au fin fond de leur maison de retraite, ni pour réfléchir aux conséquences de la mobilité renforcée des salariés sur leur vie sociale et familiale, mais pour aller bosser gratuitement. Rappelons en passant que la majorité des décés enregistrés ont eu lieu dans des institutions spécialisées et non chez des personnes âgées isolées, et que sachant que le plus pourri des mourroirs coûte aujourd’hui 2 SMICs par mois, on est en droit de demander des comptes sur l’organisation des maisons de retraites et assimilés.
Non, ne parlons même pas du choix de faire de nouveau porter tout l’effort par les salariés et de restaurer en passant le STO.

Intéressons-nous à l’écart entre les grands discours sur la solidarité nationale envers ses vieux et les petites vannes entre amis sur l’inutilité des retraités de la Fonction Publique.
Penchons-nous plutôt sur l’indigence des maisons de retraite, du manque de main d’oeuvre et des crédits qui vont tout de même rester à marée basse ->Moins d’emplois dans les maisons de retraite.
Mais surtout, il est temps de s’interroger sur les vrais motivations qui font du lundi de Pentecôte un jour travaillé gratuit alors que le fameux plan canicule vient de passer à la trappe du budget 2005 :

«Les Français vont bien travailler un jour de plus, mais seulement quarante-cinq minutes pour les personnes âgées dépendantes. Aujourd’hui, nous sommes très loin des annonces du Premier ministre qui promettait 9 milliards d’euros, dont une moitié pour les personnes âgées et une autre pour les personnes handicapées», a estimé hier Pascal Champvert, président de l’Adhepa, une association regroupant 1 700 directeurs de maisons de retraite publiques et privées. «Nous sommes dépités, le plan "vieillissement et solidarités" a disparu. La réalité, c’est qu’il n’y aura pas de crédits supplémentaires en 2005 pour les établissements et les services à domicile.»[1]

Une fois le plan canicule passé à la trappe et sachant que les moyens des maisons de retraite vont au mieux stagner l’année prochaine, pourquoi persister à nous faire bosser un jour férié?

Voilà la bonne question que personne ne se pose!

La bonne nouvelle, c’est qu’un jour de travail non payé non travaillé ne peut, en théorie, donner lieu à des retenues sur salaire.

Je propose donc que le lundi de Pentecôte devienne jour de colère national. Un vrai bon jour de grève pour exprimer notre mépris de ces méthodes de petits boutiquiers. Un jour de grève nationale pour refuser le monde selon le MEDEF. Un jour par an, seulement, pour gueuler notre rejet d’un salariat toujours plus précarisé, toujours plus flexible, disponible, maléable et mal payé.

Et tant qu’à faire, qu’on manifeste dans les maisons de retraite, pour le même prix, ça leur fera de l’animation et des souvenirs à ceux qui ont fait les grandes grèves de 1936 pour que nous ne vivions pas comme des esclaves!

Notes

[1] Libération du 24/11/2004