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  <title>Le Monolecte</title>
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  <description>Chroniques inutiles des agitateurs du vide</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Sat, 04 Feb 2012 07:17:40 +0100</pubDate>
  <copyright>Creative commons</copyright>
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  <item>
    <title>Je suis une légende... du web</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/25/Je-suis-une-legende-du-web</link>
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    <pubDate>Wed, 25 Jan 2012 13:15:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le Monolecte expliqué aux enfants</category>
        <category>art</category><category>bonheur néolibéral</category><category>chroniques</category><category>Internet</category><category>Les Affabulateurs</category><category>marketing</category><category>multinationales</category><category>médias</category><category>publicité</category><category>société</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Un jour est arrivé un nouveau média. Et avec lui, un nouveau modèle
économique...&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/4739216498/&quot; title=&quot;Tension pré-événementielle de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm5.staticflickr.com/4074/4739216498_5724f35950.jpg&quot; alt=&quot;Tension pré-événementielle&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;L'idée d'Internet était simple : chacun pouvait
être à la fois consommateur et producteur de contenu au lieu d'être juste un
récepteur passif comme avant. C'était cool, on a appelé ça
l’&lt;strong&gt;interactivité&lt;/strong&gt;. Idéalement, tout le monde participe à la
construction du grand réseau, mais dans les faits, c'est un peu comme dans la
vraie vie : tu as quelques bonnes volontés qui se lancent à fond dans le
projet et tous les autres qui attendent de voir ce que ça va donner. Au final,
pour un qui produit du contenu, y en a 1 000 qui lisent et 10 qui postent
un commentaire. Et encore, ça, c'est vraiment quand le contenu ébouriffe le
poil.&lt;br /&gt;
Mais surtout, pour 100 qui produisent du contenu, tu as toujours un petit malin
qui se demande comment il va pouvoir transformer tout cet effort collectif en
flouse pas du tout virtuel pour lui et ses potes. Dans la vraie vie, on appelle
ça un profiteur, mais dans le monde merveilleux du Web, c'est un agrégateur de
contenu ou un web-entrepreneur de génie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est comme ça qu'un jour j'ai été contactée par &lt;em&gt;Marianne2&lt;/em&gt; pour de la
reprise de contenu. J'étais vachement contente et très flattée.
&lt;em&gt;Marianne&lt;/em&gt; ! Le canard du mec qui avait créé &lt;em&gt;L'Événement du
jeudi&lt;/em&gt;. À l'époque, j'étais abonnée. Même que j'étais au club de l'EDJ
(oui, on disait l'EDJ entre initiés avertis !) et je recevais des tas
d'invitations pour des spectacles à Paris. Dommage que je vivais en province.
Bref, c'était un magazine tellement bon qu'un jour je leur ai écrit et que ma
lettre, ils l'ont mise directement dans le courrier des lecteurs. C'est dire si
j'étais contente. Alors quand &lt;em&gt;Marianne2&lt;/em&gt; m'a proposé de reprendre des
papiers de mon blog, j'étais super contente aussi, je me disais que ce que
j'écrivais devait bien avoir un petit intérêt, quand même, puisqu'un vrai
journal s'y intéressait.&lt;br /&gt;
Ça a bien duré un an comme ça.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Un jour, un pote m'appelle pour me dire qu'il avait été étonné et ravi de
trouver un papier à moi dans &lt;em&gt;Mariannne2&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben, tu vois&lt;/q&gt;, qu'il m'a dit, &lt;q&gt;depuis le temps qu'on te répétait
que le talent finit toujours par payer.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, 'fin bon, faut pas exagérer, c'est juste une reprise de
billets.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Attend, c'est bien, tu as vu tous les papiers qu'ils ont repris et
toutes les lectures que tu as eues, et les commentaires, et tout ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, enfin, tu sais, pour moi, ça ne change pas grand-chose, au
final.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Comment ça ? Ça y est, tu bosses pour un journal !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, non, je suis juste &lt;strong&gt;blogueuse associée&lt;/strong&gt;. Même que ça
m'agace un chouia quand ils réécrivent mes titres avec des accroches que je
n'aime pas du tout.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, bon, tu ne vas pas faire ta diva, tant qu'ils te paient.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Heu, non, ils ne me paient pas.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Quoi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, le truc c'est qu'ils donnent plus de lisibilité à mes écrits, c'est
tout.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Comment ça ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben, ils reprennent mes articles, ce qui fait que ça améliore ma
notoriété.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ha bon, ta notoriété avait besoin d'être améliorée ? Et alors, ça
donne quelque chose ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben, là, pas vraiment.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ils t'ont filé un abonnement au titre papier quand même,
non ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Heu, non, rien.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu as plus de lecteurs, de propositions ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non... enfin si, j'ai récupéré des &lt;strong&gt;trolls&lt;/strong&gt; de chez
eux.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu veux que je te dise, ma pauvre Agnès, continue à te faire couillonner
comme ça, mais ne viens pas te plaindre ensuite que tu es pauvre.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
C'est vrai que de ce point de vue là, le nouveau modèle économique merdait un
peu à sortir de la virtualité des claviers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, un autre, j'ai reçu un mail qui m'annonçait que j'étais finaliste d'un
grand concours international de blogs. J'ai benné le mail. Parce que le coup du
grand gagnant de la semaine, ça faisait bien 30 ans que &lt;em&gt;Daxon&lt;/em&gt; et
&lt;em&gt;La Redoute&lt;/em&gt; le faisaient tous les jours à ma grand-mère. Puis j'ai reçu
un autre mail qui m'a informé que j'étais &lt;a href=&quot;http://www.dw-world.de/dw/article/0,,5732941,00.html&quot;&gt;le meilleur blog
francophone&lt;/a&gt; de l'année et que ce serait bien que je réponde, histoire qu'on
organise mon voyage pour que j'aille recevoir mon prix. Ça aurait encore pu
être un coup des &lt;em&gt;3 Suisses&lt;/em&gt;, mais dans le doute, j'ai vérifié l'info et
il s'est avéré que c'était vrai.&lt;br /&gt;
Là, quand même, ça fout un &lt;em&gt;pet&lt;/em&gt; au cœur : 90 000 péquins sur
la ligne de départ et moi toute seule à l'arrivée. Ce n'est pas rien, quand
même.&lt;br /&gt;
Du coup, j'ai appelé le correspondant de presse local :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Salut Roland, je voulais te le dire en premier : je suis la
lauréate d'un concours international, moi, du fin fond du bled.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ha, mais c'est formidable, Agnès. C'est un concours de
quoi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Un concours de blogs.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;De quoi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;C'est normal, Roland est un peu sourd
d'une oreille, mais il ne veut pas que ça se sache.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;DE BLOGS !!! Les trucs dans lesquels tu écris sur
Internet.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Haaa... Internet...&lt;/q&gt; (je l'ai entendu penser : &lt;em&gt;ce repaire de
podénazis!&lt;/em&gt;) &lt;q&gt;ouais, bon tant pis.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, mais attends, c'est un truc international organisé par l’équivalent
de France Télévision en Allemagne.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ha, c'est chez les Fridolins, en plus !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je veux dire, quelqu'un du bled qui gagne un concours international, ce
n'est pas tous les jours non plus, non ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? J'ai un championnat
départemental de pétanque à couvrir, moi. Les trucs d'Internet tout le monde
s'en fout. Mais bon, comme tu es une copine, je vais bien trouver le moyen de
te caser sur 1/4 de page. Mais c'est bien parce que c'est toi.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
C'est à ce moment que j'ai commencé à me dire que s'ils filaient un jour le
prix Nobel de littérature à un blog, tout le monde dirait que les prix Nobel ne
sont plus ce qu'ils étaient...&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Donc ce que je faisais ne valait pas &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9tanque&quot;&gt;&lt;em&gt;triplette&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, n'empêche
que régulièrement, j'ai continué à recevoir des invitations chaleureuses qui me
proposait de mettre ma passion de l'écriture au service d'un nouveau média pour
la joie de me faire flatter le poil, des trucs comme &lt;em&gt;Le Plus du Nouvel
Obs&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Newsring de Frédéric Taddéï&lt;/em&gt;, c'est-à-dire de grosses
machines de guerre avec des investisseurs de vrais sous, des journalistes
salariés pas pour rigoler et des blogueurs invités dont certains seraient...
dédommagés. Enfin éventuellement, et en fonction de leur notoriété... dans le
vrai monde.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu comprends, c'est un service qu'on te rend, en fait, toute cette
exposition !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, mais quand même, j'ai besoin d'argent pour vivre...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais l'argent, l'argent, on ne parle pas d'argent, tu comprends, on
parle de partage, on parle de passion, d'envie...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, oui, d'accord mais c'est quand même moi qui produit la matière
première du bousin, là ! Toi, tu es bien payé, non ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ne parlons pas des choses qui fâchent, veux-tu ? Ce n'est pas la
même chose, on ne mélange pas les torchons et les serviettes, vois-tu !
Nous, nous sommes de vrais journalistes quand même, avec la carte et tout,
c'est notre expertise qui met réellement en valeur ce que tu fais, quand même.
Nous faisons dans le &lt;strong&gt;curating&lt;/strong&gt;, quand même. Et puis... ne sois
pas vulgaire comme ça, c'est si vulgaire, ces histoires d'argent, tu es
au-dessus de ça, tu es une artiste ! Ne te dévalorise pas en marchandant
pour des petites contingences matérielles indignes de toi...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;Du coup, je me suis dit qu'il fallait
investir le vrai monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'autre jour, je suis donc allée voir mon proprio :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Salut Ténardier, j'ai une bonne nouvelle pour toi !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ha, tu comptes me payer à l'heure, ce mois-ci ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, c'est bien mieux, je vais améliorer ta notoriété. Dorénavant,
j'écrirai partout que j'habite chez toi et que c'est grâce à toi que je peux
écrire tout plein de choses.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;De quoi ? C'est quoi cette embrouille, là ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Grâce à moi, tu vas devenir un gars célèbre. Et quand je partirai, tu
pourras visser une plaque sur ta maison pour dire que j'y ai habité. Tu pourras
la relouer plus cher. Ou alors, en faire un musée. C'est comme tu
veux !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais c'est quoi ces diableries ? Je vais te coller les huissiers au
cul; tu vas voir comment on va s'en occuper de ta note
d’arriérés !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Ce gars a toujours été un peu obtus.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;Un peu plus tard, j'ai fait le plein de
la bagnole et paf, 70 € dans ma face.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Appelez-moi le gérant, s'il vous plaît.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Heu, c'est quoi ce bordel ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;On doit parler business. Vous comprenez, on va faire affaire : je
vais coller un logo &lt;strong&gt;TATAL&lt;/strong&gt; sur ma bagnole pour dire que grâce à
votre carburant, je peux tous les jours rouler vers de nouvelles aventures que
j'écris et en échange, vous améliorez l'image de la marque, sa
notoriété.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre de vos conneries ? Toutes les
raffineries du pays sont à nous, on pratique les prix qu'on veut et ceux qui ne
sont pas contents n'ont qu'à se déplacer en vélo ! Alors ton
&lt;strong&gt;bêche-marque&lt;/strong&gt;, tu peux te le foutre au cul et t'as intérêt à
payer tout de suite avant que j'appelle les flics, connasse de
bolchevique !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Peut-être que les multinationales défiscalisées aux Caïmans, c'est un peu gros
pour moi. J'ai décidé de viser à la hauteur de mon talent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Salut Hannibal ! On va parler un peu de ta saucisse,
aujourd'hui.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;Hannibal, c'est mon boucher : jeune,
sympa, ouvert, avec l'œil qui frise quand mes décolletés plongent. J'y suis
allée à fond.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais que j'ai toujours voulu parler de ma saucisse avec toi... avec
un peu de Côtes de Gascogne ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Voilà : l'idée, c'est que je parle de ton art dans mon blog... si,
si, ne rougis pas, à ton niveau, c'est de l'art, la charcuterie ! Je vais
faire de toi &lt;strong&gt;le Lenôtre de la viande&lt;/strong&gt;, je vais te faire
bénéficier de ma grande notoriété et tu deviendras en quelque sorte mon
fournisseur officiel. C'est carrément bien, comme &lt;em&gt;deal&lt;/em&gt;,
non ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;En fait, je ne voyais pas vraiment les choses sous cet angle...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais si, ça s'appelle du &lt;strong&gt;Personal Branding&lt;/strong&gt; et c'est le
top de la communication virale !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Personnellement, je voyais plus du &lt;a href=&quot;http://personalbranling.tumblr.com/&quot;&gt;branling très personnel&lt;/a&gt; et pour les
virus, ne t'inquiète pas, je sors toujours couvert...&lt;/q&gt; a-t-il ajouté en
sortant un énorme boyau à boudins de dessous le comptoir.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Là, je suis devenue végétarienne et j'ai compris qu'il y avait quelque chose de
définitivement &lt;em&gt;poucave&lt;/em&gt; au royaume du &lt;em&gt;Ternet&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Aussi, j’ai tout de suite répondu présente quand j'ai reçu le dernier
mail :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tu sais que le &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Huffington Post&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; arrive enfin en
France !&lt;br /&gt;
Tous les blogueurs de l'Hexagone n'en pouvaient plus d'attendre qu'on vienne
leur passer la brosse à reluire sur leur notoriété virtuelle pour un
bisou  &lt;del&gt;et un Mars&lt;/del&gt; !&lt;br /&gt;
Et bien nous, on a tout de suite pensé à toi pour l'occasion !&lt;br /&gt;
Rejoins le &lt;a href=&quot;http://huffingpouf.fr/&quot;&gt;HuffingPouf&lt;/a&gt;, le seul, le vrai
&lt;em&gt;pure player media&lt;/em&gt; qui va bien balancer sur tous les gros baltringues
qui se font du blé en prenant les gens pour des blaireaux !&lt;br /&gt;
Et si on rentre des sous, on se tapera une bière tous ensemble avec,
na !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=23b88d65-a9d2-86a6-aa00-fa58f547fd1f&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/25/Je-suis-une-legende-du-web#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>De l'art subtil de l'automystification</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/23/De-l-art-subtil-de-l-automystification</link>
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    <pubDate>Mon, 23 Jan 2012 16:17:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Carnets de chômage</category>
        <category>ANPE</category><category>chômeur</category><category>civilisation</category><category>compétition</category><category>entreprise</category><category>Les Affabulateurs</category><category>marchand</category><category>marketing</category><category>travail</category>    
    <description>&lt;p&gt;Je commence à comprendre que je viens de passer l'essentiel de ma vie à
tenter de faire entrer une clé carrée dans une serrure triangulaire.&lt;br /&gt;
Forcément, ça n'a pas marché.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6667279969/&quot; title=&quot;Mouvements de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm8.staticflickr.com/7026/6667279969_83ff163a12.jpg&quot; alt=&quot;Mouvements&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Plus on
nous exhorte à être nous-mêmes, plus on nous apprend à nous conformer à la
norme. C'est terriblement vrai pour l'apparence : exhibe ton
particularisme profond en portant le pantalon ou les pompes produits à des
millions d'exemplaires dans une usine lointaine dont on ne veut rien savoir.
C'est vrai pour les corps, que l'on dresse à coup de régimes et de bistouris, à
tel point que les plus exposés à &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/01/16/39-regimes-totalitaires-enjeux-du-corps-social&quot;&gt;la dictature
de l'apparence&lt;/a&gt;, comme les actrices de cinéma, finissent par tous se
ressembler, comme une armée de clones. Et c'est même vrai pour nos esprits,
modelés à longueur de temps par les préceptes du petit écran, rééduqués par les
psychotropes officiels et recommandés par l’Académie de Médecine pour des
humeurs étales et civilisées, colonisés par les discours creux et les
directives de l'ensemble du corps social qui t'enseigne depuis ton plus jeune
âge comment bien te comporter, comment bien exister, comme être &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/07/11/Universal-soldiers&quot;&gt;un gentil petit soldat&lt;/a&gt; parmi tous les
autres, unique, forcément unique, mais à coup sûr, totalement remplaçable,
interchangeable et donc, forcément, dispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h3&gt;Petit guide du savoir-être&lt;/h3&gt;
&lt;br /&gt;
Je me demande à quel moment la diversité humaine a cessé d'être désirable.
Probablement au moment où les discours se sont mis à la célébrer. Plus on
chante l'individualisme, le particularisme, le droit à la différence et plus la
norme devient totalitaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Longtemps, j'ai cherché du travail. Enfin, j'ai surtout cherché ma niche. Une
place pour exister, accomplir et gagner ma vie. Déjà, à l'école, c'est toujours
de répondre aux attentes des profs qui paie le plus, même si une touche
d'originalité, mais dans les limites de l'écart type toléré, reste appréciable
et appréciée pour distraire de la routine. Puis arrive le moment où être bien
sorti du moule paie le plus : l'entrée dans le monde du travail, le vrai
monde des grands. Le monde des petites cases dans lesquelles tu dois t'acharner
à entrer, coûte que coûte. D'où les innombrables ateliers de &lt;em&gt;Pôle
Emploi&lt;/em&gt; où l'on t'explique comment te distinguer de la masse immense des
laissés pour compte en employant strictement les mêmes mots, les mêmes
tournures, les mêmes méthodes que tout le monde.&lt;br /&gt;
Parce qu'il ne faut pas s'y tromper : le recruteur est timide, frileux,
vite effrayé par la nouveauté, rassuré de retrouver ce qu'il connaît. Le
recruteur n'aime rien tant que de se recruter lui-même, dans un invraisemblable
et complexe jeu de miroirs narcissiques.&lt;br /&gt;
Ce qui est logique.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce qui est au sommet de la chaîne alimentaire du monde du
travail ?&lt;br /&gt;
Le patron.&lt;br /&gt;
Et qu'est-ce qu'il désire comme collaborateurs ?&lt;br /&gt;
Les meilleurs.&lt;br /&gt;
Et qui sont les meilleurs dans un système hiérarchique ?&lt;br /&gt;
Ceux qui ressemblent au patron.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit, l'entreprise est le haut lieu de la reproduction, &lt;em&gt;ad
nauseam&lt;/em&gt;, du même &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_%C5%93conomicus&quot;&gt;&lt;em&gt;Homo
œconomicus&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Et c'est d'autant plus vrai que tous les discours de
façade prétendent le contraire. Plus on en appelle à l'innovation, à la
créativité, à la diversité comme moteurs naturels de l'entreprise et plus on
recrute encore et toujours le même prototype de l'homme blanc de la classe
moyenne, caractérisé par un profil psychologique de pointe : celui qui a
confiance en lui, qui sait exactement ce qu'il est, qui est toujours plein de
projets, qui sait rebondir et qui sait surtout se vendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;Confiance en soi&lt;/h4&gt;
Je n'ai jamais très bien compris le concept. Enfin, si, je le conçois, mais
c'est quelque chose qui heurte fondamentalement mon moi profond. Cette capacité
à être sûr de soi, de ses talents, de ses compétences, même et surtout
confronté à l'adversité. La conscience de sa propre valeur. La très probable
conscience de l'échelon de la pyramide sociale auquel on peut légitimement
aspirer, le sens de sa place, l'aptitude à la revendiquer, savoir rester droit
dans ses bottes, ne pas se laisser déstabiliser dans des environnements
hostiles, la tranquille certitude de son mérite personnel.&lt;br /&gt;
J'en suis totalement dépourvue.&lt;br /&gt;
C'est même le degré zéro de la connaissance que j'ai de moi-même et que les
autres me renvoient sans complaisance. Comment être sûre de quoi que ce soit
dans un monde mouvant, fluctuant et insaisissable ? Quelle arrogance folle
que de savoir avec précision ce que l'on vaut quand la valeur des choses dépend
intrinsèquement du regard et du désir des autres ! Quel complexe de
supériorité te permet de ne jamais douter de toi ? Dans quelle rigidité de
l'esprit sont sculptées les certitudes dont tu te nourris et que tu renvoies
sans l'ombre d'une hésitation à la face du monde ?&lt;br /&gt;
Je ne suis que doutes et interrogations, analyse et introspection, j'évolue
sans cesse dans un univers complexe où les devins d'hier seront les
intouchables de demain. Pas de certitudes auxquelles se raccrocher comme à une
bouée, juste la monstrueuse capacité à évoluer dans un environnement en
mutation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;Connaissance de soi&lt;/h4&gt;
Ou plutôt aptitude à évoluer sans effort dans les QCM, à se contorsionner pour
rentrer dans un nombre limité de petites cases, inflexibilité d'une
personnalité d'airain que rien n'atteint, rien ne touche, rien ne change.&lt;br /&gt;
Je suis infoutue de me définir en une phrase ou encore moins en un titre ou une
fonction. Je suis multiple, je suis curieuse, je suis comme l'eau qui prend la
forme de tous les récipients. Chaque jour, chaque expérience, chaque rencontre
me retournent, me bouleversent et me changent. Profondément. J'interagis sans
cesse avec le reste du monde, avec le reste des gens. Je suis aujourd'hui déjà
différente d'hier et j'ignore totalement ce que je serai demain. Je suis en
mouvement, dans le dialogue permanent, dialogue intérieur qui construit chaque
jour un peu de moi-même, dialogue diffus, au hasard des circonstances, des
moments, des pensées, des êtres, des périodes.&lt;br /&gt;
Je ne suis pas et je ne serais jamais, parce que toujours en construction,
toujours en gestation de l'autre, toujours en devenir, ni un roc, ni un saumon,
juste un fétu qui danse avec le courant.&lt;br /&gt;
Je m'adapte. Et je me transforme. Jamais dans la stase et la certitude,
toujours dans le changement et la sinuosité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;Se vendre&lt;/h4&gt;
L'acte ultime de la marchandisation des êtres : &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/02/19/Vends-moi&quot;&gt;se penser comme un produit&lt;/a&gt; et en tant que tel,
se standardiser jusqu'à avoir un prix.&lt;br /&gt;
Certains sauraient vendre un congélateur à un Inouit ou un bol de sable à un
Bédouin. J'aurais la plus grande peine à convaincre un naufragé du désert à me
prendre un verre d'eau.&lt;br /&gt;
Il y a quelque chose de nécessaire à l'art de la transaction et ce quelque
chose, je ne l'ai manifestement pas. Peut-être justement de l'ordre de cette
fameuse confiance en soi qui fait que l'on entraîne les foules à sa suite, même
si on ne leur promet jamais que du sang et des larmes. Ou des vierges offertes.
Des pavillons F5. Un aperçu du confort petit-bourgeois. La fin de la peur et de
l'incertitude. Tout et n'importe quoi. Tout se vend, tout s'achète, nous devons
tous être des VRP multicartes.&lt;br /&gt;
Je trouve un peu vaine cette idée d'un monde uniformément peuplé de
commerciaux. Pas par rapport au métier lui-même. Mais à l'injonction qui nous
est faite de tous savoir l'exercer instinctivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, il n'y a rien de pire que de devoir se vendre soi-même, les
prostituées en savent quelque chose. Mais encore pire, c'est de devoir le faire
quand on n'est pas de cette race des seigneurs, de ceux qui sont suffisamment
emplis de cette estime de soi qui leur permet justement de faire inlassablement
l'article de leur propre personne.&lt;br /&gt;
J'ai toujours pensé que les services nationaux de placement des chômeurs, avec
leurs séances de coaching (&lt;q&gt;deviens un winner en autopromotion
permanente&lt;/q&gt;), leurs stages de formatage (&lt;q&gt;voici comment rédiger la lettre
et le CV de tout le monde, mais en faisant en sorte de se distinguer, la
contradiction est interne à la proposition de départ !&lt;/q&gt;), leurs bons
conseils (&lt;q&gt;soyez plus dans la norme, pour mieux vous distinguer&lt;/q&gt;) et leurs
petites annonces (auxquelles nous sommes des centaines à klaxonner de façon
redondante) font très exactement le contraire de ce qu'il faudrait :
placer les chômeurs.&lt;br /&gt;
Autrement dit, les conseillers devraient être nos agents, ceux qui battent la
place du marché pour vanter la camelote, ceux qui démarchent le patron en
soulignant nos qualités insoupçonnées.&lt;br /&gt;
Alors que se vendre soi-même revient à se détailler dans un miroir, à faire
l'addition des petits trucs qui nous agacent et ne cadrent pas avec l'ensemble,
à faire l'inventaire de nos défauts. Là aussi, c'est le regard extérieur qui
change tout, c'est lui qui voit ce que nous sommes incapables de concevoir tout
comme, écoutant de l'intérieur, nous n'avons jamais accès au vrai timbre de
notre voix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;On ne change pas une équipe qui perd&lt;/h4&gt;
Alors quoi ? Le monde de l'entreprise se serait-il peuplé que de gens sûrs
d'eux, qui savent qui ils sont et qui savent se vendre ?&lt;br /&gt;
J'ai un doute affreux.&lt;br /&gt;
Je crois plutôt qu'il n'y a de place que pour la reproduction du modèle unique
et qu'en dehors de ceux qui sont pétris de certitudes, il doit y en avoir un
bien plus grand nombre qui a appris à faire semblant. Des suffisants et des
acteurs. Voilà ce à quoi la course à l'échalote du monde moderne nous a
réduits. Sans jamais se poser la question de ce dont on se prive en écartant
d'office tous les autres; les timides, les rêveurs, les introvertis, les
délicats, les émotifs, les sensibles, les hésitants, les changeants, les
créatifs, ceux qui transgressent les normes, ceux qui pensent en dehors du
cadre, ceux qui sont animés d'autres envies, ceux qui sont mus par d'autres
élans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, on continue à reproduire la norme pour calmer sa peur de l'inconnu, pour
se rassurer et se réassurer soi-même, s'autoconvaincre que l'on est le meilleur
choix, la meilleure façon d'être, de penser, de fonctionner, de produire, de
vivre.&lt;br /&gt;
Des autosatisfaits, des camelots et des imitateurs.&lt;br /&gt;
Avec le résultat que l'on connaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=8c0c6e04-fdab-86b3-a581-22618d139642&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/23/De-l-art-subtil-de-l-automystification#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Après eux, la fin du monde</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/17/Apres-eux-la-fin-du-monde</link>
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    <pubDate>Tue, 17 Jan 2012 16:34:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>catastrophe</category><category>chroniques</category><category>civilisation</category><category>discours</category><category>folie</category><category>histoire</category><category>humanité</category><category>mort</category><category>vieux</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6621572467/&quot; title=&quot;Je suis blasée... de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm8.staticflickr.com/7014/6621572467_a9df76cda4.jpg&quot; alt=&quot;Je suis blasée...&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c'est un peu le
pain quotidien du brouhaha médiatique, tant il vrai que le &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2006/06/11/196-happiness&quot;&gt;bonheur n'a jamais fait vendre&lt;/a&gt; ce papier
qui salit les doigts sans jamais magnifier les esprits. Mais voilà qu'on en
fait des caisses dans le pessimisme le plus noir, le plus profond, le plus
désespéré possible et que l'on se repaît sans cesse des images les plus
tragiques et des histoires les plus apocalyptiques avec une sorte de compulsion
malsaine. Ce ne sont plus des informations, des faits, des données, mais une
procession ininterrompue de pénitents qui s'autoflagellent jusqu'à ce que toute
la noirceur de leurs pensées égoïstes suinte de cet écorché qu'ils ont à
montrer au reste du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h3&gt;C'est la fin, vous dit-on, c'est la fin !&lt;/h3&gt;
La fin d'un monde de jouissances sans limites, la fin d'une société qui se
célèbre comme stade ultime de l’humanité pensante et industrieuse. Regardez
comme &lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12892&quot;&gt;ils se
repaissent en boucle de ce naufrage&lt;/a&gt;, métaphore inespérée de toutes leurs
autres résignations. À croire que dans un éclair de lucidité folle, le
capitaine a voulu offrir à un modèle à la dérive l'image parfaite de la bête
agonisante, couchée sur son flanc béant. Et pourtant, derrière cette appétence
malsaine pour le pire-disant, on sent bien l'inéluctable constriction de la
cosmologie contemporaine autour du nombril de ses thuriféraires. Quand le
transatlantique élégant s'embrochait vivement sur l'iceberg terminal, le
paquebot ventru des croisières organisées à la petite semaine se vautre
lamentablement sur l'éperon timide d'une mer presque intérieure. Il y a un
contentement non dissimulé dans la litanie des catastrophes incommensurables ou
fantasmées qui égrènent le compte à rebours de l'effondrement final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passé la &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete&quot;&gt;sidération
naturelle née de cette massive communication de crise&lt;/a&gt;, j'en viens à
m'interroger sur la source de cette compulsion fataliste irrépressible. Et je
ressens soudain toute la satisfaction narcissique d'une génération qui, par
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/04/23/83-la-loi-du-nombre&quot;&gt;la loi du nombre&lt;/a&gt;, a estimé
être la seule à peser réellement sur le destin de l'espèce, une génération qui
se gausse des révoltes actuelles tant elle se pense détentrice à jamais de
l'élan contestataire fossilisé dans l'imaginaire soixantuitard qui accoucha
pourtant de la civilisation la plus brutale, égoïste et ravageuse de par son
inconscience, son refus de se projeter au-delà de son propre espace-temps, de
sa propre durée, de ses seuls désirs et besoins. Le &lt;q&gt;jouir sans entraves&lt;/q&gt;
est devenu le &lt;q&gt;consommer sans conscience&lt;/q&gt;, le &lt;q&gt;posséder sans
partage&lt;/q&gt;, l’individualisme le plus mortifère élevé au rang de modèle du
progrès social et humain à jamais indépassable. Et maintenant qu'ils touchent
du doigt leur propre achèvement, les voilà ulcérés par la nouvelle leur
mortalité, eux qui ont toujours vécu comme si après eux, ce serait la fin du
monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait de crise, de catastrophe, de sueur, de sang et de larmes chaque jour
offerts à nous comme seul héritage de cette cohorte qui s'est autoproclamée
glorieuse, il ne s'agit que d'un nécessaire retour de balancier, un
réajustement qui ne serait pas si douloureux si les égotismes autocélébrés
comme seule condition humaine possible voulaient bien nous lâcher la grappe...
et la rampe par la même occasion. Ils ne veulent même pas que nous nous
lamentions sur leurs mausolées indécents, ils exigent de nous que nous nous
immolions dans leur tombe qu'ils refusent d'avoir aussi froide et sombre que
celle de tous les autres. Ils ont, en leurs derniers instants, des compulsions
pharaoniques pour un grand suicide narcissique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le monde leur semble cruel au moment où il devient évident qu'il ne
supportera guère plus longtemps de porter le fardeau de leur
inconséquence ! Qu'il leur semble injuste de devoir procéder à quelques
menus arbitrages dans la palette des plaisirs terrestres qu'ils se sont
octroyés, alors que leur descendance est priée de régler dans la peine et
l'abnégation, la note de frais qu'ils laissent derrière eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où cette fascination obscène pour les signes qui annoncent infailliblement
que cette Terre qu'ils vont bientôt devoir quitter ne tournera plus rond sans
eux. D'où ces images de mort, de fin, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/14/112-terrorisme-et-relativisme-historique&quot;&gt;d'effondrement&lt;/a&gt;,
de naufrage, qui tournent en boucle dans les regards à facettes d'un monde
d'écrans, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur&quot;&gt;un monde de peur&lt;/a&gt;, un monde de
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2006/07/13/Egoistes&quot;&gt;petits vieux égoïstes&lt;/a&gt; et brutaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=2ed76a5e-547e-82bd-ace7-679d3559c2b5&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/17/Apres-eux-la-fin-du-monde#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Amour à mort</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/10/Amour-a-mort</link>
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    <pubDate>Tue, 10 Jan 2012 16:32:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>chroniques</category><category>humanité</category><category>moment</category><category>mort</category><category>vieux</category>    
    <description>&lt;p&gt;Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6601134055/&quot; title=&quot;Couchant de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm8.staticflickr.com/7008/6601134055_803744290a.jpg&quot; alt=&quot;Couchant&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Ou
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.&lt;br /&gt;
Non pas que je ne t'aime pas. Bien au contraire. C'est bien parce que je
t'aime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Cela fait cinq ans et deux mois.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
Il a annoncé ça entre la poire et le fromage et je l'ai pris en pleine face,
comme une sentence.&lt;br /&gt;
Putain, cinq ans !&lt;br /&gt;
Je n'arrive juste pas à imaginer ce que cela représente pour toi... vraiment.
Je n'y arrive juste pas, comme je n'arrive toujours pas à me représenter la
mort, ce grand néant, ce grand rien. Non, même pas du rien. Quelque chose de
profondément inhumain et de définitivement hors de notre portée intellectuelle.
Enfant, au cœur de la nuit, quand il n'y avait plus ni bruit ni lumière, je
tentais de ne plus exister pour imaginer le moment où je ne serais plus. Et je
me noyais immédiatement dans un flot de terreur pure dont j'émergeais aussitôt
d'un sursaut nauséeux.&lt;br /&gt;
Un peu comme pour toi.&lt;br /&gt;
Sauf que je ne peux pas m'empêcher de me dire que ce qui t'arrive est encore
pire. Pire et monstrueux dans sa simplicité indicible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne vais presque plus te voir.&lt;br /&gt;
Non pas que l'odeur douceâtre et pénétrante de ta chair qui se putréfie
lentement me dérange plus que cela. Ou ton visage émacié qui ne te ressemble
plus depuis longtemps, si longtemps. Ou ton regard fou qui traverse
l'insubstance du temps et des êtres et dont je n'ose pas imaginer ce qu'il peut
bien voir, depuis tout ce temps, comme si tes yeux étaient la porte d'entrée
vers ce non-monde qui nous terrifie encore tous tellement. Ou même tes
gémissements lugubres qui glissent sur la moquette feutrée, hors de ta
chambre-nécropole et nous rattrape dans l'escalier quand on se croit enfin
partis. Ni tes hurlements de douleur animale quand l'infirmière doit te vider
le rectum pour que tu ne meures pas empoisonnée par tes pauvres fèces à moitié
pétrifiées. Ni ta bouche sèche et béante qui s'acharne à pomper encore quelques
décilitres d'air comme un poisson affolé. Ni ton souffle noyé par tes propres
crachats. Ni ta prison de chair qui fond, qui se rétrécit, mais ne te lâche
pas. Ni même ce masque mortuaire qui te sert de visage et qui se déforme en un
obscène masque de douleur surhumaine quand, par hasard, ton esprit reste
quelques secondes suspendu avec nous et que tout ton être se fige dans
l'immonde révélation de l'horreur de ta situation.&lt;br /&gt;
Non, rien de toute ton agonie qui n'en finit plus n'est insurmontable pour
moi.&lt;br /&gt;
Ce que je ne supporte plus, c'est nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos mots creux. Nos sourires factices. Notre comédie polie et civilisée. Son
amour insensé qui te maintient en vie, alors que tout cela, pour moi, n'est ni
de la vie, ni de l'amour.&lt;br /&gt;
Parce que si c'est ça, l'amour, je veux bien m'en passer jusqu'à la fin de mes
jours. Surtout à la fin de mes jours. Je veux que personne n'ait besoin de moi
au point de me refuser une sortie digne du théâtre de l'existence. Je veux que
nul ne puisse s'arroger le droit de me faire durer au-delà du terme décent de
ma vie, juste pour s'offrir une sorte de rédemption morbide. Je ne veux juste
pas qu'un amour m'enferme jusqu'à la totale négation de mon être, jusqu'à ce
que je ne sois plus que l'incarnation débile et racornie de regrets qui n'ont
plus lieu d'être. Si je devais un jour me retrouver réduite à ce simulacre
d'existence, je voudrais juste que quelqu'un ait assez de force et d'amour pour
moi, justement, pour me coller un oreiller sur la gueule, le temps qu'il faut,
capable de comprendre que l'amour n'est pas ce qui garde, ce qui maintient, ce
qui enferme, ce qui prolonge à tout prix, mais bien ce qui élève et ce qui
libère l'autre, même au dépens de soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=653e616a-5a2b-8c3b-94eb-ae13ba72c882&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>Trop courte la vie</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/21/Trop-courte-la-vie</link>
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    <pubDate>Wed, 21 Dec 2011 18:31:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>consommation</category><category>moment</category><category>mort</category>    
    <description>&lt;p&gt;Une minute, tu es là ; la suivante, il n’y a plus personne.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/2380131999/&quot; title=&quot;Vroum de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm4.staticflickr.com/3153/2380131999_040da6f52d.jpg&quot; alt=&quot;Vroum&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Je suis
là parce que ce printemps un client a fini par cracher au bassinet. Ce n'est
pas évident, comme relation de causalité, mais quand le ciboulot se met à
tricoter plus vite que la musique, on remonte l'écheveau des événements jusqu'à
la source. Donc, j'ai fini par toucher le fruit de mon travail quelques mois
après l'avoir entièrement exécuté à la satisfaction générale et, comme souvent,
cela revient à hydrater le désert avec un arrosoir pour enfants tant mes
créanciers, eux, sont ponctuels et âpres au gain. Cela dit, dettes épongées, il
me restait de quoi réviser la voiture, changer les amortisseurs et même la
chausser de neuf. Ça a l'air de rien, dit comme ça, mais c'est le genre
d'investissement qui, en une fraction de seconde, peut faire toute la
différence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les amortisseurs usés de ma R25 la ballottaient comme un bateau ivre et du coup
mes pneumatiques s'usaient vite et mal. Je ne vais même pas raconter que les
premiers amortisseurs qui coûtaient un bras se sont avérés défectueux. Et c'est
grâce au contrôle technique, épreuve cyclique et financièrement stressante, que
ce vice de fabrication a été identifié comme tel et les amortisseurs changés
une nouvelle fois, mais sous la garantie du fabriquant.&lt;br /&gt;
D'habitude, pour les pneus, je prends du premier prix, mais là, va savoir
pourquoi, j'ai visité un site de vente en ligne dédié à la gloire du
pneumatique, je me suis tapé des kilomètres de comparatifs et d'avis clients
avant de me décider pour un train complet de &lt;em&gt;&lt;a hreflang=&quot;en&quot; href=&quot;http://www.hankooktire-eu.com/tires/tire-presenter-single-view/view/singleView.html?aoetirepresenter[offset]=0&amp;amp;aoetirepresenter[tire]=778&amp;amp;aoetirepresenter[back]=216&amp;amp;cHash=b9cc194a21475241cedddfe7db7acf78&quot;&gt;
Hankook Kinergy&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, les nouveaux boudins écologiques. Parce qu'il paraît
qu'ils s'usent moins, font moins de bruit et que, cerise sur le gâteau, comme
il y a moins de frottement, on doit bien consommer 3 dès à coudre de pétrole en
moins par plein.&lt;br /&gt;
Ce n'est pas rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Pour le réveillon de Noël, j'ai envie d'un vrai repas de fête :
poulet et salade !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/blockquote&gt;
Bon, dit comme cela, il serait difficile de ne pas essayer de faire plaisir à
la gosse. Il fait un temps de chien galeux et une fine bruine noie mon coin de
cambrousse, mais quand faut y aller, faut y aller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n'est pas comme si je ne l'avais pas vue. J'aurais pu être distraite par une
conversation mains libres sur mon portable ou être en train de chercher une
station introuvable sur mon autoradio, parce que c'est ainsi, le bled est un
multi-cône-d'ombre : ni portable, ni radio, ni internet. Ou juste ce qu'il
faut pour entendre la vie en morse et être encore plus agacé. Non, j'ai
parfaitement bien vu la voiture qui s'est placée dans le dégagement pour
tourner sur sa gauche à elle et ma droite à moi, ce que je n'avais absolument
pas prévu, c'est que, elle, elle ne me voit pas du tout. Pourtant, je vous jure
que je suis visible : une petite nana dans une grosse bagnole, ça fait
rire tous mes potes du bled.&lt;br /&gt;
Donc, elle tourne tranquillement en me coupant la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comptons un bon gros dixième de seconde pour la surprise et un autre pour une
pensée fugace et incontrôlable, façon épitaphe dédiée à l’édification des
générations futures, du genre : &lt;q&gt;connasse, bordel de merde !&lt;/q&gt; Et
paf, le pied écrase le frein en mode automatique.&lt;br /&gt;
Et là, tout compte.&lt;br /&gt;
Absolument tout compte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je pensais que le temps s'étirait et qu'on avait le temps de voir sa vie
défiler, comme au cinéma. En tout cas, c'est ce que m'avait raconté mon ami
Étienne, après s'être vautré en moto sur une autoroute francilienne. Mais non,
aucun effet relativiste. Les pneus se bloquent immédiatement et plus d'une
tonne de métal lancée à 80km/h se met à dériver hors de tout contrôle.&lt;br /&gt;
Ainsi donc, voilà ce que l'on ressent quand on part en
&lt;em&gt;aquaplanning&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'évite l'arrière de la bécasse qui, je le pense encore, ne s'est rendu compte
de rien — peut-être un retour d'apéro un peu pénible — et fonce posément sur la
voiture qui attendait son tour au stop à ma droite. C'est un pot de yaourt. Si
je la percute, la conductrice est foutue. Contre-braquage. C'est marrant ça se
fait tout seul et je n’ai même pas fermé les yeux. D'habitude, quand je vois un
truc flippant sur la route, je couine et je ferme les yeux. Là, mon pied s'est
passé des relais synaptiques et il est déjà en train d'accélérer doucement pour
me faire retrouver un semblant d'adhérence. Mon train arrière bascule dans
l'autre sens et rase le capot de la voiture à l'arrêt. Sauvée, celle-là.&lt;br /&gt;
Mais je glisse toujours comme un paquebot sans gouvernail et ma calandre vise à
présent le bord gauche de la route. Si je continue, je vais faire un carton
avec la caisse qui vient en face. Ma voiture est partie de travers, mon pied
accentue sa pression pendant que mes bras volent pour redresser la trajectoire,
à fond dans l'autre sens. Ça patine, ça se déporte encore un peu pendant que
l'arrière chasse étrangement, mais je reste collée à la route. Le temps ne se
ralentit toujours pas, ce salaud. Je ne lâche rien, re-contre-braque et d'un
seul coup, c'est fini, j'ai repris ma trajectoire initiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nana au stop a dû se chier dessus. J'ai tout négocié sur les zébras du
tourne-à-gauche. Je suis surprise d'être indemne, dans ma caisse, roulant
tranquillement comme si je ne venais pas de passer les deux secondes les plus
longues de ma vie. Et puis non, même pas. C'était juste deux secondes comme les
autres et puis rien. J'hyperventile trois bons coups pour chasser la trouille
qui tente d'escalader mon dos. Je suis étonnée de n'avoir pas paniqué et de
m'en être sortie aussi bien.&lt;br /&gt;
Mais voilà, trois ans d'escalade m'ont appris à regarder ma peur en face et des
amortisseurs neufs m'ont permis d'avoir la tenue de route suffisante et
nécessaire pour que mes efforts ne soient pas vains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah oui, j'y repense, j'ai choisi mes pneus en dernier ressort parce qu'il y
avait un avis d'utilisateur, le &lt;em&gt;Fonzie&lt;/em&gt; de service, qui disait ceci sur
ce modèle particulier : &lt;q&gt;excellente tenue de route en dérapage sur sol
mouillé&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=711ef2b0-b0ad-82d5-a4df-90cd84442b70&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/21/Trop-courte-la-vie#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Comme des poulets sans tête</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:273b50778717da8f86df5f9de7d1add3</guid>
    <pubDate>Tue, 20 Dec 2011 11:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>bonheur néolibéral</category><category>catastrophe</category><category>confiscation démocratique</category><category>guerre</category><category>international</category><category>Les Affabulateurs</category><category>libéralisme</category><category>politique</category><category>société</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;En 2010, on descendait dans la rue. En 2011, on nous y jette.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/PasDeCado.jpg&quot;&gt;&lt;img title=&quot;Certificat d'exemption de cadeau, déc. 2011&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/.PasDeCado_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Ce qui est fascinant, si l'on jette un regard
en arrière, c'est que nous venons de passer 10 ans sous le régime de la
terreur. Ça a l'air tellement énorme, lâché comme cela, au détour d'une petite
phrase sans conséquence.&lt;br /&gt;
Mais s'il y a bien quelque chose à retenir de la décennie écoulée, c'est que
notre pire ennemi, c'est nous-mêmes et notre indépassable capacité à accepter
tout et n'importe quoi à partir du moment où l'on a suffisamment peur pour que
le premier guignol venu puisse passer pour notre sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela fait maintenant 10 ans que nous sommes plongés en permanence dans une
sorte d'ambiance de fin du monde, dans &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur&quot;&gt;une
crise de panique sans fin&lt;/a&gt; dont la principale conséquence, et non des
moindres, est d'oblitérer chez nous toute capacité cognitive un tant soit peu
rationnelle. Depuis le spectacle terrible et joué en boucle de la chute des
deux tours, nous expérimentons dans nos corps et nos esprits la fameuse
&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_du_choc&quot;&gt;stratégie du
choc&lt;/a&gt; décrite par Naomi Klein. Et le plus fabuleux dans tout cela, c'est que
même informés de cet état de choses, car ce n'est pas l'information qui nous
fait défaut, loin de là, même conscients de cette culture permanente de notre
état de sidération, nous n'en continuons pas moins de paniquer et de gesticuler
en tous sens, comme des poulets sans tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous parvenons à secouer quelques minutes notre joug de peur, il peut nous
être donné de visualiser l'ensemble du schéma. Voici comment l'on nous assène
le grand coup de massue des attentats de 2001, complaisamment mis en scène par
les médias du monde entier, presque immédiatement suivis de l'emballement des
états d'alerte, de la nécessité de la guerre perpétuelle contre l'ennemi le
plus effrayant qui soit : celui qui n'a ni visage ni nom, celui qui a
mille têtes, mille haines, mille colères, l'ennemi innommable, l'ennemi
intérieur. Voici comment l'on justifie, comment même on en appelle à des hommes
en armes dans nos villes, nos gares, nos centres commerciaux. Voici comment on
légitime la fuite en avant sécuritaire, notre nécessaire protection contre le
danger multiforme, confus, insaisissable.&lt;br /&gt;
Tous les amateurs de films qui font peur vous le diront : rien n'est plus
effrayant que le danger qu'on ne voit pas, rien n'est plus efficace qu'un cri
derrière une porte qui se referme, rien n'est plus flippant que le hors-champ,
ce non-lieu même où nos imaginaires paniqués tricotent des visions terribles et
angoissantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous ne vous souvenez déjà plus de la météo terroriste (dans tous les sens du
terme) qui rythmait la vie des États-Uniens au début du millénaire ?
Pourtant, c'était énorme : chaque matin, à l'heure du petit déjeuner, on
annonçait aux familles qui mastiquaient placidement leurs croquettes pour
humains macérées dans &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/03/17/68-the-corporation&quot;&gt;du lait au
pus&lt;/a&gt;, l'état de risque d'attentats terroristes du jour, avec des gradations,
du vert, très rare, des journées qui s'écoulent tranquillement dans des
démocraties avancées, au rouge, voire au noir de la panique, quand l'ennemi,
&lt;em&gt;the guy next door&lt;/em&gt;, s'apprête à t'exploser le &lt;a style=&quot;font-style: italic;&quot; href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Mall_of_America&quot;&gt;mall&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Ben non, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Vigipirate&quot;&gt;oublié le plan
Vigipirate&lt;/a&gt;, d'ailleurs toujours en vigueur pour autant que je sache, depuis
nous avons eu d'autres peurs à gérer, depuis nous nous sommes habitués à être
nous-mêmes traités comme des terroristes à chaque aéroport sous prétexte de
nous en protéger. Vertigineux retournement de situation, non ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le régime de la terreur, jusqu'au sein des plus grandes institutions
internationales : qui se souvient encore de la grande prise d'otage de
l'ONU par &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/01/25/44-une-merveilleuse-occasion&quot;&gt;un général
va-t-en-guerre&lt;/a&gt; muni d'une simple petite fiole de sucre ou de farine, de
quelques photos truquées et schémas foireux et qui a réussi à suffisamment
terroriser la docte assemblée pour qu'elle s'empresse de dissoudre
définitivement tout embryon de droit international dans ce qui est tout de même
une longue série de guerres d'invasion, à visée confiscatoire des ressources
naturelles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;Le régime de la terreur mondiale, enfin, la guerre financière totale contre
les peuples, sur fond de crise écologique, morale et démocratique&lt;/h4&gt;
Depuis &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise&quot;&gt;la déclaration de
guerre financière&lt;/a&gt; contre tous, la stratégie du choc prend toute son ampleur
et la panique institutionnalisée justifie en elle-même toutes les bassesses,
toutes les régressions. L'état de sidération des peuples est tel que nous avons
même perdu la capacité de rire du ridicule le plus achevé. De sommets de la
dernière chance, en plans de rigueur qui s'enfilent comme des perles, présentés
comme des lavements nécessaires et des saignées vitales pour sauver le malade
qui se portait bien jusque-là, la crise perpétuelle justifie absolument tout
depuis quelques années.&lt;br /&gt;
Il a suffi de déclarer l'état de crise financière pour pouvoir braquer, dans la
plus totale impunité, les ressources des États souverains. Et il suffit d'une
simple annonce aujourd'hui pour remplacer un chef d'État démocratiquement élu
par un bankdit, pour revenir sur un vote, y renoncer, décider de s'en passer,
juste pour un temps, enfin pour le moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes tellement englués dans cette atmosphère de terreur et de panique
que nous en avons perdu tout sens critique, toute capacité à faire un pas de
côté et juste déclarer en éclatant de rire : &lt;q&gt;mais putain,
regardez : le roi est nu !&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne rions même plus à leur gesticulations ridicules et pathétiques, la
dernière en date, et non des moindres, étant celle des notations. Prenez le
temps d'expliquer à vos enfants qu'il y a de moins en moins d'argent à
consacrer à les éduquer, les nourrir, les soigner, les loger, les vêtir parce
que, quelque part ailleurs, dans une haute tour de verre, de béton et de métal,
il y a 1 ou 2 gus qui s'apprêtent, qui s'apprêtent juste, parce qu'ils ne sont
pas encore totalement décidés, à nous retirer un &lt;q&gt;A&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
Oui, il faut expliquer à nos enfants qu'on est en train de renoncer à
l'ensemble de nos droits sociaux, salariaux et citoyens sous prétexte que des
gens vont filer une mauvaise note à notre pays, un peu comme un charcutier qui
se ferait rétrograder de l'andouillette.&lt;br /&gt;
Quelque chose du genre : &lt;q&gt;Pas de A, pas de chocolat&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut expliquer à nos enfants que la classe moyenne grecque est en train de
disparaître parce que les chefs des Grecs ont pris une mauvaise note. Il faut
expliquer à nos enfants qu'il y a des petits Grecs qui s'évanouissent à l'école
de faim, parce que leur pays a pris une mauvaise note et que la même chose est
en cours chez les petits Espagnols, les petits Portugais, les petits Italiens,
et qu'après Noël, dans 4 ou 5 mois, au plus, ce sera notre tour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y en aura bien un pour nous rire au nez et nous expliquer que l'&lt;a href=&quot;http://www.elcorreo.eu.org/?Cinq-facons-par-lesquelles-les&quot;&gt;on est bien cons
de continuer à marcher dans la combine&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=f800b860-39cf-8364-b760-3d255a894720&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Noël en juin</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/16/Noel-en-juin</link>
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    <pubDate>Fri, 16 Dec 2011 17:20:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>catastrophe</category><category>chroniques</category><category>civilisation</category><category>climat</category><category>consommation</category><category>ruralité</category><category>santé</category><category>société</category>    
    <description>&lt;p&gt;Il me suffit de jeter un œil par la fenêtre pour me demander quel est le
sombre abruti qui a décidé qu'on fêterait Noël en décembre.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/2140141761/&quot; title=&quot;Table de fête de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm3.staticflickr.com/2093/2140141761_4ca534133d.jpg&quot; alt=&quot;Table de fête&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Franchement, pire moment de l'année pour une fête familiale, je ne
vois pas. Il fait moche, il fait froid, les jours sont tellement courts qu'on
n'a pas le temps d'aller d'un bled à l'autre, alors quand il s'agit de
traverser la France pour y retrouver des membres épars d'une famille éclatée,
c'est gravement n'importe quoi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, l'idéal, ce serait de fêter Noël en juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fait beau, il fait chaud, les journées sont interminables et on pourrait se
faire des brochettes à la plancha dans le jardin au lieu de se taper une bûche
à la crème au beurre dans une pièce sombre et mal chauffée qui transpire encore
la raclette de la veille. Sans compter que par une de ces collisions
calendaires dont le hasard rieur des astres a le secret, l'année prochaine,
&lt;a href=&quot;http://seenthis.net/tags/it_has_begun&quot;&gt;Noël tombe juste après la fin
du monde&lt;/a&gt;. Certes, les blagues ravageuses de l'oncle Norbert après le
quatrième verre de Chartreuse ont quelque chose de délicieusement
postapocalyptique, mais après une crise de civilisation et &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/messages/46609&quot;&gt;un effondrement économique total&lt;/a&gt;, on
va tout de même avoir un peu de mal à se faire péter la sous-ventrière lors du
traditionnel gavage orgiaque dégoulinant d’hypocrisie et de bons sentiments,
sous les feux lancinants d'un sapin irradié à la mode de Fukushima.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, bon, ce billet est un bon gros n'importe quoi que j'assume parfaitement,
parce que sur ce chapitre précisément, du grand foutage de gueule qui fait du
bruit pour qu'on ne s'entende pas pleurer, je trouve que nos &lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Les_editocrates-9782707158697.html&quot;&gt;
éditocrates&lt;/a&gt; et nos &lt;a href=&quot;http://editionslibertalia.com/La-Position-du-penseur-couche.html&quot;&gt;médias
couchés&lt;/a&gt; sont devenus des références orgasmiques et totalement
indépassables. Juste comme ça, pour alimenter nos rires grinçants de fin
d'année, l'idée grotesque et foncièrement réjouissante que pour pallier à la
désertification médicale organisée de longue date, &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/messages/46567&quot;&gt;on enverra les pouilleux de la cambrousse
se faire soigner chez le véto du coi&lt;/a&gt;n. Je ne sais par pour vous, mais il y
a dans cette fuite en avant dans le &lt;em&gt;portnawak&lt;/em&gt; le plus échevelé quelque
chose qui touche au sublime, à l'absurde dérision que les Monty Python ont
élevée au rang d'art. On a dépassé depuis longtemps le stade du fameux :
&lt;q&gt;plus c'est gros, plus ça passe!&lt;/q&gt; Aujourd'hui, c'est un peu comme si tout
le monde était complètement blasé par la vertigineuse connerie ambiante. Même
la surenchère du &lt;a href=&quot;http://www.superno.com/blog/2011/12/ils-ont-vendu-la-france-mais-nous-ordonnent-dacheter-francais/&quot;&gt;
grotesque&lt;/a&gt; et du &lt;a href=&quot;http://www.poisson-rouge.info/2011-12/salauds-de-pauvres/&quot;&gt;pathétique&lt;/a&gt; ne
parvient plus à nous sortir de la torpeur un peu poisseuse d'une sieste
digestive un peu pénible. C'est le festival aux mauvaises nouvelles et aux
surenchères de petits maréchaux autosuffisants qui clament à s'en exploser les
carotides qu'&lt;a href=&quot;http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/12/sus-aux-agences-de-notation-.html&quot;&gt;il
faut encore et toujours plus serrer la vis&lt;/a&gt;, encore et toujours plus
poursuivre sur la même pente des mauvaises solutions à des problèmes qu'on ne
se posait pourtant pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors quoi ? Il faudrait en plus que je me casse le tronc à commenter
doctement le merdier ambiant pour tenter d'y trouver du sens ? Machin à
dit ça, bidule fait deux points de mieux dans des sondages qui ne représentent
qu'eux-mêmes, les petites phrases, les combats des chefs, les cascades de
chiffres qui ruissellent sur nos épaules pour toujours nous noyer dans le même
refrain : &lt;q&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise&quot;&gt;c'est la
crise, c'est la crise, c'est la crise&lt;/a&gt; ; prépare ton dos, mon corniaud,
tu es inscrit pour la prochaine charette des surnuméraires, mais en attendant,
surtout, tiens-toi sage et prépare-toi à ton ultime devoir de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/07/11/Universal-soldiers&quot;&gt;petit soldat de l'apocalypse
financière&lt;/a&gt;, en dilapidant chaque sou si misérablement arraché à la cupidité
ambiante pour des fêtes clinquantes et sans signification&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'autre jour, il m'a demandé, presque rituellement, comme chaque année :
&lt;q&gt;qu'est-ce que tu veux pour ton anniversaire ?&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
Autrement dit, quel objet devra-t-il immoler sur l'autel du temps qui
passe ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui ai juste dit : &lt;q&gt;ce que tu veux, pourvu que ce ne soit pas un
objet.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que je suis cernée par les objets, certains utiles, la plupart dérisoires
et encombrants, les agents secrets du &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2004/12/14/18-ikea-family&quot;&gt;monde selon Ikéa&lt;/a&gt;, le moment arrive où il
me faudra encore acheter un nouveau range-objets. Rationalité absurde de cet
espace qui nous bouffe le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que je veux.&lt;br /&gt;
Finalement, telle est la question.&lt;br /&gt;
Ce que je veux vraiment.&lt;br /&gt;
Ce pour quoi je me lève, ce pour quoi je vis, j'écris, je ris et j'existe. Ce
qui me fait avancer. Ce qui me fait vibrer.&lt;br /&gt;
Ce que je veux vraiment.&lt;br /&gt;
Non pas ce dont j'ai besoin, comme d'un pépin sous la pluie, non pas ce dont
j'ai envie, comme d'un thé glacé une fin d'après-midi de juin, justement.&lt;br /&gt;
Ce que je veux vraiment.&lt;br /&gt;
Ce que nous voulons réellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que je veux, c'est du temps. Pas du temps en plus, ça, on est tous plus ou
moins logés à la même enseigne. Le temps d'une vie.&lt;br /&gt;
Non, ce que je veux, c'est du temps en mieux, du temps gagné sur les temps
perdus.&lt;br /&gt;
Du temps pour nous.&lt;br /&gt;
Du temps pour aimer.&lt;br /&gt;
Du temps pour vivre.&lt;br /&gt;
Et c'est tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=1534c807-dade-80ec-bf79-a03717b53fbe&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>Mes plus sincères salutations</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/25/Mes-plus-sinceres-salutations</link>
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    <pubDate>Fri, 25 Nov 2011 15:54:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>chroniques</category><category>femmes</category><category>histoire</category><category>lutte</category><category>société</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;C'est l'été en Maurienne et je dois avoir 14 ans. Les journées sont longues,
lumineuses, remplies de nos jeux et de nos cris. On est une bande de potes. On
est les terreurs de la montagne.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6266898214/&quot; title=&quot;Ma saison préférée de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.staticflickr.com/6165/6266898214_aa83d84dbd.jpg&quot; alt=&quot;Ma saison préférée&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px:&quot; height=&quot;335&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Il y a Steph', bien sûr, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/06/19/Psychanalyse-des-vitres&quot;&gt;ma sœur de lait, ma sœur
ennemie&lt;/a&gt;, celle qui nous vaut d'avoir toujours des tas de copains. Parfois,
il y a Fabrice, qui monte du chef-lieu, droit par les sentiers de vaches et le
plus souvent, il y a François et Florence, les gosses du chalet juste au-dessus
du nôtre. Flo est souvent un peu en retrait, un peu plus sèche, plus volontaire
aussi, plus dure, mais ça ne me dérange pas, même si je préfère son frère. De
toute manière, j'ai toujours préféré les garçons, leur compagnie franche, leurs
jeux de guerrier, leurs blagues bien lourdes et leur brin de folie furieuse. Je
suis un peu sexiste sur les bords, mais je l'ai toujours été un chouia. Du jour
où ma grand-mère a fait tomber mes longues anglaises blondes sous les ciseaux
furieux du merlan, j'ai toujours cultivé un côté petit mec, même maintenant,
même normalisée avec mes robes et mes talons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet été-là, François a construit le jeu de la mort, le vrai : une espèce
de planche à roulettes maison, plus large, moins maniable, avec une sorte de
caisse basse vissée dessus dans laquelle on peut tenir jusqu'à deux, à
condition de tenir les jambes relevées à l'extérieur. Le jeu de la mort, c'est
donc de remonter jusqu'à l'épingle à cheveux au-dessus de notre hameau et de
s'élancer comme des braques sur la route défoncée, printemps après printemps,
par les rigueurs aqueuses du dégel.&lt;br /&gt;
C'est une sacrée petite route de montagne qui serpente haut, jusqu'à la
station, loin au-dessus. Ralliant le chef-lieu, loin au-dessous. Comme je suis
en cannes, cette année-là, il m'est déjà arrivé de monter jusqu'au col, juchée
sur le vélo Barbie de Steph'. Ceux qui ne connaissent que les vélos modernes à
21 vitesses ne peuvent pas comprendre, ni même seulement concevoir, comment on
parvient à se hisser le long de la pente, avec cette machine rétive, sur plus
de 1 000 m de dénivelé. Disons que j'avais sacrément chaud et les
mollets qui tiraient un peu quand j'arrivais au col, mais que toutes les
douleurs du monde ne valaient pas l'intense jouissance que je pouvais éprouver
juste après, à débouler sur les flancs de la montagne, enfilant les virages à
la limite du décrochage, gobant des moustiques dans de grands éclats de rire,
râpant les semelles de mes &lt;em&gt;Stan Smith&lt;/em&gt; sur le bitume éclaté, faute de
freins dignes de ce nom pour contenir ma folle chevauchée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, l'idée de faire des concours de &lt;em&gt;dévalement&lt;/em&gt; de pente à tombeau
ouvert, le cul au ras du sol, dans un engin qui ne peut pratiquement ni freiner
ni tourner, est un pur délice d'excitation.&lt;br /&gt;
Si je pouvais me glisser dans la bande joyeuse, avec mes 40 balais bien entamés
et mon regard de mère toujours un peu inquiète, je crois que j'attraperais une
chevelure blanche intégrale à la vision de l'engin de la mort. Au lieu de cela,
je pousse la carriole comme une sorte de bobsleigh, avant de me jeter dedans,
de me faire malmener par les cahots de la route et le vent de la course qui
emmêle ma tignasse indisciplinée, avant de finir à moitié râpée sur le
bas-côté. C'est une chance qu'il y a moins de circulation l'été qu'à la saison
hivernale, quand le Parisien aux pneus lisses imagine vraiment qu'il arrivera à
la station pour l'heure de la raclette. Sinon, j'aurais probablement fini ma
brève existence encastrée sous un parechoc, un 75 imprimé sur le front.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là, c'est François qui a perdu. Enfin, non, il a commencé par gagner.
Le meilleur chrono de la saison, trajectoire parfaite qu'il n'a même pas tenté
d'incurver à l'approche du virage. Il est passé tout droit, s'est envolé sur le
rebord de gravier, toujours un peu relevé pour coller les voitures à leur
trajectoire sinueuse et il a bien dû rester en l'air une demi-éternité
triomphante, suspendu entre ciel et terre, avant d'aller s'écraser à grand
fracas dans le pierrier en contrebas. On est tous encore en train de courir
pour tenter d'aller ramasser les morceaux quand il escalade le rebord de la
route, en vrac, des estafilades sanglantes le marbrant sur toute la surface
découverte de sa peau, de grandes plaques rouges s'étendant à vue d'œil sur son
épiderme. L'engin de la mort n'est plus, fracassé dans la pierraille, mais par
chance, François a atterri au beau milieu d'un énorme bouquet d'orties qui ont
grandement amorti sa chute et fouetté son sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir-là, je suis en train de faire la vaisselle quand j'entends confusément
des cris venir de dehors. Dans un premier temps, je pense bien sûr que les
parents sont au courant de nos chevauchées fantastiques et qu'on va se ramasser
une foutue corvée de ramassage de haricots verts à la rosée du matin pour au
moins 15 jours. Mais cela vient d'un peu plus loin et ça hurle plutôt que ça ne
crie.&lt;br /&gt;
Les cris ont cette tonalité d'urgence et d'effroi qui nous fait soit fermer les
volets de trouille, soit sortir sur le seuil de notre porte, portés par un élan
irrésistible. Je pense au feu qui peut dévorer avidement nos beaux chalets
alpestres, jusqu'à ne plus laisser que les fondations de pierre, nues et
noircies. Le tintamarre est terrible et je vois Flo et François tirant leur
mère sur le grand balcon de leur premier étage, pendant que leur père, comme
fou de rage surgit à l'extérieur, rougeaud et éructant. C'est une telle
explosion de haine que l'étreinte de la peur glace ma colonne vertébrale. Il
est comme fou. Il a attrapé sa femme par les cheveux qu'elle a omis de couper
depuis le début de l'été et il la fait valdinguer sous les cris de terreur de
nos copains. Je n'ai jamais rien vu de semblable et pourtant, ceux qui me
connaissent savent que j'en ai déjà vu bien trop pour mon âge. Flo tente de
s'interposer et prend une beigne qui l'envoie bouler contre la rambarde. Je
retourne dans le chalet pour demander qu'un adulte intervienne avant que tout
bascule, même si, en vrai, tout a déjà basculé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, oui, calme-toi. Ça arrive, tu sais. Ça fait un moment que ça dure.
Avec les problèmes à l'usine, ça n'arrange rien. T'inquiète pas, il a dû boire
un coup de trop.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, non, mais c'est grave, il les tape, il va leur faire du
mal.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais non, mais non.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais il faut les aider, on ne peut pas rester sans rien faire.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Échanges de coups d'œil silencieux et parlants à la fois entre les adultes de
notre chalet.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Écoute, ça ne nous regarde pas.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais il va leur arriver quelque chose.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais non, tu dramatises toujours. De toute manière, si ça lui posait un
problème, elle serait venue nous demander de l'aide. Si elle reste, c'est bien
qu'elle y trouve son compte, non ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, c'est jour de marché au chef-lieu en bas. La plupart des gens des
hameaux alentour s'y retrouvent pour faire leurs courses et échanger les
dernières nouvelles. Je crois que je fais un peu la gueule. Mon truc, quand ça
ne va pas, c'est de faire la gueule abondamment, consciencieusement, avec le
silence le plus bruyant que je puisse créer. Voilà justement le père de Flo et
François en train de remplir son panier un peu plus loin. Je le connais bien.
Enfin, c'est que je croyais, quand je le saluais du haut de mon vélo. Là, il
est venu seul au ravitaillement. Forcément, avec ce qu'il leur a foutu sur la
gueule la veille au soir, il n'allait pas les exhiber au bled en chef le
lendemain matin. Parce que derrière nos volets fermés, je les ai encore entendu
gueuler un bon moment, les voisins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Bonjour.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Il serre la paluche de tout le monde, tout le monde lui serre la sienne. Il me
fout la nausée. Rien, pas un mot, pas une allusion à la veille. N'ayons l'air
de rien, surtout.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben alors, petit lion, tu boudes ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Si ma haine pouvait se matérialiser, là, tout de suite, ce crétin serait
carbonisé sur pied et je cracherai sur ses cendres.&lt;br /&gt;
Je balance juste aussi fort que je peux :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je ne salue pas les connards qui frappent leur famille.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
L'instant d'après, c'est comme si tout le marché s'était mis à bouder à son
tour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n'ai jamais revu Flo et François, &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/11/25/une-journee-nationale-contre-les-violences-faites-aux-femmes_1444648_3224.html&quot;&gt;
mais aujourd'hui, comme des tas d'autres jours depuis, je pense à
eux&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=6a53c183-1a16-8ac7-a343-4980da973b38&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>Je suis un danseur brésilien</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/25/Je-suis-un-danseur-bresilien</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:92030ca8c539e2e388426c0faa0d2de6</guid>
    <pubDate>Fri, 25 Nov 2011 00:44:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>art</category><category>bled</category><category>bonheur</category><category>chroniques</category><category>humanité</category><category>liberté</category><category>voyage</category>    
    <description>&lt;p&gt;Peut-être que le meilleur dans la vie, c'est l'impromptu, le moment que l'on
n'attendait pas et qui change tout, ou rien, mais en fait, cela n'a aucune
importance.&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/4789685020/&quot; title=&quot;Dance gasconne de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm5.staticflickr.com/4082/4789685020_1d89b06570.jpg&quot; alt=&quot;Dance gasconne&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;500&quot; width=&quot;320&quot; /&gt;&lt;/a&gt;C'est un soir comme un autre, avec cette petite flemme en plus de
devoir poursuivre la routine, et il dit juste : &lt;q&gt;sortons !&lt;/q&gt;
Comme ça, pour rien, juste voir ailleurs si on y est. Cela nous arrive de temps
à autre, peut-être un peu moins souvent, maintenant que tout compte, que
l'argent se raréfie comme l'eau de la dernière pluie s'évapore dans le
désert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfois, on tombe bien, d'autres fois, on mange des portes, ou des cloportes,
la fermeture annuelle, le congé à durée indéterminée, le changement de patron,
et puis non, c'est complet et puis, manifestement, on n'est pas dans le ton,
dans l'ambiance. Bref, c'est toujours l'aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là, on est seuls, tellement seuls qu'on se dit qu'ils vont fermer de désespoir
de nous voir si seuls. Je lui avais parlé de mes Brésiliens, de cette
rencontre, déjà formidable, que j'avais faite en Allemagne lors de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/06/29/Esperanto-me&quot;&gt;la remise de mon Bob's&lt;/a&gt;. Et puis peut-être
que ça allait bien avec les couleurs de l'automne, ou qu'il fallait juste
conjurer l'hiver qui approche, lentement mais sûrement.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;En fait, on n'ouvre que dans 20 minutes.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Ha ! D'habitude, le Gascon nous éclate les arpions avec son volet de fer à
peu près à la même heure, ils bouffent comme les poules dans le bled. À 20h
pétantes, c'est la ville fantôme et les regards assassins des serveurs pressés
de fermer boutique. Il y en avait un qui annonçait de manière extravagante et
quelque peu exagérée un service jusqu'à 22 h. Je m'y pointe un soir d'été,
après une longue boucle à vélo, affamée, sur les coups de 21 h 30. La
serveuse vient de prendre la commande de mes amis que j'ai rejoints sur
place : deux pizzas qui me semblent être les meilleures choses produites
par la main de l'homme. Elle passe un certain temps à faire mine de ne pas me
voir. Je suis un angle mort de la restauration, c'est comme ça. Je m'installe à
une table, je m'accoude à un bar et subitement, tout le personnel devient sourd
et aveugle. Il n'est pas rare que je reparte sans que quiconque n'ait daigné
m'adresser la parole. Avec le temps et l'expérience, j'ai appris à agiter les
bras comme le drapeau d'un commissaire de course, voire à beugler mon
insatisfaction sur le ton indigné d'une corne de brume. Je crois que je
pourrais aussi bien me coiffer de ma culotte et danser le &lt;em&gt;french
cancan&lt;/em&gt; sur la table.&lt;br /&gt;
Au bout d'un moment moins long que mon agacement et ma faim torride me le font
ressentir, elle revient avec les objets du délice, sans toutefois parvenir à
accrocher mon regard de cocker mendiant. Mon ami finit par lui demander de
prendre ma commande, ce qu'elle consent avec une mauvaise grâce plus pesante
qu'un article d'Alain Minc pour me signifier sèchement qu'ils ne font plus de
pizzas, ni de pâtes, ni rien de ce que je veux et que mon estomac réclame avec
une exigence grandissante. Elle me concède une salade composée qui me désespère
et prend la commande de pizzas des clients de la table d'à côté dans l'élan.
Juste assez fort pour être bien certaine que je l'entends.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais vous pouvez tout à fait patienter au bar en attendant.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Il nous sourit comme si nous étions de vieux amis qu'il n'a pas vus depuis
longtemps et nous pilote vers le bar sur un pas de salsa. Je n'ai même pas
encore commandé mon &lt;em&gt;mojito&lt;/em&gt; que je sais déjà qu'avec lui, ça va le
faire. Il ondule en nous préparant nos cocktails et entreprend de nous
commenter la carte. Ce n'est pas qu'il est particulièrement gracieux, ou
charmant, ou abordable, ou spécialement affable, c'est juste qu'il est
merveilleusement bien là où il est, ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, oui, ça, c'est vraiment délicieux, vous allez adorez :
d'ailleurs, je sais de quoi je parle, c'est moi qui l'ai préparé cet
après-midi.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Vous êtes cuisinier ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, je suis danseur.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Haaa ! Brésilien ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, pas du tout, mais j'y ai vécu un temps. Je suis juste venu donner
un coup de main au patron, qui est un ami.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais... qu'est-ce qu'un danseur de salsa peut bien faire dans le
bled ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Et là, c'est parti. Il me raconte juste sa vie. Avec simplicité. Et légèreté.
C'est ça que j'ai tout de suite repéré chez lui : ce petit quelque chose
de complètement aérien. Il aime la danse et la danse le lui rend bien. Grâce à
son art, sa passion, il a fait le tour du monde et lui aussi, il a fait des
rencontres extraordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais ça n'a pas toujours été facile pour moi. Tenez, au début, je ratais
tout. J'avais une audition, je me préparais comme un fou, j'y allais, à fond
dans le moment, bouffé par le trac et je me plantais. À chaque fois, je me
plantais. Mais j'avais tellement envie de réussir, tellement besoin de danser.
Un matin, je me suis levé et je me suis juste dit : &lt;q&gt;bon, après tout, ce
n'est jamais qu'une audition, ce n'est pas comme si ma vie en dépendait&lt;/q&gt;.
Sauf que c'était ça. Jusqu'à ce jour, j'allais à chaque audition comme si toute
ma vie en dépendait. Là, j'y suis allé, comme ça, et j'ai été pris. Et ensuite,
pour chaque audition que j'ai passé, j'ai été pris. Non pas parce que j'étais
le meilleur ou le plus beau, mais juste parce que j'y allais comme ça, avec
l'envie de danser, mais en ayant bien conscience que finalement, tout cela
n'est pas si grave.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Parce qu'il ne pas faut y aller comme si notre vie en
dépendait.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, c'est exactement ça : plus que le talent, c'est un état
d'esprit, le fait que l'échec, ce n'est pas si grave. Des occasions, il y en
aura toujours d'autres, on ne joue pas tout sur un seul coup de poker. Et du
coup, c'est comme si je ne pesais plus des tonnes.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est marrant ce que vous dites : cela fait des années que j'empile
les gadins comme d'autres les trophées et un ami m'a justement dit qu'il
fallait que j'arrête d'y aller comme si toute ma vie en dépendait.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Vous savez, j'ai aussi une amie que j'adore, une danseuse, comme moi,
sauf qu'elle, elle est vraiment très douée, très belle, très gracieuse. Ce
n'est pas compliqué, quand elle s'entraîne avec nous, elle danse tellement
bien, c'est tellement beau ce qu'elle fait, que le plus souvent, on s'arrête
juste pour la regarder danser. Et bien, cette fille elle s'est toujours
plantée, elle rate toutes ses auditions. C'est pourtant la meilleure d'entre
nous, mais quand elle y va, ça ne passe pas, ça ne passe jamais. Parce qu'elle
n'a pas ce truc, ce...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Cette légèreté ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, c'est ça. Cette légèreté. Ce n'est pas que je m'en fous, mais je ne
prends plus les choses autant à cœur. Je vais là où me portent mes pas et je
m'adapte. Comme au Brésil. J'y suis allé comme ça, pour des vacances, avec une
troupe du nord que je trouvais sympa. Une fois arrivé là-bas, je me rends
compte que je suis dans la seule région du monde où ma mastercard n'est
acceptée par aucune banque à plus de 300 km à la ronde. Je suis dans la
jungle, dans un pays que je ne connais pas, avec une langue que je ne parle
pas, je n'ai pas une thune sur moi... et bien, je me suis débrouillé. J'ai logé
chez l'habitant, des trucs qu'on n’imagine pas, avec une chaleur moite
terrible, des insectes monstrueux, les latrines collectives creusées derrière
la colline. Les gens me demandaient comment je faisais, moi qui venais d'un
pays où les standards étaient nettement plus élevés. Je leur disais que tout
allait bien pour moi... et en fait, c'était vrai. J'ai vraiment adoré le temps
que j'ai passé avec eux, ce qu'on a partagé, des gens incroyables. J'y suis
resté six mois, le temps de récupérer assez d'argent pour aller jusqu'à
Rio.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;
Et là, de nouvelles rencontres, un logement à la périphérie d'une des plus
grosses favelas de Rio et le rêve de sa vie, participer au célèbre carnaval,
comme ça, au fil de l'eau, juste porté par sa passion, le hasard et une
farouche joie de vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses mots dansent comme ses pieds derrière le comptoir. Peut-être que le
&lt;em&gt;mojito&lt;/em&gt; y est pour quelque chose. Les premiers clients arrivent
finalement une heure plus tard. S'ils n'étaient pas venus, peut-être
aurions-nous continué à parler, comme ça jusqu'au bout de la nuit, dans un élan
gigantesque, de toutes ses petites choses qui font que la vie d'un homme n'est
jamais banale et qu'elle porte toujours en elle une leçon pour ceux qui veulent
bien s'attarder un peu autour de son récit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir, la Gascogne vibre sur un air de salsa et je sais qu'à partir de
maintenant, je vais parcourir ma vie comme un danseur brésilien.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=010032e2-f7bb-88cc-b825-1ae8daab41d7&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/25/Je-suis-un-danseur-bresilien#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'impasse</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/16/L-impasse</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ce1446ed65cb649da201ad615d3bbad7</guid>
    <pubDate>Wed, 16 Nov 2011 10:52:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>bonheur</category><category>bonheur néolibéral</category><category>catastrophe</category><category>civilisation</category><category>discours</category><category>débat</category><category>inégalités</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>politique</category>    
    <description>&lt;p&gt;Ce n'est pas comme si nous n'avions pas été patients. Ce n'est pas comme si
nous n'avions pas participé massivement (bien que souvent à notre corps
défendant !) au grand effort collectif (pour une fois !) de
modernisation du monde. Ce n'est pas comme si nous n'avions pas aussi porté en
nous ce grand espoir de lendemains qui chantent.&lt;br /&gt;
Mais tout de même, au bout de plus de 30 ans d'efforts, de sacrifices (toujours
décidé par les uns et supportés par d'autres, mais toujours les mêmes autres),
de régressions sociales massives, alors même que l'on nous contraint à toujours
plus de serrage de ceinture, il est peut-être temps d'arrêter de jouer les gros
naïfs confiants et de demander à nos apôtres du bonheur libéral si, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/24/Au-bout-du-chemin&quot;&gt;au bout du compte&lt;/a&gt;, ils ne se seraient
pas un peu payé la fiole de &lt;a href=&quot;http://wearethe99percent.tumblr.com/&quot;&gt;99 % de l'humanité&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;    &lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6308058949/&quot; title=&quot;Qu'importe la destination de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.static.flickr.com/6232/6308058949_9f507b7b84.jpg&quot; alt=&quot;Qu'importe la destination&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Madame, Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Vous vous définissez vous-même comme étant de
sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien
évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients
à être sollicité afin de répondre à une simple question.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de
gauche, sommes depuis une bonne trentaine d’années face à votre discours nous
assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez –
va être rien moins qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un
chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux, mais que vous
nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins
difficile où serait mise en place une sévère, mais juste « rigueur »
économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans
exception profitera…&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;
&lt;h5&gt;Disons le net : nous sommes sceptiques.&lt;/h5&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Non pas que nous mettions en doute votre
bonne foi quant à ces affirmations : votre surprésence médiatique depuis
tant d’années nous a convaincus de votre sincérité. Mais tout de même, tout le
monde finit par se demander, à force :&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans,
ça vient quand ?&lt;/h4&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Parce que dans un pays comprenant 8 millions
de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressurés comme
des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction
fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger
dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les
bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant
mordicus en dépit du bon sens.&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il
faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez
libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement
admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de
faire quelque chose de bien ! Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une
fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de
tous les autres.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Notre question sera donc :
&lt;strong&gt;pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la
majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis
duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous
laissiez tomber et passiez à autre chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Dans l’attente de votre réponse, veuillez
Madame, Monsieur agréer l’expression de nos salutations
distinguées. »&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Cette humble bafouille a été adressée par
mail à Jean Quatremer, Éric Le Boucher, Sophie de Menthon, Laurence Parisot,
Jean-François Copé, Michel Godet, Agnès Verdier-Molinié, Alain Madelin, H16,
Jean-Michel Aphatie, Hervé Novelli, Laurent Wauquiez, Hugues Serraf, Jacques
Attali, Jean-Marc Sylvestre, Franz-Olivier Giesbert, Pascal Salin et Monique
Canto-Sperber ; liste non close.&lt;/div&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Nous attendons bien évidemment les réponses
avec une certaine curiosité gourmande.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Merci à &lt;a href=&quot;http://transmutationentropique.hautetfort.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Océane&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://mipmip.tumblr.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Mipmip&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;,&lt;/span&gt;
&lt;a href=&quot;http://comite-de-salut-public.blogspot.com/2011/11/cest-quand-le-bonheur-neoliberal.html&quot;&gt;
CSP&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://monblogessai.wordpress.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;SeeMee&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://sebmusset.blogspot.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Seb Musset&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://www.alter-oueb.fr/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Marco&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://saintpierredescorps-cestouca.blogspot.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Dadavidov&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://piratages.wordpress.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Vogelsong&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://www.intox2007.info/index.php?&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Intox2007&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://www.avoodware.com/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Dedalus&lt;/a&gt;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/&quot; style=&quot;background-color: white; font-family: 'Trebuchet MS',Trebuchet,Verdana,sans-serif; font-size: 13px; line-height: 18px; text-align: justify; text-decoration: none;&quot;&gt;Christian&lt;/a&gt; ;
si d'autres blogueurs-euses souhaitent en être, ils seront rajoutés au fur et à
mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;font-family: Georgia,'Times New Roman',serif;&quot;&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt; Nous
comptons sur le lecteur pour faire tourner, avec nous, cette lettre et inonder
avec les courriels et formulaires des émissions de télé et de radios toute la
semaine. En vous remerciant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;font-family: Georgia,'Times New Roman',serif;&quot;&gt;+&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;font-family: Georgia,'Times New Roman',serif;&quot;&gt;hashtag :
#bonheur_neoliberal&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=27922dc7-b699-8cd3-aaec-4a442503d646&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>Effet ciseau</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/08/Effet-ciseau</link>
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    <pubDate>Tue, 08 Nov 2011 12:55:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>catastrophe</category><category>civilisation</category><category>confiscation démocratique</category><category>consommation</category><category>folie</category><category>guerre</category><category>histoire</category><category>humanité</category><category>inégalités</category><category>libéralisme</category><category>mort</category><category>politique</category><category>écologie</category><category>économie</category>    
    <description>Et là, est-ce que tu commences à bien la sentir, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/16/L-illusion-democratique-au-service-du-capitalisme&quot;&gt;la main
invisible du marché&lt;/a&gt; ? Est-ce que tu la sens bien, son étreinte
implacable qui t'a choppé par les balloches et qui te broie, continuellement,
inexorablement, jusqu'à ce que tu mettes genou à terre, jusqu'à ce que tu
ploies l'échine, jusqu'à ce que tu ne sois plus rien qu'un grand cri de
douleur ?    &lt;p style=&quot;margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;a title=&quot;Garder le contact de Le Monolecte, sur Flickr&quot; href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6318315218/&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.static.flickr.com/6095/6318315218_f6ccc210a7.jpg&quot; alt=&quot;Garder le contact&quot; style=&quot;float: right; margin-top: 0; margin-right: 0; margin-bottom: 5px; margin-left: 5px;&quot; height=&quot;500&quot; width=&quot;336&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Je le dis et je le répète, inlassablement, parce
qu'il faut bien ne jamais se lasser : &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise&quot;&gt;ceci n'est définitivement pas une
crise&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Une crise, c'est un événement soudain et imprévu, assez violent, et bien
délimité dans le temps, avec au moins un début assez marqué, souvent une
dégradation fulgurante et un dénouement violent. Or là, nous vivons juste dans
un état permanent de crise. À moment donné, c'est devenu &lt;q&gt;La Crise&lt;/q&gt;. Et
même si on change le nom de temps à autre, c'est toujours &lt;q&gt;La Crise&lt;/q&gt;.
Comme une sorte de divinité maléfique et incontrôlable qui perturbe les plans
des gouvernements, comme un chien égaré dans un grand jeu de quilles bien
ordonnées.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Je pensais que le coup de La Crise ne pouvait pas marcher à tous les coups,
tout le temps, pour tout et n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Je me trompais.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;q&gt;La Crise&lt;/q&gt;, c'est l'état normal de la marche du monde pratiquement depuis
que je suis née. Je ne me souviens pas avoir vécu autre chose que &lt;q&gt;La
Crise&lt;/q&gt; et mon tout premier souvenir, c'est celui de &lt;q&gt;La Crise&lt;/q&gt; :
le soir où mon père est rentré du boulot avec une 4L à la place de la grande
Commodore familiale.&lt;br /&gt;
C'était il y a un peu plus de 35 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Depuis ce moment-là, je vis dans un monde en &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/04/15/Jusqu-a-ce-que-mort-s-en-suive&quot;&gt;Crise permanente&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Enfin, plus ou moins permanente, plus ou moins en déclin, selon la saison et
selon le statut social des personnes concernées.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Parce que, comme tout un chacun l'avait quand même un peu remarqué, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/30/Quand-la-merde-monte&quot;&gt;ce n'est pas la même crise pour tout le
monde&lt;/a&gt;. Parce que &lt;q&gt;La Crise&lt;/q&gt;, c'est le désordre et le désordre, c'est
paradoxalement comme tout ordre social, cela crée des perdants, certes,
beaucoup, mais aussi quelques gagnants, bien moins nombreux, mais ô combien
mieux servis. &lt;q&gt;La Crise&lt;/q&gt; que l'on nous ressert jour après jour comme un
vieux reste exhumé bien trop de fois de son &lt;em&gt;tupperware&lt;/em&gt; pour rester
vaguement comestible a ceci de particulier qu'&lt;a href=&quot;http://fr.myeurop.info/2011/11/07/austerite-and-winner-3756&quot;&gt;elle frappe
durement les pauvres&lt;/a&gt;, qu'&lt;a href=&quot;http://www.marianne2.fr/L-automobile-oublie-les-classes-moyennes-au-profit-du-low-cost-et-du-luxe_a212087.html&quot;&gt;elle
érode lentement mais sûrement les capacités natatoires de la fameuse classe
moyenne&lt;/a&gt; qui surnage entre deux eaux et qu'elle profite au-delà de toute
proportion à un groupe de plus en plus restreint de personnes très riches, très
puissantes et très intouchables.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Et ce n'est pas le énième faux plan de sauvetage de la &lt;em&gt;Merkozy&lt;/em&gt; en
délire qui va changer quoi que ce soit à la donne.&lt;br /&gt;
Bien au contraire !&lt;br /&gt;
Nos gouvernements d'imposteurs produisent à la chaîne des plans, qui n'en sont
pas, parce qu'ils ne prévoient rien, fallacieusement qualifiés de relance,
alors que la seule chose qu'ils relancent c'est la vitesse avec laquelle les
inégalités se creusent et que la situation se dégrade. Parce que là est le
point intéressant : la situation ne cesse de se dégrader, non par la grâce
d'une quelconque loi économique implacable et indépassable, mais uniquement par
la volonté des instances décisionnelles réelles mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Parce qu'il ne faut pas prendre les ennemis des peuples pour des canards
sauvages. Il ne faut pas penser un seul instant qu'ils tentent quoi que ce soit
pour améliorer le sort du plus grand nombre. Il ne faut en rien imaginer que
ces gens qui pérorent à longueur de temps sur nos écrans dont la lueur livide
souligne le désenchantement de nos foyers, que ces gens puissent, à un seul
moment, nous dire la vérité. Leur vérité. Simple. Brutale. Implacable.&lt;/p&gt;
&lt;h4 style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Ils n'ont plus besoin de nous.&lt;/h4&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
En fait, nous sommes même un peu encombrants. Comme des wagons vides que l'on
détache pour ne pas se les traîner dans la montée.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Chaque Crise n'est jamais que l'accélération brutale et préméditée d'un
processus entamé depuis quelques décennies, un processus volontaire et
conscient qui consiste à refermer la parenthèse maudite des droits des peuples
nés du traumatisme de l'après-guerre. &lt;a href=&quot;http://ump.blogs.letelegramme.com/archive/2008/07/15/le-projet-de-sarkozy-en-finir-avec-le-conseil-national-de-la.html&quot;&gt;
Ce n'est même pas moi qui le dis&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
L'objet de La Crise, comme processus économique conscient, constant et
entretenu par des politiques qui ne relancent rien parce qu'elles ne sont
qu'aggravantes, l'objectif ultime de cet état de choc permanent, c'est la
disparition de la classe moyenne mondiale et la liquidation de la population
surnuméraire.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Dit comme cela, ça fait un peu exagéré. Complotiste fou. Paranoïaque en pleine
crise psychotique. Terroriste, même, un peu, sur les bords.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Mais les faits sont plus têtus que 30 ans de propagande de Crise. Les faits
racontent que la richesse mondiale, elle, progresse sans cesse, que &lt;a href=&quot;http://queau.eu/?p=1948&quot;&gt;l'humanité n'a jamais été aussi riche qu'en ce
moment&lt;/a&gt;. Ce qui signifie, concrètement, qu'il n'y a aucune crise économique
en cours. Ce qui signifie, concrètement, que toute politique visant à réduire
encore un peu plus les moyens de subsistance d'une partie de plus en plus
importante de la population mondiale est une politique délibérée de
paupérisation à grande échelle, une politique de création artificielle
d'inégalités insupportables, une politique de confiscation des ressources du
plus grand nombre pour le profit de quelques-uns.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Ceci n'est pas une putain de crise. Ceci est &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/24/Au-bout-du-chemin&quot;&gt;le bout du chemin&lt;/a&gt;. Ceci est le
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/08/22/De-la-democratie-en-entreprise&quot;&gt;rétablissement d'une
société féodale&lt;/a&gt;, où la loi du plus fort, du plus riche écrase tous les
autres. Ceci est la négation de tout ce que les peuples avaient construit et
gagné depuis seulement 60 ans. &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Du_contrat_social&quot;&gt;Ceci est la fin du Contrat
social&lt;/a&gt;. Ceci est une fin de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;h4 style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Ceci est leur réponse, leur solution, à la seule véritable crise
actuelle : &lt;a href=&quot;http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/11/06/trop-tard-pour-limiter-le-rechauffement-a-2%C2%B0c-selon-nature/2/&quot;&gt;
la crise écologique&lt;/a&gt;.&lt;/h4&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Parce qu'il faut vraiment être naïf pour penser que la part la plus gaspilleuse
et profiteuse de notre population n'a pas pris la mesure du véritable danger
qui nous guette : le fait que notre nombre, en tant qu'espèce, conjugué à
notre mode de vie, implique un épuisement des ressources et donc de nos
capacités de survie, toujours en tant qu'espèce, sur cette planète.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Il n'y a, en gros que deux façons de réagir face à la crise écologique
majeure :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;changer globalement notre mode de vie afin de le rendre supportable pour
notre planète. Cela revient &lt;em&gt;grosso merdo&lt;/em&gt; à quitter le modèle
capitaliste, basé sur la surproduction et la surconsommation d'une bonne grosse
minorité de l'humanité, pour un modèle fondé sur les besoins humains
véritables, quelque chose qui, en gros, devrait tous nous faire converger vers
le mode de vie d'un Bengali moyen. Vaste progrès pour certains d'entre nous,
petit changement de braquet et grande révolution intellectuelle pour la
majorité d'entre nous et sacrifice incommensurable pour les quelques-uns qui
vivent et consomment comme des porcs.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;éliminer la concurrence en limitant drastiquement et autoritairement
l'accès aux ressources. Favoriser une régulation néo-darwinienne de la
population en dégradant globalement les conditions de vie : limitation de
l'accès à la nourriture, au logement, aux soins, au repos et à l'éducation. Ne
conserver, dans un état de servitude volontaire, que la partie de la population
nécessaire pour produire les biens indispensables au confort de la minorité
dominante. Libéré du poids démographique, continuer de gaspiller et de se
goinfrer sans se soucier des conséquences.&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
À votre avis, quel choix ont bien pu faire ceux qui nous gouvernent et qui, à
ce titre, sont au sommet de notre chaîne alimentaire spécifique ?&lt;br /&gt;
Si vous pensez que c'est la frugalité volontaire, je crois que vous n'avez
toujours rien compris à la sombre dualité de la nature humaine.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/08/Effet-ciseau#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>La chute</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/10/29/La-chute</link>
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    <pubDate>Sat, 29 Oct 2011 16:43:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>civilisation</category><category>histoire</category><category>humanité</category><category>politique</category><category>société</category>    
    <description>&lt;p&gt;Regarde les hommes tomber !&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6230843365/&quot; title=&quot;Chute de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.static.flickr.com/6169/6230843365_2e27af7f6a.jpg&quot; alt=&quot;Chute&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;500&quot; width=&quot;336&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Surtout
qu'en ce moment, ça tombe dru des hauteurs stratosphériques du pouvoir. Les
puissants, les inamovibles, les intouchables du sommet, les roitelets, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/05/19/L-affaire-DSK-cristallise-la-guerre-des-classes&quot;&gt;les maîtres
du monde&lt;/a&gt; se cassent la gueule à grand fracas sous les vivats de la foule en
délire venue assister à la fin des tyrans, voire la précipiter. Ni son pétrole,
ni ses armes, ni ses valoches bourrées de devises sonnantes et trébuchantes, ni
même ses dossiers probablement fort instructifs sur les autres riches et
puissants de la planète n'ont protégé finalement Kadhafi d'une exécution
sommaire, d'une balle en pleine poire. Un monde sans Kadhafi, j'ai juste un peu
de mal à m'y faire, tant ce dictateur avait l'air indépassable. Et puis
finalement non, Kadhafi n'est pas plus &lt;em&gt;bullet proof&lt;/em&gt; que les autres,
mais je n'arrive pas à me décider à trouver cela totalement réjouissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre qui vient de se viander avec encore plus de lourdeur que je ne l'ai
fait mercredi dernier en sortant de chez le boucher, juchée sur des talons
biseautés aussi neufs qu'instables, c'est DSK. Ça, c'est de la crêpe de
première catégorie, sans fleurs ni couronnes. Faut dire que comme toutes les
choses creuses et remplies de vide, les politiques nous avaient habitués à
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/01/03/31-lirresistible-ascension-de-nicolas-sarkozy&quot;&gt;leur
art consommé du rebond&lt;/a&gt; : une fois à terre, deux fois plus hauts
ensuite, la martyrologie en prime. Mais là, celui qui tenait le monde au creux
de sa pogne (entre autres choses) &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/10/29/la-strauss-kahnie-entre-rage-et-amertume_1595845_823448.html#ens_id=1522342&quot;&gt;
voit &lt;q&gt;ses amis de toujours&lt;/q&gt; sauter du navire&lt;/a&gt; avec l'empressement de
circonstance des rats du Titanic quand l'insubmersible se retrouva la quille à
l'air.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne peux que me demander quel genre d'amis peut bien s'être agglutiné autour
d'un type si manifestement &lt;del&gt;omnibulé&lt;/del&gt;obnubilé par sa quête du pouvoir
absolu, si préoccupé du succès de &lt;em&gt;sa gueule avant la tienne&lt;/em&gt;, si dévoré
par l'ambition la plus brutale et la plus primaire. La bonne nouvelle, pour
lui, c'est que maintenant, il va pouvoir enfin faire le compte de ses vrais
amis, le satyre des &lt;em&gt;backroom&lt;/em&gt; du pouvoir. Probablement sur les doigts
d'une seule main... certainement moins encore que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela dit, je me suis toujours demandé quel genre d'amie je suis, moi-même. Je
n'aime pas particulièrement les gens les plus faciles d'accès, les plus
accommodants, les plus flatteurs, les satisfaisants pour mon petit ego. J'ai un
mal de chien à admettre que je me suis peut-être trompée dans certaines de mes
affinités sélectives, je m'espère d'une fidélité d'airain, de la trempe de
celles qui restent là dans le cœur de l'adversité... sauf que j'ai rarement eu
l'occasion de mettre à l'épreuve l'indéfectibilité de mes amitiés, vu que
l'adversité tombe plus souvent qu'à son tour sur ma gueule plutôt que sur celle
de mes amis. Parfois, je me demande ce qui pourrait me conduire à ne pas
pardonner à un ami, si l'amitié doit être indulgente ou exigeante, constante ou
fluctuante, profonde ou légère comme une bonne grosse déconnade. Est-ce que je
pourrais rester aux côtés d'un ami qui se DSKtise avec l'âge ? Est-ce
qu'il y a vraiment du mérite à n'être pote qu'avec des gens exemplaires,
merveilleux, sympathiques, entiers, pourvus de toutes ces qualités que l'on
aimerait bien s'approprier par simple contact osmotique ? N'y a-t-il pas
plus de grandeur à aimer les gens qui ne sont pas vraiment aimables, à ne se
concentrer que sur la seule petite qualité qui surnage comme elle peut sur un
océan de médiocrité humaine ? L'amitié est-elle vraiment une affaire si
sérieuse que cela ou n'est-ce que l'arme privilégiée des opportunistes pour
s'élever au-dessus de la fange leur profond manque d'ambition
humaine ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bizarrement, je me dis que ce soir DSK va être bien plus proche que moi de la
réponse à ces épineuses questions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et en seconde intention, je me dis aussi que toutes ces chutes récentes de ce
que nous jugions indéboulonnable nous confirment dans notre intuition
première : rien de ce qui a été fait par l'homme ne peut être défait de la
même manière.&lt;br /&gt;
Il n'existe donc pas d'horizon indépassable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=20ebddc3-c0f0-846d-94de-52f62fde6bd1&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>La machine à perdre</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/10/18/La-machine-a-perdre</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:fa93e51438f13cf567bcb75c515dc0ec</guid>
    <pubDate>Tue, 18 Oct 2011 17:16:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>citoyen</category><category>confiscation démocratique</category><category>discours</category><category>débat</category><category>démocratie</category><category>lutte</category><category>médias</category><category>politique</category><category>ruralité</category><category>société</category><category>solidarité</category><category>élection</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;J'aimerais bien avoir ton point de vue sur la primaire
socialiste.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
En fait non, je te le dis : tu n'as pas du tout envie d'avoir mon point de
vue sur la primaire socialiste.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6246673638/&quot; title=&quot;Vers l'automne de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.static.flickr.com/6113/6246673638_a24343ee9b.jpg&quot; alt=&quot;Vers l'automne&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;335&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Parce que, déjà, dans un premier temps, et comme je l'ai élégamment
répondu à l'ami qui me sollicitait de cette bien étrange manière (oui, ce n'est
pas comme s'il ne m'avait jamais vue en train de cracher et de feuler, les
griffes fermement plantées dans le plafond à la seule évocation du signe PS),
le PS, je m'en bats allègrement les steaks, ainsi que de ce qu'ils peuvent bien
raconter dans &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/09/30/Le-crepuscule-des-baltringues&quot;&gt;cette
officine de baltringues&lt;/a&gt; et de faux jetons. Je pense même que chaque minute
de ma vie dépensée à écouter, parler, commenter ou interagir de quelque manière
que ce soit avec un discours du PS est une minute définitivement gâchée pour
rien. Parce que je ne me paie pas de discours, parce que depuis 1983, le PS
parle par ses actes et c'est d'une manière sans appel : ils sont aussi
soumis à la dictature des marchés que les autres en face. Sauf, qu'eux, ils
font semblant du contraire et nous promettent le grand soir libérateur par les
urnes avant de nous servir des petits matins gueule de bois où la &lt;em&gt;real
politik&lt;/em&gt; nous tient tous avidement par les burnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelque part, les mecs du PS, je les déteste encore plus que ceux de l'UMP.
&lt;p style=&quot;margin: 0; text-indent: 0;&quot;&gt;Parce que l'UMP, au moins, il annonce
assez clairement la couleur : bling-bling et &lt;a href=&quot;http://www.plumedepresse.net/le-squale-de-sarkozy-mis-en-examen-le-poisson-pourrit-il-toujours-par-la-tete/&quot;&gt;
gang bang&lt;/a&gt; chez les fortunés de ce monde, &lt;a href=&quot;http://www.lutte-ouvriere.org/notre-actualite/communiques-44/article/apres-le-premier-tour-des-17080&quot;&gt;
tapis rouge pour le MEDEF&lt;/a&gt;, application point par point du &lt;a href=&quot;http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2262&quot;&gt;programme de la BCE&lt;/a&gt;,
de l'OCDE, de la BM ou du FMI, tout est limpide comme une bonne grosse giclée
de champagne dans une coupette en cristal de Baccarat. C'est comme quand tu
tombes sur une bonne grosse diatribe réactionnaire : tu préfères la lire
sur le Figaro que chez Libé. Pure question d’honnêteté intellectuelle !
Pour moi, les PS sont tricards depuis bien longtemps, mais mon divorce
démocratique date assez largement de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/category/Tce&quot;&gt;la campagne ignoble pour le TCE&lt;/a&gt; et
rien ni personne n'a pu faire remonter un tant soit peu ce ramassis de
jean-foutre dans mon estime personnelle. Surtout pas &lt;a href=&quot;http://www.plumedepresse.net/francois-hollande-et-les-retraites-defaite-annoncee-pour-le-roi-de-la-duplicite/&quot;&gt;
leur dernière traîtrise démocratique et intellectuelle&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par contre, au-delà de l'appareil moisi, tout entier dévoué aux intérêts très
particuliers de la poignée de ceux qui vendraient père et mère pour un
maroquin, voire un strapontin quelque peu rémunérateur dans l'antichambre du
pouvoir, il existe des gens de conviction qui se laissent encore et toujours
fourvoyer par l'apparence trompeuse des discours vides qui ne sont rien d'autre
que du racolage actif d'électeurs de bas étage.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Gauche de terrain, gauche de combat&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui me lisent depuis des temps immémoriaux se souviennent probablement du
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/03/07/La-politique-du-chambranle&quot;&gt;magnifique costard que
j'avais taillé à un aspirant élu&lt;/a&gt; de mon microbled un soir de campagne
électorale. Heureusement pour la suite de l'histoire, mon &lt;em&gt;ire&lt;/em&gt; quelque
peu épidermique n'avait influé en rien sur le cours des choses et cette équipe
municipale avait été élue haut la main, pour le meilleur comme pour le
pire.&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/02/01/Au-coeur-des-tenebres&quot;&gt;Le pire arriva assez
rapidement&lt;/a&gt; et dans un autre billet j'avais dû me fendre d'&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/02/05/Ministere-des-sinistres&quot;&gt;un embryon de &lt;em&gt;mea culpa&lt;/em&gt;
pour avoir méjugé de quelqu'un&lt;/a&gt; probablement plus à l'aise dans l'action que
dans le discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il y a de bien dans la démocratie locale des microbleds, c'est qu'elle
est directe et active. Et que l'on côtoie nos élus avec une belle régularité,
pratiquement au quotidien. Parce que nous vivons au même endroit. Certes. Mais
aussi parce que nous avons plus ou moins les mêmes existences. Les mêmes
trajets du matin avec des horaires qui se chevauchent pour aller au boulot ou
chercher les gosses. Des fréquentations en commun. Des intérêts communs. Et
probablement, des convictions communes.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;
C'est comme cela que j'ai vu vivre mon élu de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;
Quelqu'un au service de la collectivité. Le gars qui vient après son boulot
pour soutenir &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/03/29/La-survie-des-petites-%C3%A9coles-rurales&quot;&gt;la manif des
parents d'élèves&lt;/a&gt; contre la fermeture du &lt;em&gt;moultième&lt;/em&gt; poste en grande
ruralité, mais qui se tape aussi les réunions standards de l'école du village
d'à côté, non pas parce que ses mômes y sont, mais plutôt parce que la mienne
(entre autres) y est. Alors que je m'exonère le plus souvent de ce genre de
corvée. Le gars qui prend ses RTT de sorte qu'elles coïncident avec les
permanences de la mairie (à moins que ce ne soit l'inverse). Celles de toutes
les semaines. En plus des réunions du conseil. Celles pour expédier les
affaires courantes. Les histoires à la con de chiens qui aboient, de trous dans
les routes, de concession au cimetière du coin. Le gars qui assiste à
pratiquement tous les enterrements de ses concitoyens. Avec notre pyramide des
âges, forcément, c'est plus souvent que les fêtes de baptême. Le gars qui bosse
le dimanche pour retaper l'appartement communal, loué à bon prix pour les
locataires désargentés. Je le sais, c'est à l'heure où je fais ma balade à
vélo. Le gars que j'ai croisé &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/sets/72157625155562114/&quot;&gt;à toutes les
manifs au bled en chef&lt;/a&gt;. Et même à celles où je ne suis pas allée. Celui qui
monte les installations pour la fête du village, qui passe ces mêmes fêtes à
tenir la boutique et le même aussi et surtout, qui nettoie le bordel et range
les poubelles, le dimanche soir, quand tout le monde est parti.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pire, c'est que je n'ai pas l'impression qu'il se force. Ou qu'il attend
quoi que ce soit en retour. Ou qu'il fasse tout cela pour son ego ou même pour
un peu de reconnaissance. Et vu la taille du microbled, ce n’est sûrement pas
pour l'argent (247 € en sa qualité d'adjoint : vu le temps passé, ça
ne rembourse même pas l'essence). À côté de ce gars-là, je me fais l'impression
d'être une grosse bourgeoise égoïste, pompeuse et autosatisfaite, planquée
derrière son clavier à filer des leçons à tout le monde.&lt;br /&gt;
Il ne se paie pas de mots, de grandes envolées lyriques, de grands soirs ou de
toutes ces conneries : il fait son putain de boulot d'élu d'un microbled.
Et en échange, il lui arrive qu'une vieille lui offre le café et une
crêpe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sais qu'il est allé consciencieusement voter aux primaires au bled et ça, ça
me fait divinement chier. Parce que le PS est le pire ennemi de la gauche, de
la &lt;q&gt;vraie gôche&lt;/q&gt;, comme on dit entre nous, c'est à dire de cette force
politique incroyable qui n'a pas spécialement pignon sur rue et qui ne tient
pas &lt;a href=&quot;http://www.latribune.fr/technos-medias/medias/20111017trib000657254/bfm-tv-itele-et-lci-trop-laxistes-sur-le-temps-de-parole-du-ps.html&quot;&gt;
le crachoir médiatique&lt;/a&gt; à longueur de temps, mais qui occupe le terrain,
partout, chaque jour, comme une petite fourmi patiente et laborieuse et qui
crée, concrètement, le monde meilleur auquel nous aspirons tous, un monde
solidaire et désintéressé. Parce que le PS, comme appareil politique
d'alternance, a complètement &lt;a href=&quot;http://gauchedecombat.wordpress.com/2011/09/22/terra-nova-remet-le-nez-dans-son-caca/&quot;&gt;
renié tous ces fondamentaux&lt;/a&gt;-là pour seulement se soumettre à la loi du
marché. Tout en faisant semblant d'être de notre côté, juste parce qu'ils ont
besoin de nos votes pour accéder au pouvoir, une fois de temps en temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que j'en pense de vos putains de primaires : &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/02/03/La-strategie-de-la-muleta&quot;&gt;une vaste diversion&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/02/05/La-grande-illusion&quot;&gt;un simulacre de démocratie&lt;/a&gt; pour mieux
siphonner l'énergie et les talents de ceux qui font la vraie gôche avec leur
conviction, leur temps, leur énergie.&lt;br /&gt;
Je ne suis peut-être qu'une gauchiste de clavier, mais je sais ce qu'il me
reste à faire : convaincre, un par un, s'il le faut, tous les élus de
terrain que le vrai combat est à eux et que tant qu'à se rallier à un étendard,
autant &lt;a href=&quot;http://www.jean-luc-melenchon.fr/&quot;&gt;en choisir un qui croit
vraiment à la même chose que nous tous&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=a55a412e-9c85-89b6-a571-8bfa20365190&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Raptus</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/10/07/Raptus</link>
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    <pubDate>Fri, 07 Oct 2011 23:13:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>citoyen</category><category>civilisation</category><category>confiscation démocratique</category><category>corruption</category><category>folie</category><category>guerre</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>pauvreté</category><category>politique</category><category>société</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;Suis-je aphone ou est-ce le monde qui est devenu sourd ?&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/5077978949/&quot; title=&quot;Colère de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm5.static.flickr.com/4108/5077978949_ebbdb5848b.jpg&quot; alt=&quot;Colère&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;La pire
chose qui pouvait m'arriver, finalement, c'est d'&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/14/Leternel-combat&quot;&gt;avoir eu raison sur toute la
ligne&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Chaque fois que la monstruosité de la médiocrité ambiante me tétanise, chaque
fois que j'ai envie de m'épancher dans un grand jet brûlant et enragé, je me
rends compte que &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/10/13/L-implacable-%C3%A9rosion-de-l-indignation&quot;&gt;cette
indignation-là, je l'ai déjà eue&lt;/a&gt;, que cette situation-là, je l'ai déjà
dénoncée, que toute cette merde-là, dans laquelle nous nous enfonçons chaque
jour un peu plus franchement avec la belle détermination frénétique du lemming
en fin de course qui sent approcher le bord de la falaise, je l'ai déjà prévue,
décrite, annoncée, décortiquée... et rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes dix. Nous sommes 100, nous sommes la foule, nous sommes la rue, la
déferlante d'indignation, &lt;a href=&quot;http://wearethe99percent.tumblr.com/&quot;&gt;nous
sommes 99 %&lt;/a&gt; à n'en plus pouvoir, à n'en plus vouloir.&lt;br /&gt;
Et puis rien.&lt;br /&gt;
La course du lemming.&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/09/01/L-autodetermination-du-hamster-dans-sa-roue&quot;&gt;Le
cobaye dans sa roue&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bon, là ça y est, ça se voit, on le sait : ça se casse la gueule.&lt;br /&gt;
Complètement.&lt;br /&gt;
Totalement.&lt;br /&gt;
Implosion du système et effondrement intérieur, jusqu'à la masse critique, même
pas la naine blanche, juste le grand trou noir qui nous aspire tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah putain, qu'est-ce qu'on peut bien être indignés, tous autant que nous
sommes ! On est tous pétris d'indignation bien légitime et... rien.&lt;br /&gt;
Pourtant, on a compris. Faut vraiment être le dernier des décérébrés qui se
shoote au JT de TF1 en IV pour ne pas encore avoir compris qu'on arrive
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/24/Au-bout-du-chemin&quot;&gt;au bout de la logique
capitaliste&lt;/a&gt; : un seul pour les dominer tous. Une poignée de
charognards qui ont décidé de la liquidation totale de tout ce qui ne leur
était pas directement utile et profitable. Donc nous.&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise&quot;&gt;Ceci n'est décidément pas
une crise&lt;/a&gt;, c'est juste l'aboutissement d'un processus de concentration des
richesses qui n'est rien d'autre que l'essence même du système capitaliste.
Celui-ci ne s'en est d'ailleurs jamais caché. Mais on a fait semblant de ne pas
comprendre quelle était la logique intrinsèque du principe d'accumulation du
capital : tout prendre, ne rien laisser. Probablement parce que, dans un
premier temps, on a le droit aux miettes du processus, le coup du ruissellement
de la pyramide de champagne. Mais le coup de la crise, c'était juste, pour ceux
qui détiennent le capital, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/01/25/44-une-merveilleuse-occasion&quot;&gt;une formidable opportunité&lt;/a&gt;
de prendre totalement le pouvoir et d'aller jusqu'au bout de leur
logique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui me chagrine le plus, c'est que même si nous avons les moyens de voir la
réalité du processus de transfert total des ressources actuellement appliqué à
l'ensemble des peuples de la planète, le fait même d'énoncer cette réalité a
l'air fou, irréaliste, insensé. Comme l'ami &lt;a href=&quot;http://www.fakirpresse.info/&quot;&gt;François Ruffin le démontre dans son dernier
bébé&lt;/a&gt; (je parle de Fakir, bien sûr, pas de sa petite Ambre à laquelle
j'aurais bien du mal à souhaiter la bienvenue tant ce monde me déprime),
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/27/La-strategie-de-la-hache-de-pierre&quot;&gt;ils ne vont pas
s'arrêter&lt;/a&gt;. Ils vont tout ravager, tout confisquer, tout anéantir parce
qu'ils n'ont qu'un seul Dieu, qu'un seul avenir, qu'une seule pensée, un seul
but, un seul désir, une seule histoire : le profit. Le profit pour le
profit, tout le temps, partout, par-dessus tout. Mais ce sont ceux qui
dénoncent cette folie qui passent pour des hystériques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s'indigne, alors qu'on devrait juste être &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/03/30/Rage-against-the-machine&quot;&gt;fous de rage&lt;/a&gt;. Chaque matin, je
me demande pourquoi nous ne sommes pas encore &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xak04d_je-suis-fou-de-rage-je-commence_music&quot;&gt;
complètement fous de rage&lt;/a&gt;. Qu'est-ce que l'on peut bien encore
attendre ? Qu'est-ce que l'on peut bien encore espérer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ou alors on fait semblant. Semblant de rien. Semblant de ne pas voir qu'on est
au bord du gouffre. Non, même pas, qu'on est déjà en train de se casser la
gueule. Parce que jusqu'ici, on arrive encore à faire semblant. Semblant de ne
pas voir que depuis 30 ans, chaque décision politico-économique d'une classe
dominante complètement corrompue n'a jamais eu d'autre but que de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/04/15/Jusqu-a-ce-que-mort-s-en-suive&quot;&gt;nous appauvrir tous encore un
petit peu plus&lt;/a&gt; pour les enrichir monstrueusement. Semblant de ne plus
savoir compter, de ne pas voir que les salaires ne bougent plus que vers le bas
depuis des années et des années et que tout le reste flambe. Malgré les
chiffres. Grâce aux chiffres. Ils ont même réussi à &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/06/11/La-fabrique-de-la-pauvrete&quot;&gt;faire mentir les chiffres&lt;/a&gt;.
Semblant de ne pas voir qu'on a beau cravacher comme des malades pour que notre
appauvrissement généralisé ne se voie pas, on va quand même se faire rattraper.
Semblant de ne pas voir que &lt;a href=&quot;http://www.politis.fr/La-situation-en-Grece,15426.html&quot;&gt;ce qu'ils font aux
Grecs&lt;/a&gt;, ils l'ont déjà fait &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2006/05/17/206-dette-odieuse&quot;&gt;aux
Argentins&lt;/a&gt; et qu'on est les suivants sur la liste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On garde l'espoir.&lt;br /&gt;
Que les choses vont aller mieux. Comme ça, d'elles-mêmes. Juste parce que
sinon, ce serait trop injuste, non ?&lt;br /&gt;
Alors qu'il faudrait que nous extirpions de chaque fibre de notre corps la
moindre parcelle d'espoir, le moindre soupçon d'illusion, afin de voir enfin le
monde tel qu'il est et d'en devenir totalement &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/06/16/Vuvuzela-sociale&quot;&gt;fous de rage&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voyez, finalement, c'est mieux quand je ne dis rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=41809831-27a5-83b3-8daa-ce5ce14a5bdb&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>Omelette au Lordon</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/08/21/Omelette-au-Lordon</link>
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    <pubDate>Sun, 21 Aug 2011 18:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le Polylecte</category>
        <category>citoyen</category><category>confiscation démocratique</category><category>discours</category><category>débat</category><category>guerre</category><category>libéralisme</category><category>politique</category><category>vidéo</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;object type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; data=&quot;http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=27965561&quot; height=&quot;300&quot; width=&quot;400&quot;&gt;&lt;param name=&quot;allowfullscreen&quot; value=&quot;true&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;allowscriptaccess&quot; value=&quot;always&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=27965561&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;    &lt;q&gt;Qu'est-ce que je fais ? Je fais comme vous, je fais de la
politique !&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela pourrait être l'histoire d'un économiste, un parmi tant d'autres, qui se
tire la nouille, tranquillement, régulièrement, à longueur d'antenne, pour
t'expliquer à toi, petit goret ingrat, à quel point tu t'es vautré dans le luxe
et la facilité, avec ton SMIC désindexé de la réalité des prix, ta petite vie
tout à crédit, tes vacances de branleur au camping des gagne-petit et ton
&lt;em&gt;AïePhone&lt;/em&gt; le bien nommé, tellement ça te fait mal au cul de penser
qu'il t'a fallu allonger un demi-salaire pour pouvoir téléphoner comme tout le
monde, pour surtout rester joignable, même pendant tes RTT chez belle-maman.
Oui, Frédéric Lordon aurait pu choisir cette sublime trajectoire des donneurs
de leçons qui te résume ton destin en sept secondes chrono sur tous les médias
qui mentent : maintenant que tu t'es bien goinfré, sale masse laborieuse, il
est temps de régler la facture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu'il ne faut pas se leurrer, les pourfendeurs de celle qu'ils appellent
madame Michu de toute la hauteur de leur profonde commisération (mais si,
&lt;a href=&quot;http://www.europe1.fr/Politique/2012-Madame-Dugenou-en-guest-star-568949/&quot;&gt;madame
Michu&lt;/a&gt;, cette figure emblématique du petit peuple tellement con qu'on va
pouvoir lui faire les poches une fois de plus), s’apprêtent une fois de plus à
passer à la caisse, c'est-à-dire à nous expliquer doctement pourquoi nous
allons devoir nous sacrifier, une fois de plus, pour sauver leurs gros culs
adipeux à eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;C'est la crise de la dette ! Vous avez vécu au-dessus de vos
moyens ! Il faut encore plus de rigueur !&lt;/h4&gt;
Et &lt;a href=&quot;http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/afp_00370571-deficits-prochaine-reunion-d-arbitrage-le-24-aout-confirme-l-elysee-206810.php&quot;&gt;
le 24 août&lt;/a&gt;, alors que ton fessier marbré de rouge n'aura pas encore
commencé à peler de son overdose de soleil estival, il va se prendre une purge
dont tu te souviendras encore longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;C'est la crise de la dette ! Vous avez vécu au-dessus de vos
moyens ! Il faut encore plus de rigueur !&lt;/h4&gt;
&lt;br /&gt;
Frédéric Lordon aurait pu faire partie de &lt;a href=&quot;http://piratages.wordpress.com/2011/08/13/elie-cohen-l%E2%80%99unique-economiste-de-france/&quot;&gt;
ce chœur de Cassandre&lt;/a&gt;, mais au lieu de cela, il est venu dans les vertes
collines du Gers décortiquer, pour qui voulait bien l'entendre, les ressorts
d'un discours aimablement colporté dans chaque foyer par le tintamarre
ininterrompu de &lt;em&gt;ceux qui savent&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est bien gentil de critiquer les médias, mais ne pas y aller, n'est-ce pas
laisser un boulevard aux bonimenteurs du dogme économiste ?&lt;br /&gt;
On a souvent critiqué le rapport aux médias de Frédéric Lordon, mais c'est
avant tout un problème de temps de parole. Il s'est astreint à mesurer le temps
habituellement laissé aux chantres du libéralisme sans frein pour développer
leurs idées : sept secondes. Sept secondes, c'est ce qu'il faut aux Élie Cohen
et autres &lt;q&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/07/15/La-lecon-de-morale-de-monsieur-Attali&quot;&gt;jacquattalistes&lt;/a&gt;&lt;/q&gt;
de service pour balancer leurs argumentaires simplificateurs au possible, parce
qu'ils sont &lt;em&gt;ceux qui savent&lt;/em&gt; et que nous sommes ceux qui
subissent :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;C'est la crise de la dette ! Vous avez vécu au-dessus de vos
moyens ! Il faut encore plus de rigueur !&lt;/h4&gt;
C'est vrai que pour asséner ce genre de vérité, sept secondes suffisent
largement. Alors que pour exposer une idée quelque peu novatrice dans le champ
sémantique de l'économisme moderne et dépoussiéré, il faut compter au moins 30
minutes. Trente minutes pour déconstruire les fausses évidences, les vérités
autoprédictives, parce que rabâchées &lt;em&gt;ad nauseam&lt;/em&gt; et sur tous les tons
jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de penser autrement qu'à travers cette
grille de lecture-là. Trente minutes pour réfléchir ensemble et arrêter de
prendre les gens pour des cons, finalement, ce n'est pas tant que cela, mais
dans la frénésie médiatique, c'est juste une éternité. Non, &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&quot;&gt;Frédéric Lordon n'a pas
besoin des médias&lt;/a&gt;, il a besoin de médiation, c'est à dire de ceux qui
sauront faire passer le message. Et c'est pour cela qu'il répond aimablement
aux invitations autour d'un jambon à la broche, là où il aura vraiment le temps
de répondre aux questions.&lt;br /&gt;
À une époque, on lui avait proposé de tenir une chronique, à France Culture, ou
un truc dans le genre. Pas un média crapoteux. Sauf que la chronique, c'est le
piège ultime, celui qui assèche même les plus brillants esprits : &lt;q&gt;Cela
veut dire qu'il faut trouver un truc intelligent à dire chaque jour. Sauf que
personne n'a un truc intelligent à dire chaque jour. Arrive fatalement le jour
où on n'a rien à dire et ce jour-là, on commence forcément à dire des
conneries. C'est fou le nombre de gens intelligents qui se sont ainsi retrouvés
à dire des conneries.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gros morceau, bien sûr, c'est &lt;strong&gt;l'invention de la crise de la
dette&lt;/strong&gt;. Parce qu'il y a tellement de temps qu'on nous rebat les
oreilles avec cette crise de la dette qu'il va falloir payer de notre sang qu'à
peu près tout le monde a oublié qu'en 2007, il n'y avait pas de crise de la
dette. J'aurais bien voulu attraper le micro à ce moment-là, pour rappeler
qu'il n'y a pas si longtemps que cela, le gros problème du gouvernement
socialiste en place à l'époque (eh oui, les socialistes, ces dispendieux qui
ruinent les pays et assèchent les finances à force de gaver les pauvres !)
c'était tout de même de savoir ce qu'il allait bien pouvoir faire de sa
cagnotte fiscale ! Ah oui, personne pour repenser à &lt;a href=&quot;http://lexpansion.lexpress.fr/economie/jospin-choisit-en-priorite-de-baisser-les-impots_84185.html&quot;&gt;
cette fichue cagnotte fiscale de Jospin&lt;/a&gt; ! Personnellement, j'y pense à
chaque fois que l'on tente de nous faire avaler un nouveau recul social sous
prétexte de caisses vides !&lt;br /&gt;
La crise de la dette, ce prétexte pour nous annoncer le sempiternel tour de vis
social, ce n'est rien d'autre que &lt;a href=&quot;http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2011/08/19/le-bien-mauvais-debat-sur-la-dette-publique.html&quot;&gt;
la socialisation des pertes financières des banques&lt;/a&gt; lors du grand bonneteau
mondial de l'immobilier pourri. Autrement dit, il n'y a pas de crise de la
dette, juste une grosse crise d'indigestion du système financier qui compte,
une fois de plus, se refaire une santé sur notre dos. En fait, il n'y a
toujours &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise&quot;&gt;pas plus de crise
aujourd'hui qu'hier&lt;/a&gt;, il s'agit juste de l'achèvement d'un long processus de
capitalisation du monde enclenché sous le règne des Tatcher-Bush selon le mot
d'ordre édifiant : &lt;q&gt;starving the beast&lt;/q&gt; ! il nous faut affamer la
bête, la bête étant l'État-providence, l'État socialisé, l'État qui lisse les
inégalités sociales en redistribuant les richesses. Parce qu'il ne s'agit en
aucun cas d'une dette de dépenses mais bien d'une dette créée de toutes pièces
par l’assèchement systématique des recettes selon des justifications creuses et
à présent bien connues : allègement des impôts des plus riches et des plus
grosses sociétés, exonération des cotisations sociales qui mettent à mal la
solidarité nationale et font directement les poches des travailleurs pour la
plus grande joie des exploiteurs. Création de la dette &lt;em&gt;ex nihilo&lt;/em&gt;,
enfin, par la privatisation sans contrepartie de l'arme budgétaire fondamentale
de l'État, qui est &lt;a href=&quot;http://www.creationmonetaire.info/&quot;&gt;la création
monétaire&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car s'il ne fallait retenir qu'une seule chose du passage pourtant très riche
et vivifiant de Frédéric Lordon dans mon coin de cambrousse, c'est bien cela :
la création de la dette des États est le résultat délibéré de plus de 30 ans de
politique capitaliste débridée, opportunément rebaptisée &lt;em&gt;libérale&lt;/em&gt;. Il
s'agit ni plus ni moins que d'un coup d'état mondial contre l'idée
démocratique, car là où règne le mythe de la dette, la volonté des peuples est
bafouée, immanquablement. Tout comme les usuriers de l'ancien temps avaient
inventé l'esclavage pour dette, les financiers modernes comptent bien utiliser
ce biais pour dicter leur loi de la jungle à l'ensemble des peuples du
monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a que fort peu de &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2011-08-11-Le-commencement-de-la-fin&quot;&gt;scénarios de
sortie&lt;/a&gt; de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/16/L-illusion-democratique-au-service-du-capitalisme&quot;&gt;cette
crise démocratique et politique bien réelle&lt;/a&gt;, elle. Une sortie par le bas,
via l'effondrement cataclysmique du système économique, scénario du pire où les
plus faibles serviront de marchepied aux autres; ou une sortie par le haut,
plus hasardeuse et problématique, celle de l'insurrection citoyenne, portée par
une forte initiative politique, un projet de société viable, une envie
d'utopie, non pas comme d'un absolu gravé dans l'airain, mais comme une
aspiration légitime vers laquelle nous devons tous tendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=05722a4d-662f-8573-886a-80d8615dd5e8&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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  <item>
    <title>Teaser : dans le Lordon, tout est bon!</title>
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    <pubDate>Fri, 19 Aug 2011 17:27:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>bled</category><category>citoyen</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>politique</category><category>vidéo</category><category>économie</category>    
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&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=27809905&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://vimeo.com/27809905&quot;&gt;D'un retournement l'autre, de Frédéric
Lordon&lt;/a&gt; from &lt;a href=&quot;http://vimeo.com/monolecte&quot;&gt;Le Monolecte&lt;/a&gt; on
&lt;a href=&quot;http://vimeo.com&quot;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Extrait de la lecture publique de la pièce de Frédéric Lordon sous-titrée :
&amp;quot;comédie sérieuse sur la crise financière, en quatre actes et en
alexandrins&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pièce démonte les processus en œuvre depuis l'automne 2007 pour
transformer la crise de la dette immobilière privée en crise publique de
l'endettement, remboursable par les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le deuxième conseiller économique de Sarkozy lui demande pourquoi rien
n'a été fait pour prendre le pouvoir sur la finance, au moment même où elle
était le plus vulnérable&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Ce n'est pas parce que je n'écris plus que je ne fais rien. En dehors de
gagner très chichement ma pitance, je tente de nourrir mon esprit. Et
contrairement à ce que l'on pourrait penser, vivre au cul des vaches n'empêche
pas d'avoir accès aux plus brillants esprits de ce monde. Car si Le Monolecte
ne va plus au monde, alors le monde ira au Monolecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&quot;&gt;le très spitant Frédéric
Lordon&lt;/a&gt; est venu causer cochonnailles et &lt;em&gt;dettivores&lt;/em&gt; tellement près
de ma tanière, qu'il m'était impossible ne pas y aller. Une délicieuse
rencontre, une lecture de la pièce de Lordon (dont j'ai filmé quelques
extraits) et pour bientôt, la retranscription de quelques belles saillies de
l'animal anti-capitaliste!&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2011/08/19/Teaser-dans-le-Lordon-tout-est-bon#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Commémoration</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/08/11/Commemoration</link>
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    <pubDate>Thu, 11 Aug 2011 16:10:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>moment</category><category>vidéo</category><category>vieux</category>    
    <description>&lt;p&gt;Aujourd'hui, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/03/24/La-vaca-del-puta&quot;&gt;ma grand-mère&lt;/a&gt;
aurait eu 100 ans.&lt;/p&gt;    &lt;table style=&quot;width:auto;float:right;margin: 0 0 5px 5px;&quot;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;
&lt;td&gt;&lt;a href=&quot;https://picasaweb.google.com/lh/photo/A5shJKeaqA4lZiSnso9Rmg?feat=embedwebsite&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://lh3.googleusercontent.com/-x5oXlu8RN1Q/TkNrZveVmvI/AAAAAAAADUE/teOfKqcgCZo/s800/VIDEO0013.3gp.jpg&quot; title=&quot;Voir la vidéo&quot; height=&quot;240&quot; width=&quot;320&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;
&lt;td style=&quot;font-family:arial,sans-serif; font-size:11px; text-align:right&quot;&gt;De
&lt;a href=&quot;https://picasaweb.google.com/monolecte/11Aout201102?authuser=0&amp;amp;feat=embedwebsite&quot;&gt;
11 août 2011&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Hier, j'ai pédalé sans but pendant une bonne partie de l'après-midi et sans
savoir pourquoi, je me suis retrouvée au village de son enfance, à l'endroit
même où je l'ai enterrée. Alors que je ne le fais jamais, j'ai tourné une
petite vidéo avec mon téléphone portable, comme ça, pour voir. Et je suis
rentrée dans le soleil couchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine avant sa mort, j'ai croisé son médecin dans les couloirs. C'est
là qu'il m'a dit qu'elle tenait depuis six mois uniquement parce qu'il lui
donnait de l'EPO, juste pour compenser son cœur qui en avait marre de
pomper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est étrange la vie : c'est moi qui pédale mais c'était elle qui se
dopait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que je lui en veux un peu d'avoir tiré sa révérence si près du
but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, ce qui aurait dû être une célébration n'est plus qu'une
commémoration.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Panne sèche</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/08/10/Panne-seche</link>
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    <pubDate>Wed, 10 Aug 2011 16:04:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>chroniques</category><category>humanité</category><category>médias</category><category>société</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;Bon, voilà, c'est dit : je n'écris plus ! Ce n'est pas une
déclaration, un coup de sang, un cri du cœur. Juste une constatation qui tombe
comme le fil du couperet sur la nuque du condamné. D'ailleurs, les plus assidus
et fidèles de mes lecteurs avaient bien dû remarquer comme une absence, à force
de tout ce rien.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6025487323/&quot; title=&quot;Esthétique de la sucette #1 de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.static.flickr.com/6132/6025487323_d4f2f149d7.jpg&quot; alt=&quot;Esthétique de la sucette #1&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Je n'écris plus pour des tas de bonnes raisons, chacune
d'entre elles se suffit largement et le cumul de toutes construit comme un
horizon indépassable de sécheresse scripturale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'abord, je manque de temps. Enfin, comme l'on peut manquer de temps de nos
jours, c'est-à-dire en étant plongée dans cette période de la vie où l'on
cumule tant de rôles, de statuts, d'obligations, de pressions, qu'à la fin de
la journée, on se demande où l'on a encore trouvé le temps de pisser.
D'ailleurs, parfois, c'est un peu juste pour ça aussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de mes temps confisqués est celui du travail ou plutôt, devrais-je
dire, du labeur. Cet ensemble de tâches insignifiantes et inintéressantes au
possible que l'on doit s'infliger pour le gain relatif d'une poignée d'euros de
plus, lesquels sont absorbés avant même d'être médiocrement gagnés par le
nouveau train des augmentations contraintes et de la modération salariale
érigée en alpha et oméga de la vie économique moderne. Autrement dit, plus le
temps passe, plus je dois cumuler de tâches, de bouts d'emplois, d'activités
pour seulement espérer ralentir le rythme de mon appauvrissement. C'est une
aliénation totale, brutale, à la violence de laquelle répond chaque jour un peu
plus une colère sourde et formidable qui gronde sous l'apparente placidité des
choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second de mes temps contraints est celui de mes relations sociales, la
famille intervenant en premier lieu. Quelle que soit la configuration de la
tribu, celle-ci est éminemment chronophage, même si le temps passé avec la
gosse me semble infiniment plus utile et mieux employé de celui que je perds à
courir après l'argent. Les temps familiaux sont parfois joyeux, souvent
intéressants, mais immanquablement frappés du sceau de la routine, de celle qui
use et nous blanchit le poil sous le harnais. C'est le lieu premier de toutes
les batailles, de toutes les luttes, dont celle, infiniment stratégique, de mon
refus de la disponibilité perpétuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a bien sûr les temps physiologiques, lesquels sont régulièrement amputés
par les deux premiers, mais quiconque me connaît bien sait qu'ils sont
aussi  tyranniques, comme le temps du repos qui, parfois, s'impose à moi
avec l'implacabilité d'une crise de narcolepsie.&lt;br /&gt;
Et enfin, il y a tous les temps de vie, ceux que l'on arrache presque
sauvagement à la banalité aliénante du quotidien. Le temps de penser. Celui de
juste jouir de la vie. Celui de profiter de la compagnie trop rare des gens que
l'on aime. Celui, surtout, de l'intime, de cette somme de moments précieux où
l'on ne joue plus, où l'on ne compte plus, où l'on ne court plus, où l'on peut
juste se permettre le luxe extravagant de sentir le flux du temps nous polir
doucement la peau et où on le laisse s'écouler pour rien, juste pour l'instant,
pour la pure sensation d'exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand tous ces temps ont passé, il ne reste rien, plus que des pensées éparses,
indicibles, inénarrables. L'antimatière de l'écriture. L'assèchement intérieur
ou son trop-plein, qu'importe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais encore plus que le manque de temps, il y a le manque flagrant d'envie. De
motivation.&lt;br /&gt;
Souvent, je me dis : &lt;q&gt;Pfffff, à quoi bon ? Je l'ai déjà écrit 100
fois.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est vrai. Je lutte désespérément contre une forme sournoise d'oblitération
de la pensée : le psittacisme décérébré, le culte du marronnier, la grande
machine à radoter et à toujours recycler les mêmes vieilles rengaines. Je suis
peut-être arrivée au bout du discours. Nous sommes probablement arrivés au bout
des mots, à la nécessité de l'action, au dépassement de la sidération
quotidienne. Billet après billet, j'ai chanté la beauté de ce monde et la
laideur de ceux qui l'exploitent pour leur unique et dérisoire profit. Billet
après billet, j'ai désigné ceux qui nous méprisent et nous considèrent comme
des surmunéraires, juste bons à être pressés comme des citrons et à être jetés
après usage. Billet après billet, j'ai dénoncé les médias qui mentent, les
intérêts inféodés, les petites lâchetés et les grandes forfaitures. Depuis
plusieurs années, avec quelques autres illuminés de mon espèce, je gueule
contre le plus grand hold-up de tous les temps, celui où 20 % de la
population est déterminée à user de tous les artifices, de tous les leurres et
de tous les outrages pour dépouiller le reste des humains jusqu'à leur probable
anéantissement, par la faim, la maladie, la guerre, l'exploitation, la misère
et surtout, le mensonge. Qu'est-ce que je peux ajouter de plus à ça ?
Comment trouver encore d'autres mots pour décrire cette guerre totale et
totalitaire que quelques-uns livrent contre tous les autres ? Quel nouvel
argument pour convaincre ceux qui ne sont pas encore convaincus, quel nouveau
coup d'éclat ou coup de gueule pour réveiller les dormeurs, quel nouveau cri
pour secouer les résignés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le moteur est cassé. Je n'écoute plus les voix de leurs maîtres, leurs
&lt;em&gt;analyses brillantes&lt;/em&gt; qui instillent, jour après jour, le poison du
renoncement jusqu'au cœur de nos salons, de l’acceptation de ce qui est
parfaitement et définitivement inacceptable. Je ne m'offre plus le shoot facile
de l'indignation stérile, je ne m'épuise plus à défier les moulins à vent et
les agitateurs du vide. Quelle fausse réalité aurais-je à déconstruire, alors
que chaque jour, il suffit de vivre, de bouger, de rencontrer, de discuter,
pour voir de ses yeux l'ampleur du désastre pourtant 100 fois annoncé ?
Pourquoi s'abreuver de ce qu'ils appellent &lt;em&gt;information&lt;/em&gt;, alors que ce
n'est là qu'œuvre de propagande, gigantesque machinerie à fabriquer de la
soumission à l'ordre nouveau, leur ordre de l'injuste, leur
néo-féodalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, il y a le poids de la notoriété.&lt;br /&gt;
Je ricane à ce mot.&lt;br /&gt;
Je ne parle pas là de cette forme assez médiocre de célébrité éphémère élaborée
par une surexposition médiatique malsaine qui en vient à prétendre, jour après
jour, que certaines personnes sont plus égales que d'autres, ont une
singularité artificielle qui leur donne plus de valeur qu'à tous les autres
sans-grade réunis.&lt;br /&gt;
Non, je parle du fait éminemment concret qu'est l'élargissement progressif de
mon lectorat jusqu'aux personnes que je rencontre dans ma vie
quotidienne.&lt;br /&gt;
C'est une chose que de balancer, dénoncer, décrire, d'écrire et décrier quand
les mots se baladent sur la toile jusqu'aux confins de l'Asie ou dans l'agrégat
mou des grands centres urbains, c’en est une tout autre quand mes mots, comme
un boomerang, me reviennent dans la face au moment où j'achète mon pain. Il y
a, dans la proximité même de ceux qui lisent ces lignes quelque chose de
profondément perturbant et paralysant, une nécessité impérieuse de faire
attention à ce que l'on écrit afin de ne pas blesser celui qui lit. Et voilà
des histoires merveilleuses ou sordides, de ces petites histoires du quotidien,
qui ne pourront plus franchir l'enceinte intime de mes pensées. Parce que,
fondamentalement, je vis dans mes histoires, je vis mes histoires et le simple
fait de les raconter les déforme et les transforme. Et voilà des idées qui ne
peuvent être partagées qu'avec des inconnus lointains et détachés. Et voilà des
silences qui me rongent, des cris qui m'étouffent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai bien pensé à écrire autrement. Je vais peut-être le faire. Renaître
ailleurs, sous une nouvelle forme, dans une nouvelle identité, m'autoriser tous
les langages, toutes les libertés, tous les scandales, pousser la pensée dans
ses retranchements, oser la rage, oser s'exprimer à l'état brut, sans plus
aucune forme de contrainte, de censure, de tempérance. Exploser les limites que
j'ai fini par m'imposer comme une simple mesure de sauvegarde de ma petite
tranquillité sans envergure. La tentation est immense, mais les obstacles
aussi : le temps, l'argent, l'envie, la foi. La simple foi en la possible
nécessité de l'écriture qui se heurte chaque jour au constat cuisant de son
absolue vacuité, de son incapacité à faire, un tant soit peu, bouger les lignes
de fractures ou même simplement abreuver les esprits assoiffés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité, c'est que continuer manque de sens.&lt;br /&gt;
Je pensais qu'au fil du temps et des mots viendrait quelque chose de l'ordre de
la sagesse et de l'apaisement. Une plus grande acuité intellectuelle. Une
vision du monde qui dépasse les limites de notre propre existence.&lt;br /&gt;
Il n'en est rien.&lt;br /&gt;
Écrire, c'est aussi frustrant et rageant que de continuer à cultiver l'insolent
petit lopin de terre qui me tient lieu de jardin : une constance d'efforts
et de moyens pour de piètres résultats pathétiques. Écrire, c'est comme lever
un barrage de papier contre la déferlante de la connerie humaine :
l'ironie grinçante d'outils dérisoires devant une tâche incommensurable.&lt;br /&gt;
Restent la colère et la frustration, immenses, comme les courants traîtres sous
la surface d'huile d'un lac de montagne : &lt;q&gt;baigne-toi dans mon miroir et
je t’entraînerai inexorablement toujours plus loin de la surface.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=a002c5e8-cb72-8d62-b02f-1be078e29f1a&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Virtualité augmentée</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/07/27/Virtualite-augmentee</link>
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    <pubDate>Wed, 27 Jul 2011 13:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le petit bout de la lucarne</category>
        <category>catastrophe</category><category>civilisation</category><category>communication</category><category>guerre</category><category>histoire</category><category>international</category><category>Les Affabulateurs</category><category>mort</category><category>médias</category><category>société</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;L'information, c'est vous qui la vivez, c'est nous qui en
vivons&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
Jules-Édouard Moustic, &lt;a href=&quot;http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid1787-c-groland.html&quot;&gt;Groland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/982399889/&quot; title=&quot;Lecture estivale de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm2.static.flickr.com/1378/982399889_3c527e1fcc.jpg&quot; alt=&quot;Lecture estivale&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;335&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Les catastrophes fascinent et ce n'est pas nouveau. Il est
tellement facile de s'abîmer dans la contemplation morbide d'un drame et d'en
devenir le témoin captif et complaisant. Quand les deux tours sont tombées,
nous étions à la maison, probablement en vacances, parce qu'avant d'avoir la
gosse, nous prenions généralement nos vacances au moment où les joyeux parents
réunis reprenaient le collier et leur progéniture, le chemin de l'école. Je ne
sais plus pourquoi il avait allumé la télé, parce que nous ne regardons jamais
la télé en journée, mais peut-être voulait-il occuper ma mère qui était
exceptionnellement en visite ce jour-là. Et puis juste ça :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Viens voir, Agnès !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Nous sommes sur une chaîne anglophone et nous voyons un avion percuter un
gratte-ciel dans une grande gerbe de flammes.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oh my god, oh my god...&lt;/q&gt; crache la télé.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est quoi ce truc ?&lt;/q&gt; je lui demande, &lt;q&gt;La bande-annonce pour
un nouveau film-catastrophe ? Putain, si c'est le cas, ça
déchire !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
C'est mon péché mignon, les films catastrophe et un avion dans un building,
c'est un sacré scénario pour les amateurs du genre. L'image revient. Encore. Et
encore. Et les commentateurs beuglent d'une voix hachée, c'est confus, c'est
hypnotisant. Je m'assois sur l'accoudoir du fauteuil.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;On dirait que c'est vrai.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Putain, c'est énorme, si c'est en vrai. C'est un
accident ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je ne sais pas, je ne comprends pas tout.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;On devrait regarder sur une chaîne info française.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Et là, pendant qu'on regarde un plan fixe d'immeuble qui crache de la fumée
comme un volcan, on le voit. Le deuxième avion. Qui arrive. On doit être un
sacré paquet de personnes à gueuler en même temps, là, tout autour de la
planète. Tous saisis. Tous dans l'instant. Tous dans l'histoire qui s'écrit
juste sous nos yeux. Chacun dans notre petite bulle intime perdue au milieu de
l'immensité humaine. Et paf, le deuxième avion s'encastre dans la deuxième
tour. Ce qui nous projette directement dans un monde nouveau. Parce qu'à ce
moment-là, je crois qu'on est un bon paquet de petits humain à avoir compris
que ce n'était ni un film, ni un accident.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oh, putain !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
C'est une attaque. C'est une déclaration de guerre. Et on se l'est revue en
boucle, pendant des heures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est une vidéo en ligne. Comme il y en a tant. Tout le monde est devenu
metteur en scène de sa propre existence. Je me souviens encore d'une vision
qu'avait eue &lt;a href=&quot;http://owni.fr&quot;&gt;Nicolas Voisin&lt;/a&gt;. Ce gars a un
fonctionnement parfois un peu déroutant, comme un lapin Duracell qu'un farceur
aurait collé sur du 220V, mais depuis que je l'ai croisé sur la grande Babel
qui ne dort jamais, j'ai appris à apprécier ses fulgurances. L'une d'elles, et
non des moindres, c'était qu'il pouvait déployer des tas d'yeux et d'oreilles
sur le terrain, juste en équipant des blogueurs des tout nouveaux smartphones.
Penser qu'en fait n'importe qui peut avoir dans sa poche un terminal multimédia
qui tient dans la main et lui permet de filmer, d'enregistrer, de photographier
ce qu'il voit, ce qu'il vit, et de partager tout ça dans l'élan sur la toile,
avec le reste du monde. Tous journalistes. En fait, non. Tous reporters, tous
sur le terrain de nos propres existences. Comme cette vidéo insignifiante d'un
mec qui, quelque part dans le monde, filme son trajet en bagnole. Sauf que ce
mec, il est sur la côte japonaise, le 11 mars 2011. Et partout dans le monde,
nous sommes avec lui dans l'habitacle de sa petite bagnole emportée par les
flots, ballottée contre les épaves flottantes, submergés par l'horreur muette
de sa situation. Un autre a filmé le tsunami du haut d'une petite colline.
Point de vue imprenable sur la course ultime entre la mer qui déferle et les
gens qui courent pour sauver leur peau. Certains ne seront pas assez
rapides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mots. Les mots qui sortent, comme le sang d'une blessure fraîche. Les mots
de première main. Traduits à la volée depuis les blogs de Norvège. Même sans
intermédiaires, les traducteurs en ligne extirpent dans l'instant la
substantifique moelle de l'horreur, de la terreur. Il y a même des photos qui
circulent, prises en direct par les victimes, les survivants. Même la mort aux
trousses, la plupart d'entre eux se sont accrochés à leur petite balise Argos
intégrée, peut-être juste pour une dernière image, un dernier message, un
dernier mot. Au départ, la Norvège, c'était le bordel. Des communiqués qui se
contredisent et, comme d'habitude, des médias qui ne savent rien ou pas
grand-chose, mais qui doivent tenir l'antenne ou remplir du papier et qui se
gargarisent d'hypothèses et de rumeurs. Le café du commerce certifié
professionnel. Et puis, ils sont arrivés. Les témoignages directs. &lt;a href=&quot;http://fr.globalvoicesonline.org/2011/07/25/75037/&quot;&gt;Des survivants&lt;/a&gt; ou
&lt;a href=&quot;http://www.leparisien.fr/international/norvege-des-voisins-heroiques-ont-sauve-des-jeunes-du-massacre-24-07-2011-1543775.php&quot;&gt;
des témoins sur les bateaux&lt;/a&gt;, qui racontent une tout autre histoire, une
histoire intime et effrayante dans son apparente banalité. Une histoire qui
contredit toutes les autres et va même mettre dans l'embarras la police qui a
eu tant de mal à intervenir. Une Histoire, finalement, écrite en direct par les
sans-grade, les non officiels, relatée directement par ceux qui l'ont
vécue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il devrait y en avoir d'autres, des images, des sons, des récits qui vont
remonter à la surface du Net comme de mauvais cadavres mal lestés. Du
producteur au consommateur. Sans intermédiaire. Sans passe-plats. Sans
falsificateurs qui réécrivent les faits pour les faire concorder avec leur
vision du monde.&lt;br /&gt;
L'information se fait et se reçoit sans média.&lt;br /&gt;
La révolution Internet.&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2011/07/13/il-est-interdit-dinterdire-le-net/&quot;&gt;
Leur nécessité impérieuse de contrôler tout ça&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Vite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu imagines si le 11 septembre se passait aujourd'hui ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Monsieur Monolecte a aussi de sacrées fulgurances. Oui, s'il avait eu lieu
aujourd'hui, on n'aurait pas seulement vu les tours s'effondrer à la télé et
les experts débattre sans fin d'une réalité grandement remodelée. On aurait été
dedans. Avec les employés. Certains avaient déjà envoyé des SMS, passé des
coups de fil pour dire adieu. Mais là, tout aurait pu être directement dans le
flux. Aujourd'hui, quand je prends une photo ou tourne une vidéo avec mon petit
bijou de la technologie moderne, &lt;a href=&quot;https://plus.google.com/105849945688284580853&quot;&gt;ces images sont directement
récupérées par Google&lt;/a&gt; et prêtes à être diffusées publiquement. Même si je
canne dans les 3 minutes. Même si mon téléphone est volé ou détruit, tout ce
qu'il y avait dedans est déjà en ligne, déjà dans le flux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me souviens avoir écrit un papier, il y a quelques années, qui racontait que
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/08/24/123-ainsi-soit-google&quot;&gt;Google finirait par sortir du
Net&lt;/a&gt; et nous murmurer à l'oreille pendant que nous vivrons nos vraies vies
et pour certains d'entre nous, nos &lt;em&gt;game over&lt;/em&gt; définitifs.&lt;br /&gt;
En fait, maintenant, Google voit le monde à travers mes yeux et à travers les
siens, je vous vois.&lt;br /&gt;
Tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=55be581a-d892-840d-8955-9f4305382989&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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  <item>
    <title>Breaking Bad</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2011/07/12/Breaking-Bad</link>
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    <pubDate>Tue, 12 Jul 2011 13:42:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le petit bout de la lucarne</category>
        <category>Amériques</category><category>chroniques</category><category>civilisation</category><category>compétition</category><category>discours</category><category>guerre</category><category>humanité</category><category>inégalités</category><category>Les Affabulateurs</category><category>société</category><category>série</category>    
    <description>&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un brave type qui comprend un jour un peu brutalement que
ce ne sont jamais les braves types qui gagnent, à la fin.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/5864190722/&quot; title=&quot;BRAWNDO! It's got electrolytes!&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm6.static.flickr.com/5142/5864190722_c19a0135d5.jpg&quot; alt=&quot;Pousses&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Ces
dernières années, les séries TV américaines ont porté le récit fictionnel à un
niveau d'excellence que l’industrie du cinéma, engluée dans la recherche du
profit maximum — avec le minimum de risques artistiques ou intellectuels —
serait bien en peine de seulement rêver au plus sombre des salles obscures en
voie de désertification avancée, malgré la mode déjà aux trois quarts morts-nés
du numérique 3D. Parce que l'exploit technique ne pourra jamais rien face à la
puissance du récit, à l'acuité glaçante d'une critique sociale et
civilisationnelle que seules des séries sans concessions peuvent atteindre
aujourd'hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les &lt;em&gt;Bobolywood&lt;/em&gt; du monde entier espèrent encore nous faire
rêver avec leur saloperie de morale de contes de fées à deux balles, des séries
percutantes et extrêmement bien faites s'offrent le luxe de nous tendre le
miroir de notre propre déchéance, d’égrener à un rythme infiniment long et
précis, la chronique d'une civilisation bouffie d'elle-même qui n'en finit pas
de crever tout en faisant ressortir ce qu'il y a de pire en nous. Déjà, j'avais
pris une baffe magistrale et désenchantée avec l'excellente série &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Sur_%C3%A9coute&quot;&gt;The Wire&lt;/a&gt;, magnifique
portrait très documenté de la décomposition de la société américaine à travers
les destins croisés de dealers, de flics désabusés, de politicards prisonniers
de leurs promesses et compromis et de tout un tas de gens qui tentent seulement
de surnager dans un océan de merde et qui coulent invariablement, parce que
cela est dans la nature du système, de briser les meilleures bonnes volontés
jusqu'à en faire le terreau de la violence la plus aveugle et absurde, celle
qui ne se trimbale pas forcément avec un flingue sur le côté, mais plutôt
celle, bien polie et en costard trois pièces, qui peut décider d'un trait de
stylo qui aura le droit de s'en sortir et qui perdra immanquablement la course
à l'échalote. Le créateur de ce constat totalement désabusé revient à la charge
dans l'élan avec &lt;a href=&quot;http://seriestv.blog.lemonde.fr/2011/07/06/treme-oeuvre-ethnographique-de-simon/&quot;&gt;
Treme&lt;/a&gt;, une série « noire » et sans jeu de mots où la musique ne
parvient nullement à adoucir la pestilence de la déliquescence accélérée du
rêve occidental, tout entière résumée par le décor quasi postapocalyptique de
la Nouvelle-Orléans de l’après-Katrina. Là aussi, &lt;a href=&quot;http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1519&quot;&gt;la guerre des classes&lt;/a&gt;
et son objectif de moins en moins éludé d'extermination des pauvres apparaît
dans toute sa hideuse réalité et nous conduit à considérer le destin de
l'écrivain révolté comme l'inéluctable conclusion d'un monde sans merci où la
médiocrité est érigée en mètre étalon de la promotion sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://seriestv.blog.lemonde.fr/2010/06/15/breaking-bad-la-metamorphose-de-lhomme-en-noir/&quot;&gt;
Breaking Bad&lt;/a&gt; fait juste le pas de plus, celui que bien des gens ont d'ores
et déjà franchi sans vraiment oser se l'avouer, celui de la décomposition
totale et irréversible de toutes les valeurs humaines qui faisaient jusqu'à
présent le ciment de notre organisation sociale et qui peuvent se résumer en un
seul mot : le respect. Celui de l'ordre social, de la morale, de l'autre,
de soi-même, de la vie, du sens de ce que qui est juste ou pas, de l'idée,
insufflée depuis le plus jeune âge aux petits des Hommes juste avant qu'ils ne
sombrent dans le monde des rêves, que l'homme bon est un modèle à atteindre et
que &lt;a href=&quot;http://www.fakirpresse.info/-kit-de-combat-.html&quot;&gt;c'est toujours
lui qui gagne, à la fin&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
À cinquante ans, après une vie bien rangée passée à traverser dans les clous et
à se comporter en bon père de famille, Walter White apprend simultanément qu'il
souffre d'un cancer en stade terminal et que d'avoir été un homme rangé ne va
l'aider en rien, parce que la seule chose qui compte aujourd'hui, c'est :
en avoir ou pas ! Du fric. Du pognon. De l'argent. Que ceux qui en ont
auront le droit de vivre et que les autres peuvent juste crever comme des
chiens en laissant ceux qu'ils aiment dans la merde, thème exactement
symétrique à celui développé dans l'autre série fumante, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Weeds&quot;&gt;Weeds&lt;/a&gt;. Dans Weeds, fraîchement veuve,
Nancy Boldwin comprend très vite que pour continuer à sauver les apparences
dans un monde où pour exister, il faut posséder, l'argent est roi et n'a pas
d'odeur. Elle se tourne donc logiquement vers &lt;a href=&quot;http://www.planetoscope.com/drogues/890-Chiffre-d-affaires-du-trafic-de-drogues-dans-le-monde.html&quot;&gt;
la deuxième industrie planétaire&lt;/a&gt; en terme de volume et de chiffre
d'affaires : le trafic de drogue.&lt;br /&gt;
Et c'est exactement le même choix radical et désabusé que va très rapidement
faire Walter White : ne plus faire partie de ceux qui subissent, mais de
ceux qui tirent leur épingle du jeu en se vautrant sans vergogne dans une
totale absence de sens moral, lequel ressemble de plus en plus à un carcan pour
maintenir les classes dominées dans la soumission et la résignation à un destin
de surnuméraires décidés par d'autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un monde strictement gouverné par deux seuls et uniques critères centraux,
la propriété et la hiérarchie, toute autre considération vaguement humaniste
est un ticket en aller simple pour l'enfer social, celui de l'exploitation, de
la domination, de la spoliation et, pour finir, de la destruction. Ce n'est
même plus marche ou crève, c'est juste une cohue générale et immonde pour
choper le dernier canot en partance du Titanic et le moindre faux pas est
éliminatoire.&lt;br /&gt;
Une fois que l'on a bien intégré les nouvelles règles du jeu, on comprend mieux
l'apparent désordre du monde et on ne peut que mépriser &lt;a href=&quot;http://www.cqfd-journal.org/L-indignation-tranquille&quot;&gt;les indignations
faciles&lt;/a&gt; de ceux qui n'ont pas encore été rattrapés par &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/30/Quand-la-merde-monte&quot;&gt;la ligne de flottaison&lt;/a&gt; de la
disqualification, leur dose quotidienne de bonne conscience, à raison de 10
minutes par jour, comme un jogging sur ordonnance, avant de reprendre une belle
petite vie normale qui est illusoire et sans lendemain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que c'est bien là que se situe la force de cette génération de séries qui
ont définitivement tourné le dos au leurre du &lt;em&gt;happy end&lt;/em&gt; : leur
perspicacité fulgurante et leur rôle presque pédagogique quant à comprendre
comment tourne le monde contemporain et de quelle manière ont évolué les règles
du jeu, bien loin des discours lénifiants et des manipulations médiatiques et
politiciennes. Nous voilà subitement placés au pied du mur, à prendre toute la
mesure du monde de cauchemar qu'ont réussi à nous accoucher &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/24/Au-bout-du-chemin&quot;&gt;&lt;strong&gt;30 ans de libéralisme&lt;/strong&gt;
échevelé&lt;/a&gt;, bien loin des promesses de lendemains qui chantent et d'humanité
rieuse, libérée de la faim, de l'exploitation et de l'iniquité.&lt;br /&gt;
Merci à tous ces créateurs qui partagent avec nous leur constat sans appel,
avec plus de force et de pertinence que les soi-disant élites intellectuelles,
depuis trop longtemps converties à l'appel de la gamelle et soumises à &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2004/12/11/16-la-voix-de-son-maitre&quot;&gt;la voix de leur maître&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Merci à eux, même si nous savons déjà que quelle que soit l'épaisseur de la
couche de lucidité dont ils parachèveront leurs œuvres, il y a fort à craindre
que cela ne suffise jamais à réveiller ceux qui se sont laissés endormir et
qui, engourdis par la connerie ambiante déversée à flots, elle aussi, par la
boîte à cons, préfèrent une longue agonie sous anesthésie à un bref et brutal
combat pour restaurer leur estime de soi sacrifiée au nom du consumérisme
forcené et de l'illusion provisoire de faire partie du camp des
vainqueurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=2dc2ea49-6e5d-8cd6-ba79-3c2486ab5547&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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