Recyclage économique
Par Agnès Maillard le vendredi 19 novembre 2004, 16:45 - Carnets de chômage - Lien permanent
Ce qu'il y a de bien avec les lois Borloo, c'est qu'elles intègrent le
double effet Kiss Cool.
Si les chômeurs sont bien placés pour sentir le vent du boulet, les salariés
encore en place ne voient pas le coup bas arriver et devraient commencer à
numéroter leurs abattis.
Borloo a beau être ébourriffé, il n'en est pas moins un vrai petit gars
de l'UMP!
L'un des effets secondaires des plus intéressants des lois Borloo, c'est
qu'en contrevenant au Code du Travail, elle vont forcément amener quelques
discrets démentellements aménagements des droits des salariés,
imposés assénés votés, probablement lors des prochaines
vacances, pour plus d'efficacité démocratique. Démonstration sur 2
points forts.
La baisse de salaire
Jusqu'à présent, le Code du travail interdisait
de baisser la rémunération d'un salarié, y compris lors d'un changement de
poste.
Exemple : Mme M., 52 ans, en poste depuis 25 ans dans
l'entreprise Thumpsun. Elle a commencé sa carrière modestement sur une chaîne
de montage, puis, de formations internes en promotions diverses, Mme M. est
entrée dans l'administratif, petit secrétariat. Avec son ancienneté, elle
touche un bon petit salaire, mais à 52 ans, son entreprise la trouve vieille et
trop chère, bien plus chère qu'une paire de CES. Avant Borloo, l'une des
solutions, pour pousser gentiment Mme M. vers la porte de sortie, consistait à
la remettre à son premier poste, à la chaîne, et attendre tranquillement
qu'elle veuille bien craquer. Mais il fallait tout de même continuer à
la payer sur la base de son dernier salaire. Grâce au deuxième
effet Borloo, plus d'angoisse pour l'entreprise, on peut la remettre sur
la chaîne, au même tarif qu'un débutant. Et quand vous avez 52 ans, 25 ans de
boîte, quelques crédits sur le dos, des grands enfants, repartir à la case SMIC
n'est pas franchement envisageable![1]
Le reclassement obligatoire
Jusqu'à présent, le code du travail garantissait au chômeur qu'on ne pouvait
lui imposer un emploi inférieur à ses qualifications ou qui serait
géographiquement trop éloigné.
Grâce au deuxième effet Borloo, vous ne pouvez plus refuser un emploi
qui correspondrait à une formation proposée par votre agence de placement. De
même, si vous recevez une aide à la mobilité[2], impossible de
refuser un boulot, même éloigné de votre domicile, même si cela ruine votre vie
familiale et sociale. Parce que vous n'avez plus le droit à une vie familiale
ou sociale : vous êtes un agent économique parfaitement
interchangeable, donc parfaitement remplaçable[3].
C'est ainsi, qu'il y a quelques jours, j'ai reçu une baffe dans ma
face une proposition de l'ANPE : une
formation d'opérateur sur machine à commandes numériques.
C'est quoi t'est-ce donc, cette chose-là?
Renseignements pris, il s'agit du nouveau nom du tourneur-fraiseur, une
formation niveau 3ème... ce n'est pas que je pète plus haut que mon
cul je refuse toute adaptabilité, mais il me semble que cette
proposition n'a rien à voir, mais alors rien avec mon profil actuel!
Je vais donc me rendre à la réunion d'information sur cette intéressante proposition. Car la loi Borloo prévoit que je dois accepter ce que l'on me propose sous peine de sanction!
L'usine ou la radiation!
Le progrés social est en marche!
Prenez garde à ce qu'il ne vous passe pas sur le corps!
Notes
[1] Le cas de Mme M. n'est pas fictif, il s'agit d'une femme qui a été poussé à accepter un licenciement en échange de 350 000 francs de l'époque (il y a 10 ans). 8 ans à 350 000 francs, ça lui faisait 3645 francs par mois pour attendre la retraite...
[2] Comme rien n'est précisé sur le montant de l'aide en question, il n'est pas obligatoire qu'elle compense totalement le surcoût de votre exil
[3] voir l'excellent article de Hio-Tin-Vho : Et si le libéralisme économique pouvait conduire à une dictature ?





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