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  <title>Le Monolecte</title>
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  <description>Chroniques inutiles des agitateurs du vide</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 23 May 2013 16:42:28 +0200</pubDate>
  <copyright>Creative commons</copyright>
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    <title>Partis sans laisser d’adresse</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2013/05/09/Partis-sans-laisser-d-adresse</link>
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    <pubDate>Thu, 09 May 2013 20:24:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le Monolecte expliqué aux enfants</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>communication</category><category>Internet</category><category>multinationales</category><category>mémoire</category>    
    <description>&lt;p&gt;Il m’a fallu plusieurs semaines, entre autres activités, pour finir de
nettoyer mes flux RSS.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8724099338/&quot; title=&quot;La biche de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://farm8.staticflickr.com/7321/8724099338_e451267ea4.jpg&quot; width=&quot;500&quot; height=&quot;334&quot; alt=&quot;La biche&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;En fait, tout cela, c’est de la faute à
Google. Un peu comme, il y a 10 ans, c’était forcément de la faute de
Microsoft. Parce que Google a pris une place énorme dans la vie de la plupart
des connectés et que, comme je le prédisais à l’époque, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/08/24/123-ainsi-soit-google&quot;&gt;il nous murmure à l’oreille&lt;/a&gt;
et &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/2013/05/02/pourquoi-ils-refusent-voir-monde-a-travers-google-glasses-241997&quot;&gt;voit
même à travers nos yeux&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que Google offre plein de services réellement très utiles et
que, quand la firme décide que l’un d’entre eux n’est plus rentable et le
ferme, cela fout un peu la merde dans nos vies numériques et nous rappelle
toujours à bon escient à quel point il est bon de ne pas toujours mettre tous
nos œufs dans le même panier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, tout a commencé il y a un peu plus d’un mois. Voire deux, je ne
sais plus, tellement le temps s’est accéléré. Google m’annonce qu’&lt;a href=&quot;http://korben.info/remplacer-google-reader.html&quot;&gt;il va fermer l’agrégateur de
flux RSS Google Reader&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est probablement la page Internet que je consultais le plus, chaque jour,
depuis des années. C’est le premier site où je me connectais, chaque matin, en
sirotant mon thé brûlant, la première réponse à cette question vitale :
&lt;q&gt;mais qu’est-ce qu’il s’est passé depuis hier soir dans ce monde où le soleil
ne se couche jamais ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Google Reader était ma mémoire du Net, plus de 800 sites référencés au
fil du temps et dont je surveillais ainsi les nouvelles fraîches pratiquement
tous les jours. Il y avait un peu de tout : des blogs de potes, beaucoup,
des blogs intelligents, drôles, tragiques, bien écrits, des sites d’information
d’ici et d’ailleurs, des portails scientifiques, des plateformes de
publications de photos, de BD, des informations, des tas d’informations, de
partout, sur tout, tout le temps, la substantifique moelle de mon rapport au
monde, l’endroit où je m’abreuvais directement dans le flux, où je prenais des
nouvelles, des uns et des autres, le maeltröm dont je triais la masse jusqu’à
trouver ce petit fait insignifiant qui résumait le mieux l’état du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas que l’on puisse ressentir la puissance d’Internet si l’on
pas déjà goûté à l’ivresse du flux RSS en continu, quelque chose d’encore plus
énorme de Twitter et l’AFP réunis, parce que fabriqué sur mesure, au fil du
temps, des navigations, des échanges de mails, des commentaires pertinents,
de-ci, de-là. Un trésor de guerre que le géant de pixels se propose de
définitivement enterrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les autres nerds hyperconnectés, j’ai cherché un autre endroit où
transférer cette mémoire vivante et d’export en migrations, j’ai fini par
arriver sur &lt;a href=&quot;http://theoldreader.com/profile/7f703a8c8fa6b9da2e5af7a6.rss&quot;&gt;theolreader&lt;/a&gt; 
projet qui a pour ambition de remplacer le défunt service de Google. Rien que
cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’importe donc ma grosse base de flux, d’articles favoris et commentés et
plaf, un clic intempestif réduit à néant tout le classement construit par les
années.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commence alors cette longue période que je viens juste de clore et où j’ai
vérifié chacun de mes flux, un à un.&lt;br /&gt;
Regarder s’il y a eu une publication récente. Aller sur le site pour en
vérifier l’identité. Vérifier que lors d’une mise à jour, le flux RSS n’a pas
changé d’adresse. Comprendre pourquoi telle source n’a rien écrit depuis
2 ou 3 ou 4 ans. Trouver le nouveau site pour ceux qui ont
bougé. Et pour mes préférés, à présent aux abonnés muets, écrire un mail
directement pour savoir s’ils vont bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois de travail et la moitié des flux en moins. Quelques-uns écrivaient
que &lt;a href=&quot;http://sarkofrance.ragemag.fr/et-oui-les-blogs-sont-encore-morts/&quot;&gt;les blogs
étaient morts&lt;/a&gt;. Ils n’ont pas totalement tort. La grande prolifération de
l’âge d’or d’Internet est derrière nous. Des blogs meurent et se créent chaque
jour. Certains traversent le temps avec, toujours intacte, la petite flamme du
début; beaucoup s’assèchent lentement, progressivement, jusqu’au grand silence
final; d’autres, enfin, s’interrompent brutalement, faute de combattants.&lt;br /&gt;
Peut-être était-ce parce que je suivais beaucoup de monde de la Gauchosphère.
Toujours est-il que l’élection de Hollande a coupé le sifflet à beaucoup
d’entre eux. Se faire une tartine de Sarko, le matin, avant de se mettre en
piste, avait tout de même, pour eux, une autre saveur que de se tirer dans le
pied à énumérer les renoncements permanents de la GÔche au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, on a changé. On a grandi. On a des gosses. Un boulot. Ou plus assez
de ressources pour continuer. Tiens, même moi, là, j’ai bonne mine à balancer
sur les autres alors que je maintiens à peine assez de publications pour ne pas
totalement disparaître. Plus le feu, plus le temps... même pas.&lt;br /&gt;
Il m’arrive souvent de me &lt;em&gt;punir&lt;/em&gt; d’écriture pour me forcer à terminer
un boulot pas évident : « tiens, tant que je n’aurais pas rendu le
bousin, j’écris rien dans Le Monolecte. » Sauf que le temps passe, et
qu’il y a toujours autre chose dans les tuyaux, pendant que les histoires que
j’écris dans ma tête finissent immanquablement par se dissoudre dans le flux du
temps. Et puis, bon, à force de croiser mes lecteurs dans la rue, en faisant
mes courses ou même dans les petites bouffes entre potes, j’ai fini par me
censurer. &lt;q&gt;Bon, ça, je ne peux pas l’écrire, ça la foutrait mal par rapport à
Machin. Et si Truc me lit, il se reconnaîtra tout de suite. Ça, c’est du lourd,
mais si un client tombe dessus, pour le prochain contrat, je l’ai dans le
cul...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sinon, il y a toujours tellement autre chose à faire : la famille,
les potes, les courses, les impôts, le boulot ou même juste un peu de temps
pour dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’il faut, c’est comme cela que meurent les blogs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien n’est jamais tout à fait perdu. Car la discussion, la grande
conversation, ne s’interrompt jamais. Elle continue juste ailleurs, autrement,
un coup sur &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/monolecte&quot;&gt;Facebook&lt;/a&gt;, un autre
sur &lt;a href=&quot;https://twitter.com/Monolecte&quot;&gt;Twitter&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&quot;http://www.scoop.it/t/le-monolecte&quot;&gt;Scoopit&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/people/monolecte&quot;&gt;Seenthis&lt;/a&gt; dans le flux partagé.
Qui tomberont tous en désuétude, à leur tour. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la discussion continuera toujours.&lt;br /&gt;
Encore.&lt;br /&gt;
Ailleurs.&lt;br /&gt;
Parce que c’est dans notre nature.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2013/05/09/Partis-sans-laisser-d-adresse#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>De la marchandisation des droits</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2013/04/11/De-la-marchandisation-des-droits</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:338e9aa2558da01a5478a03e937cd448</guid>
    <pubDate>Thu, 11 Apr 2013 01:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>citoyen</category><category>confiscation démocratique</category><category>débat</category><category>inégalités</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>marchand</category><category>politique</category><category>retraite</category><category>santé</category><category>société</category><category>solidarité</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;À quoi sert un droit si l’on est dépossédé des moyens concrets de le
réaliser ?&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8638011583/&quot; title=&quot;Résistances de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8106/8638011583_a101937851.jpg&quot; width=&quot;335&quot; height=&quot;500&quot; alt=&quot;Résistances&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Il y a ce que l’on appelle communément
des droits acquis. C’est un peu un abus de langage parce que chacun sait bien
que depuis le règne de Laurence Parisot et avant elle, celui de Madame
Thatcher, que tout est précaire, surtout quand il s’agit précisément des droits
des plus fragiles et que donc, rien ne doit jamais être tenu pour acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Prenons la retraite, comme ça, totalement au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Personne ne se pointera jamais en balançant tout de go : « &lt;em&gt;dans
notre modèle économique actuel, il est impossible de continuer à dépenser des
ressources forcément limitées pour des éléments parasitaires parce que n’étant
plus productifs.&lt;/em&gt; » Non, c’est impensable de dire des choses
pareilles, c’est un coup à déclencher une flash mob... voire, pire : une
pétition en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Au contraire, il faut s’afficher délibérément en train de sauver ce fameux
droit acquis à la retraite : «&lt;em&gt; parce que nous voulons sauvegarder
le régime de retraite par répartition, nous allons juste faire en sorte que
plus personne n’y accède et que tout le monde crève avant. Comme ça, il y aura
plein d’argent dans les caisses et le régime des retraites par répartition sera
sauvé... des retraités.&lt;/em&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Ça non plus, personne ne le dira clairement. À la place, on va sauver le droit
à la retraite en le rendant juste... absolument impossible à réaliser. C’est
tout le principe de la conditionnalité. En fait, dès qu’un droit s’assortit de
conditions d’accès, il devient plus difficile à réaliser pour une partie de la
population... tout en restant un droit.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Ainsi, on ne supprime pas le droit à la retraite, on se contente de durcir les
conditions d’accès. En allongeant le temps de cotisation obligatoire, par
exemple. C’est là un très bon moyen de virtualiser la retraite en faisant en
sorte que la majorité des ayants droit décèdent avant de le faire valoir. Pour
les gens de ma génération, on se propose de le reculer à 43 ou 44 ans de
cotisation. Tout en sachant pertinemment que cette même génération est entrée
plus tardivement sur le marché du travail pour cause d’allongement du temps de
formation initiale. Après, on peut encore ergoter en rappelant que ma
génération a été marquée par des accès plus difficiles à l’emploi, sur fond de
baisse des rémunérations (un jeune diplômé touche moins qu’un &lt;em&gt;insider&lt;/em&gt;
senior moins formé), de chômage et d’emploi précaire. Ainsi, beaucoup d’entre
nous ont commencé à travailler aux alentours de 25 ans. Ce qui nous fait déjà
un âge théorique d’accès au droit de la retraite à 69 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
69 ans... je veux que vous visualisiez bien ce chiffre et que vous vous
projetiez dans un univers d’hyper-productivité à cet âge.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Mais ça, c’est pour les veinards qui ont trouvé un boulot directement en
sortant du système éducatif et sans ne plus jamais en changer.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Dans la vraie vie, beaucoup d’entre nous ont navigué entre des stages non
rémunérés et des petits boulots sans lendemain, le tout entrecoupé de
va-et-vient à Pôle Emploi, pas toujours comptabilisés ou même indemnisés. Et je
ne parle même pas de ceux qui ont réussi à survivre à l’ombre du salariat en
s’improvisant autoentrepreneurs et à qui on n’a jamais clairement expliqué que
la plupart de ces années de travail en pointillés comptent pour du beurre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Par jeu, en tenant compte de la nécessité d’augmenter encore la durée minimale
de cotisation pour obtenir le droit à une retraite pleine et entière, j’ai
calculé qu’il me faudrait probablement vivoter jusqu’à mes 78 ans pour espérer
palper royalement le minimum vieillesse... s’il existe toujours.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Autrement dit, même si le droit à la retraite est maintenu, pour beaucoup
d’entre nous, dans les faits, il n’est plus réalisable. C'est devenu un droit
virtuel.&lt;/h4&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
C'est tendance, le virtuel.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Ce qui vaut pour la retraite vaut pour de plus en plus de nos droits. Nous
avons acquis le droit au logement, mais en l’absence d’une politique réelle et
volontariste d’adaptation du parc immobilier aux besoins et aux moyens réels de
la population, ce droit est juste un droit pour rire... mais surtout pour
pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Nous avons le droit à l’information, mais il nous manque en face un financement
pérenne et efficace qui garantisse une véritable liberté de la presse et son
indépendance tant du pouvoir régalien que du pouvoir de l’argent.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Nous avons le droit de vote, mais dans les faits nous n’avons le choix qu’entre
différentes personnalités toutes issues du même sérail politique et dont la
vision du monde et les options politiques sont strictement identiques, ce qui
nous ôte, de fait, tout contrôle démocratique du fonctionnement de notre
société.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Nous avons le droit à la santé, mais de déremboursements en franchises, en
passant par le non-renouvellement des praticiens dans une population qui
continue de croître, sans compter les dépassements d’honoraires
&lt;em&gt;raisonnables&lt;/em&gt; à 150 % du tarif de la Sécu, les fermetures de lits,
d’hôpitaux, etc., beaucoup d’entre nous ont déjà renoncé à pleinement exercer
ce droit, faute de moyens ou même juste d’un rendez-vous à moins de 12 mois
pour une spécialité en voie de disparition comme la gynécologie ou
l’ophtalmologie.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Nous avons le droit à l’éducation, mais on continue à réduire le nombre des
profs, à fermer des classes, puis des écoles, à alléger les programmes, à vider
de sa substance toute l’architecture complexe de l’Éducation Nationale sous
prétexte de &lt;em&gt;dégraisser le mammouth&lt;/em&gt; et au final, on s’étonne que tout
cela ne soit plus qu’une grande machine folle à trier les enfants et à
reproduire les inégalités sociales en les creusant. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Il y a 20 ans, j’ai eu le droit d’accéder à un enseignement supérieur, à
présent je doute d’avoir les moyens financiers de rendre la pareille à ma
fille.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Nous avons donc des droits, mais des droits de papier, des droits
conditionnels, des droits inaccessibles, des droits virutels... pour amuser la
galerie.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
En fait, on nous a surtout laissé le choix de mettre le prix nécessaire pour
continuer à jouir de nos droits&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
On nous laisse donc ce choix de l'argent, en nous expliquant qu’avoir le choix,
c’est la liberté.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Nous avions donc des droits universels et nous voilà avec le choix de payer
pour continuer à jouir pleinement de nos droits les plus élémentaires... et un
droit qui s’achète, ce n’est plus un droit, tout au plus un produit.
&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Stardust memories</title>
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    <pubDate>Thu, 04 Apr 2013 16:52:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>chroniques</category><category>enfance</category><category>humanité</category><category>moment</category><category>mémoire</category>    
    <description>&lt;p style=&quot;margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;q&gt;C’est comme si j’étais née à l’âge de six ans&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8619041784/&quot; title=&quot;Les lumières de la ville de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8383/8619041784_1a57f69c40.jpg&quot; alt=&quot;Les lumières de la ville&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;La gosse vient de monter à mes côtés dans la voiture et elle
lâche cela dans l’élan sans même prendre le temps d’attacher sa ceinture. C’est
dire si ça la perturbe.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Qu’est-ce que tu veux dire ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je suis en train d’oublier mon enfance!&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Cela pourrait prêter à rire, venant d’une fillette de 10 ans, mais je comprends
instantanément ce qu’elle veut dire.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ça fait longtemps ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je viens de m’en rendre compte. Je n’arrive pas à me souvenir de quelque
chose d’avant mes six ans, tout en sachant qu’il y a peu de temps, je m’en
souvenais parfaitement.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, je sais. Ça nous a toujours amusés, avec Papa, ta capacité de te
souvenir de trucs de bébé. Mais faut pas t’inquiéter, je pense que c’est
quelque chose de normal. Tu sais que ma mémoire aussi est bizarre : je peux me
souvenir 20 ans d’un digicode ou d’un mot de passe ou de la place d’un fichier
dans un ordinateur qui n’existe même plus et en même temps, je peux oublier le
visage d’une personne, juste le temps de tourner les talons.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je ne suis pas inquiète, c’est juste que ça fait bizarre.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je me pose souvent des questions sur la mémoire et depuis toujours.
Pourquoi on se souvient de certaines choses et pas d’autres, comment on s’en
souvient, pourquoi on oublie, est-ce qu’on oublie vraiment ? Il m’arrive
de vivre un moment tellement beau que je me dis « là, il faut vraiment que
je m’en souvienne ». C’est comme si je voulais graver l’instant au burin
dans la pierre, je veux absolument être capable de revivre cet instant à la
demande, d’avoir tout qui remonte exactement comme je l’ai vécu, au moment même
où je le vis : ce que je vois, ce que je sens, ce que j’entends, ce que je
ressens et même, ce que je pense. Et tu sais quoi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ça marche.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
Je sais que je suis plus que la somme de mes souvenirs. Je suis aussi et
surtout tout ce que j’ai oublié, mais dont je sais, confusément, que c’est
toujours là, juste sous la surface de ma conscience, juste mal rangé, mal
archivé, mais qu’un effort de concentration et de recherche suffisant pourrait
probablement faire remonter à ma pleine connaissance. Parfois, je me rends
compte que je ne me souviens plus que des souvenirs de mes souvenirs originaux.
Une copie de copie de copie. Comme une réinterprétation de la réalité, un
souvenir augmenté. D’une sensation fugace, je reconstitue patiemment le puzzle
de l’instant, à travers d’autres souvenirs, plus ou moins reconstruits, des
témoignages d’autres personnes (&lt;q&gt;tu te souviens, le jour où nous avons fait
cela ? Il faisait un temps superbe et l’air sentait le monoï&lt;/q&gt;),
peut-être falsifiés, des photos, des tas de photos, pour garder les
visages.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais, j’ai commencé à photographier autour de moi pour ne pas
oublier.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, tu me l’as dit.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Avant, je n’arrivais même pas à savoir ce que j’avais fait la semaine
d’avant. Maintenant, quand un vieux me dit : « ho là là, mais quel temps,
c'est pas compliqué, on n’avait jamais vu ça en cette saison! » et bien,
je vais voir mon catalogue de photos et je vois que l’année dernière et les
cinq années précédentes, il avait aussi fait un temps de chien au mois de mai,
mais tous les ans, y a toujours un vieux qui n’a jamais vu ça de sa
vie.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et toi, tu te souviens de ton enfance ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Plus grand-chose de la petite enfance, quelques moments de quand j’avais
ton âge. Un jour, comme toi, je me suis rendu compte que c’était comme si je
n’avais jamais été un bébé. Ça m’a profondément perturbée. Je pensais à mes
parents, qui avaient toujours été vieux et je me suis rendue compte que s’ils
ne me comprenaient pas, c’était juste parce qu’ils avaient oublié ce que l’on
ressent quand on est un enfant. Ce jour-là, je me suis jurée de me souvenir de
ce que l’on éprouve quand on est un gosse.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et tu t’en souviens ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;À ton avis ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ouais, pas trop mal.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais, je crois que nous avons besoin d’oublier des choses. Mais je
pense aussi, qu’en même temps, nous n’oublions rien, que la somme de tout ce
que l’on a vécu est toujours stockée en nous, c’est juste qu’on n’a plus accès
à tout, seulement à ce qui nous est nécessaire pour vivre et pour continuer.
T’imagines ? Si on devait se souvenir d’absolument tout ce que nous
faisons, vivons, pensons, ressentons, lisons, discutons ? Ce serait le
bordel. Alors que là, on se souvient surtout de ce qui est important, même si
ça ne nous paraît pas si important que cela. En fait, j’ai plusieurs théories,
qui valent ce qu’elles valent. Nous trions nos souvenirs en fonction de ce qui
nous intéresse, de ce qui nous émeut, de ce que l’on aime ou que l’on déteste.
C’est très affectif, la mémoire. C’est donc très sélectif et c’est nécessaire
pour nous permettre d’évoluer.&lt;br /&gt;
Je pense aussi que la mémoire est liée à nos sens, à notre rapport au monde. Je
pense que nous ne pouvons accéder facilement à notre petite enfance à cause du
langage. Quand on est un bébé, on ressent le monde, mais on ne peut l’exprimer,
parce que nous n’avons pas de mots pour ça. On voit des formes, des couleurs,
des visages. Certains visages, certaines voix, certaines odeurs signifient la
chaleur, la nourriture et la douceur. On s’y attache. Profondément. Puis les
mots arrivent et on nomme les sensations et du coup, les souvenirs d’avant les
mots ne sont plus accessibles, parce qu'ils ne sont pas archivés d’une manière
compréhensible pour notre nouvelle façon de penser. Mais je pense qu’ils sont
là, très forts et qu’ils façonnent en partie notre rapport au monde, des années
plus tard. Des fois, tu rencontres des gens et tu ne sais pas pourquoi, mais du
premier coup, tu sais si ça va le faire avec eux ou pas.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, c’est vrai.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je pense que ça ne vient pas du fait qu’on « lit » les gens,
mais de ce qu’ils nous évoquent dans leur façon d’être, quelque chose qui a à
voir avec un vieux souvenir oublié, mais encore actif. Parce que finalement,
même si on change, il y a des choses en nous qui ne bougent pas, comme le noyau
à l’intérieur du fruit, le cœur de l’oignon. Les expériences ajoutent des
couches les unes par-dessus les autres et nous sommes la somme du tout : nous
sommes le bébé du départ, le gamin, l’ado et tout le reste en même temps. Mais
nous ne pouvons pas avoir conscience en permanence de tout cela, sinon, on ne
vivrait plus.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
La gosse a plus ou moins décroché. Elle finit toujours par décrocher. Parce que
je ne m’arrête jamais à une réponse facile à l’emporte-pièce. Et je sais que ce
n’est pas grave. Même ce qu’elle écoute d’une oreille, elle va quand même
l’enregistrer quelque part en elle. Comme elle a déjà enregistré tout le reste
avant, même quand elle était bébé et qu’on se demandait avec son père si
c’était vraiment la peine de lui montrer des tas d’endroits et de gens qu’elle
oublierait fatalement. Elle ne doit plus se souvenir de nos jeux et de nos
rires de quand elle était bébé, mais je pense que c’est sur ce socle, ces
sensations lointaines et informulées qu’elle a construit l’attachante petite
personne qu’elle est aujourd’hui. C’est le terreau dont elle s’est nourrie et
qui l’a fait grandir.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;En fait, je crois que tu n’as pas fini d’oublier des choses.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah bon ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Des fois, je me dis que l’adolescence, ça sert surtout à oublier tous
les liens de l’enfance, les bons côtés des parents, pour ne plus en retenir que
ce qui en fait des vieux cons.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais non, je ne serai jamais une ado comme ça.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;On ne sait pas ce que tu vas devenir, mais je pense que ce n’est pas
grave, je crois même que c’est un processus nécessaire : les ados doivent
trouver les motivations nécessaires pour avoir envie de découvrir le monde et
non pas de rester coller à leurs parents. De toute manière, la mémoire est
quelque chose de mystérieux et de capricieux. Les vieux n’appartiennent plus au
monde dans lequel ils dépérissent, ils s’ennuient et ils ne comprennent plus
rien. Ils n’en gardent pas de traces alors que tous leurs plus anciens
souvenirs, ceux qu’ils avaient précisément oubliés pendant leur vie d’adulte,
reviennent à la surface.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Il paraît que les gens qui vont mourir voient le film de leur
vie.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je ne sais pas, mais mon ami Étienne m’avait raconté qu’il s’est tapé un
sacré diaporama au moment où il a eu son accident de moto.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais, il est mort ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben non, parce que sinon, il aurait eu du mal à me raconter, mais parce
qu’il a pensé qu’il allait mourir, paf, c’est comme une digue qui a lâché et
des tas de souvenirs de sa vie sont remontés brutalement à sa conscience.
Finalement, on n’oublie rien, on n’oublie personne, on oublie seulement la
manière de se souvenir des choses.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=b4468da0-b6a9-8d31-b4eb-1aec8e2b53e5&quot; /&gt;&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Schiste happens</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2013/04/02/Schiste-happens</link>
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    <pubDate>Tue, 02 Apr 2013 15:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>bled</category><category>catastrophe</category><category>confiscation démocratique</category><category>débat</category><category>Les Affabulateurs</category><category>lutte</category><category>écologie</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Les plus confiants d’entre nous en étaient restés à l’idée rassurante et
confortable que le nouveau président en exercice avait interdit pour toute la
durée de son quinquennat l’exploitation des gaz de schiste par fracturation
hydraulique, ce qui nous laisserait largement le temps de voir si ce nouvel
eldorado énergétique tenait vraiment toutes ses promesses dans les autres coins
du monde où il tourne à plein régime.&lt;/p&gt;    C’était bien, cette idée que la mobilisation citoyenne fait reculer les hyènes
capitalistes, celles qui ne s’encombrent d’aucune préoccupation annexe en
dehors de se faire un maximum de fric, le plus vite possible. Cela dit, les
collectifs citoyens sont restés vigilants et comme d’habitude, cette prudence
s’est révélée fondée.&lt;br /&gt;
Assez rapidement, il s’est avéré que les permis d’exploration des gaz de
schiste déjà accordés étaient toujours en cours de validité et surtout que de
&lt;a href=&quot;http://nonauxgazdeschiste82.over-blog.fr/categorie-11931248.html&quot;&gt;nouvelles
demandes de permis&lt;/a&gt; sont régulièrement déposées par des compagnies minières
et qu’à notre surprise générale, elles reçoivent régulièrement des réponses
positives. Voilà qui contraste singulièrement avec la position officielle
d’interdiction totale des conneries schisteuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans mon bled, c’est à dire là où vivent les &lt;em&gt;pedzouilles&lt;/em&gt; de la
République, autrement dit, des gens considérés comme suffisamment négligeables
pour être passés prestement en pertes et profits, le moins que l’on puisse
dire, c’est que &lt;a href=&quot;http://www.nonaugazdeschiste32.org/index.php?option=com_content&amp;amp;view=article&amp;amp;id=202%3Ala-situation-fin-mars-2013&amp;amp;catid=33&amp;amp;Itemid=167&quot;&gt;
nous n’avons pas franchement l’impression d’être à l’abri&lt;/a&gt; des dommages
collatéraux des gaz de schistes. Et la dernière grande charge médiatique des
pro-schiste (qui ont généralement l’intéressante caractéristique d’habiter très
loin des zones d’explorations, ce qui relativise grandement leurs discours
lénifiants) n’est pas pour nous rassurer. Puisqu’il n’est pas possible de
fracturer la roche, ce qui, vous en conviendrez, est assez barbare, &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/2013/03/28/gaz-schiste-desormais-fracture-plus-roche-masse-240894&quot;&gt;
ils se proposent doctement de la masser&lt;/a&gt;, ce qui est nettement plus
avenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, il faut bien comprendre que le lobby des profiteurs des gaz de schiste
n’a jamais désarmé et s’est, très récemment, remis en bon ordre de marche
propagandaire, à nous asséner que les gaz de schiste, c’est écolo, c’est beau,
ça va résoudre tous nos problèmes d’un coup, à commencer par la Vilaine Crise
qui nous sape le moral depuis 2008, comme une grosse dépression sibérienne qui
stationnerait sur nos têtes depuis trop longtemps. En gros, les gaz de schiste,
c’est notre anticyclone des Açores, mais en mieux !&lt;br /&gt;
Pour ceux qui pensent que j’exagère, on peut aussi se souvenir des discours
lénifiants sur les nombreux avantages que nous tirerions de la diffusion
massive des OGM. Souvenez-vous, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/04/21/De-quoi-Monsanto-est-il-le-nom&quot;&gt;Monsanto, en fait, c’était
Mère Thérésa&lt;/a&gt; et tout ça, c’était juste pour éradiquer la faim dans le
monde, rien que ça. Mais si cet exemple célèbre d’altruisme éhonté ne suffit
pas, voici ce que les habitants du bled ont trouvé sur leur pare-brise ce
week-end pascal (et accessoirement grande messe de la course automobile).
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/schiste0001.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/.schiste0001_m.jpg&quot; alt=&quot;&quot; title=&quot;Schiste1, avr. 2013&quot; /&gt;&lt;/a&gt;  &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/schiste0002.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/.schiste0002_m.jpg&quot; alt=&quot;&quot; title=&quot;Schiste2, avr. 2013&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est beau, comme un démontage de MacDo par José Bové !&lt;br /&gt;
On admire la rhétorique fine et enlevée : les gaz de schiste vont nous
sortir de la crise ! Rien que ça ! Moi qui croyais bêtement que
c’était de la faute aux 35h ! Et puis, c’est propre, les gaz de schiste,
même qu’il y a des &lt;a href=&quot;http://www.bastamag.net/article2956.html&quot;&gt;autorités
&lt;strong&gt;indépendantes&lt;/strong&gt; et incontestables&lt;/a&gt; qui le clament !
Alors que les opposants, ce ne sont rien que des menteurs et des
falsificateurs. On admire le style très dépouillé de la maquette, façon
militants roulés sous aisselles, parce qu’il ne faudrait pas que ça fasse trop
agence de com' grassement rémunérée qui tente un coup de marketing viral en
tractant comme des gauchistes de l’ancien temps; parce qu’on est bien d’accord,
pour toucher les bouseux, il faut tracter sur les parebrise, vu qu’on n’a pas
encore découvert l’Internet dans nos contrées sauvages aux sous-sols
affolants.&lt;br /&gt;
En tout cas, je suis bien d’accord avec ces braves gens : &lt;strong&gt;effrayer
n’est pas informer !&lt;/strong&gt; Et quand on prétend lutter contre la
désinformation, on commence par le faire à visage découvert et non pas avec un
bout de papier même pas signé !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si, encore, les gaz de schiste n’étaient que &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/29/quand-le-gaz-de-schiste-fait-trembler-la-terre_3150329_3244.html&quot;&gt;
la chronique d’une catastrophe écologique annoncée&lt;/a&gt; ! Mais non, même
d’&lt;a href=&quot;http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20121023trib000726616/gaz-de-schiste-faut-il-remercier-hollande-.html&quot;&gt;un
point de vue purement économique&lt;/a&gt;, c’est une énorme impasse.&lt;br /&gt;
Bref, pour vous faire une bonne idée des enjeux et des réalités de la guerre
des gaz de schiste, je ne peux que vous conseiller de lire et suivre assidûment
&lt;a href=&quot;http://seenthis.net/tag/gaz_de_schiste&quot;&gt;la compilation Seenthis des
gaz de schiste&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=a7a9dafb-bd3a-86e3-8700-d58abc402849&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Sarko, le justiciable</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2013/03/22/Sarko-le-justiciable</link>
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    <pubDate>Fri, 22 Mar 2013 08:50:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le petit bout de la lucarne</category>
        <category>confiscation démocratique</category><category>corruption</category><category>justice</category><category>politique</category><category>Sarko</category>    
    <description>&lt;p&gt;Qui va croire que Sarkozy est sérieusement menacé par la justice ?&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;La bulle médiatique apprend avec émoi que Nicolas Sarkozy est mis en examen
pour abus de faiblesse. Youpi, la justice est juste et elle touche tout le
monde; devant elle, il n’y a ni faibles ni puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, tu réfléchis deux secondes de plus : il est mis en examen et non
inculpé, il y a bien des chance que l’instruction débouche directement sur un
&lt;strong&gt;non-lieu&lt;/strong&gt;. Et pour abus de faiblesse. On admet donc qu’il a
palpé du dessous de table, qu’il a été corrompu, mais on retient de tout cela
que c’était d’une vieille dame un peu gaga. Elle aurait été plus jeune, il
aurait pu lui tirer tout le blé qu’il voulait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit plus bas &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/boudicca7?fref=ts&quot;&gt;Camille Bou Dicca&lt;/a&gt;, on est
strictement dans le cadre du théâtre politique : il s’agit de mettre en scène
l’opération de blanchiment de Sarko pour préparer son retour au &lt;em&gt;barnum&lt;/em&gt;
politique. Cela va donner l’impression que la justice n’est pas une justice de
caste, que les politiques ne sont pas intouchables, mais dans les faits,
l’essentiel du débat va être escamoté et il sera soit totalement innocenté,
soit condamné à une peine symbolique pour n’avoir pas utilisé une taille
d’enveloppes réglementaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse méditer cette phrase du vieux Sénèque : &lt;q&gt;La vie, c’est une
pièce de théâtre : ce qui compte ce n’est pas qu’elle soit longue, mais qu’elle
soit bien jouée&lt;/q&gt; .&lt;br /&gt;
Version Shakespearienne (ma préf.) du &lt;em&gt;Merchant of Venice&lt;/em&gt; : &lt;q&gt;Je tiens
ce monde pour ce qu’il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle&lt;/q&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'incompréhension</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2013/01/31/L-incomprehension</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:eadf7a8d11f23a96acfdcead731a732d</guid>
    <pubDate>Thu, 31 Jan 2013 22:23:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>consommation</category><category>folie</category><category>humanité</category><category>marchand</category><category>société</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;Le diable se cache dans les détails&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8001173971/&quot; title=&quot;Pré ado de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8457/8001173971_9f63fe5f5b.jpg&quot; width=&quot;334&quot; height=&quot;500&quot; alt=&quot;Pré ado&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;p style=&quot;-qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Il est difficile de décrire
l'atmosphère d'une époque, d'exprimer clairement ce qui n'est que de l'ordre du
ressenti et de la sidération, aussi. De ma totale incompréhension.&lt;br /&gt;
Je suis le dinosaure. Je vais m'éteindre. Et refermer la porte en sortant.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;J'ai donc profité d'un
aller-retour express au bled en chef pour recharger mon sobre destrier. En
fait, après moult calculs, je me suis rendu compte que le carburant étant
toujours plus cher dans les bleds paumés comme le mien, mais que d'aller
jusqu'au bled plus abordable revenait encore plus cher, même avec une caisse ne
consommant que 6 litres aux 100 kilomètres. L'idéal, c'est de remplir le
réservoir chaque fois que je me déplace dans une ville assez importante pour
que le 95 y soit vendu 10 cents de moins au litre que chez moi. Même si ma
jauge annonce encore un réservoir aux trois quarts plein. Ce qui ventile
d'ailleurs efficacement mon budget transport.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Bref, me voilà en vue de la
station-service réputée la moins chère du bled en chef, selon le dernier calcul
d'itinéraire de &lt;a href=&quot;http://www.carbeo.com/&quot;&gt;Carbeo&lt;/a&gt;, station qui
s'étend devant moi comme une barre de péage le lendemain de la rentrée des
classes. Je n'ai que l'embarras du choix entre la douzaine de pistes dont une
seule autre est déjà occupée.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Tout à l'heure, à l'hypermarché
qui est à l'autre bout de la ville, c'était un peu la même chose lors du
passage en caisse ou même sur le parking : il n'y avait tellement
personne, que j'aurais pu me garer directement devant le rayon qui
m'intéressait. S'il faut, Golfech a pété, là-haut, un peu plus au nord, et les
gens ont été évacués. Les caissières sont tellement désœuvrées que j'ai dû
demander à celle que je visais si elle était encore en service. Le temps de
poser mon truc, trois personnes étaient derrière moi, à jouer des coudes pour
poser leurs achats sur le tapis roulant soudain trop petit. Derrière la barre
de séparation, mon voisin avec une tête de Papy Brossard a juste posé un
bouquet de roses rouges. Du coup, on s'est souri.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;J'ai choisi une pompe du bon
côté de la voiture, celui du réservoir, tant il m'est pénible habituellement de
m'arc-bouter sur le tuyau en gros caoutchouc noir pour réussir à lui faire
contourner mon pot de yaourt et à bien vouloir incliner du bec dans le
réservoir à colibri, sans que l'enrouleur me bloque à cinq centimètres du but
ou, pire encore, ne ravale goulûment l'appendice noirâtre dans ses entrailles,
me traînant lamentablement à sa suite. Je n'aime pas tellement me battre
contre les choses. Ni contre les gens, d'ailleurs.&lt;br /&gt;
Je prends le temps de noter le kilométrage sur mon téléphone, mais je n'ai même
pas celui de sortir de ma voiture qu'un break dont je me contrefous
d'identifier le modèle ou la marque vient se coller à mon parechoc.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Là, je ne comprends juste
pas.&lt;br /&gt;
Plus de la moitié des bornes de distribution sont encore totalement libres,
désertes, accueillantes, il suffit d'y aller pour commencer à se servir, mais
non, cette femme doit avoir un chiffre fétiche, une manie inavouable ou un gros
problème de vue, toujours est-il qu'elle s'est collée derrière moi et qu'elle
commence immédiatement à attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Vous avez remarqué comme les
caissières des supermarchés sont devenues terriblement rapides, ces derniers
temps ? Bip, bip, bip, elles passent les articles au scanner à toute
berzingue, ça couine encore pire que le cœur d'un écureuil sous ecsta, le temps
de le dire, une semaine de votre vie de famille s'entasse de l'autre côté de la
caisse et vous n'avez même pas fini de décharger le caddie. Vite, vite,
vite ! Les trucs volent et arrivent plus rapidement que vous ne parvenez à
les saisir. Alors, ranger la camelote, vous n'y pensez pas ! Malgré toutes
vos stratégies dans l'agencement des marchandises sur le tapis roulant en
amont, il arrive toujours un moment de l'autre côté où vous vous retrouvez à
balancer la boite d'œufs au fond du gros sac de conserves, à cogner les
bouteilles entre elles en espérant que l'apéro ne va pas finir par goutter
lamentablement sur le parking. Et alors que vous présentez tous les signes les
plus évidents de la débâcle logistique, les autres clients, déjà, poussent
leurs propres monticules dérisoires à l'assaut du vôtre tout en vous faisant
bien sentir que vous ne dégagez pas assez vite le plancher, quand bien même ils
vont passer un quart d'heure ensuite à donner des nouvelles du petit-neveu tout
en triant un annuaire de bons de réduction.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Ça n'arrive pas qu'à moi,
n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;
Et vous aussi, vous détestez ça ? Comme tout ce qui va avec : les
étiquettes qu'il faut décrypter avec une encyclopédie des poisons et un tableur
Excel, la musique geignarde ou faussement hystérique qui donne envie de se
coller du Destop dans les esgourdes, les caddies en travers qui bloquent tout
un rayon dans l'indifférence goguenarde de leur locataire du moment, les
fausses promos où le pack familial est vendu nettement plus cher que la dose
bourgeoise à l'unité. Ce genre de choses pas très intéressantes et assez
stressantes que sécrète forcément la société de consommation...&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Je n'ai donc pas envie de me
presser. Je n'ai pas envie de traîner non plus, l'endroit manque singulièrement
d'attraits. Je veux juste faire les choses calmement, à leur rythme, sans
pression. Sans cette sensation trop récurrente d'être le foutu lapin d'Alice au
Pays des merveilles. Je me dis même que si j'agis posément, la femme au break
va finir par comprendre qu'elle a d'autres possibilités. Ou alors, décider
qu'elle aussi, elle n'est pas spécialement pressée à l'heure la plus creuse de
la journée.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Eh bien non !&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Elle doit trouver que je n'ai
pas le rythme qui lui convient, parce qu'elle envoie deux ou trois petits coups
d'accélérateur bien éloquents quant à ce qu'elle doit penser être sa très
légitime impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;C'est là que je suis très fière
de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;J'ai carrément refoulé l'envie
d'exploser de colère, de fondre sur sa portière, de l'extraire par la vitre et
de lui défoncer la gueule sur le bitume huileux et malodorant en l'agonissant
d'injures : &lt;q&gt;mais putain, sale connasse, qu'est-ce que tu viens me faire
chier la rate alors que la station est déserte ?!?!&lt;/q&gt; J'ai également
résisté à la pulsion d'accélérer que quelque manière que ce soit le mouvement
ou même de ralentir, ou même de réagir à cette provocation délibérée. Je suis
restée concentrée sur le moment, l'enchaînement des opérations, ne pas oublier
d'aller chercher le ticket pour vérifier les chiffres, les reporter dans
l'application prévue à cet effet, remettre le compteur journalier à zéro et
m'en aller sans hâte vers la suite de mon étrange et néanmoins banale
destinée.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;Cela dit, je ne comprends
toujours pas le comportement de cette femme.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2013/01/31/L-incomprehension#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le retour des bons Français</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2013/01/24/Le-retour-des-bons-Francais</link>
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    <pubDate>Thu, 24 Jan 2013 11:34:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>citoyen</category><category>confiscation démocratique</category><category>débat</category><category>humanité</category><category>liberté</category><category>lutte</category><category>politique</category><category>société</category>    
    <description>&lt;p&gt;Ou quand le fond de l'air effraie.&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8029745201/&quot; title=&quot;Sécheresse de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8315/8029745201_a3bca0a1b8.jpg&quot; width=&quot;500&quot; height=&quot;334&quot; alt=&quot;Sécheresse&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;L'autre jour, nous fêtions dignement
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/20/La-faim-d-un-monde&quot;&gt;la fin du monde&lt;/a&gt; en bonne
compagnie. Comme il se doit. Parce que la vie étant ce qu'elle est,
particulièrement courte et aléatoire, il est important de ne fréquenter que des
gens &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/07/06/Je-ne-veux-pas-mourir-aux-cotes-d-un-lecteur-du-Figaro&quot;&gt;à
côté desquels cela ne me dérangerait pas trop de mourir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Juan — appelons-le Juan — fait partie de ces
personnes dont je peux me faire assez facilement des amis. Il se définit
lui-même comme une créature tropicale, venue tout droit d'un de ces pays
éminemment exotiques où les couleurs dont se parent la faune et la flore
défient l'étroitesse de nos roues chromatiques et où le plan grand froid se
déclenche généralement autour de 12° C. Au-dessus de notre zéro. C'est un
intellectuel, dans le bon sens du terme, quelqu'un qui raffole des joutes
verbales jusqu'au milieu de la nuit, qui aime creuser ses questionnements
internes, curieux de tout, très ouvert à la discussion et à la critique, qui
prend un temps fou à choisir le bon mot pour exprimer le plus fidèlement
possible ce que son esprit vient d'arracher frénétiquement au chaos de la
pensée. C'est un exilé volontaire, quelqu'un qui vit en France par choix et non
par défaut. Et c'est donc quelqu'un qui doute. Beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;L'autre jour, donc, alors qu'on torchait un Petit
Chablis de bonne tenue, Juan nous raconte avec son petit accent traînant qu'il
a croisé la voisine en descendant les poubelles. Certes, il faut avoir descendu
pas mal de bouteilles de jaja pour embrayer sur le tri sélectif, mais la
question n'était pas là. La voisine fait comme beaucoup de vieux du coin :
elle n'y comprend rien à ces conneries de tri des déchets — elle n'a
probablement pas très envie de comprendre non plus —, aussi balance-t-elle tout
et n'importe quoi n'importe comment. Juan entreprend donc de la convertir aux
joies du recyclage et au casse-tête quotidien de savoir pourquoi on peut mettre
le pot de yaourt dans le bac jaune, mais pas le gobelet de la cafetière
automatique. La vieille a coupé court à ses tentatives d'évangélisation par un
très définitif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;— Je suis une &lt;em&gt;bonne&lt;/em&gt; Française, moi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Depuis, ces quelques mots hantent mes journées et
mes pensées. Il y a, dans cette petite phrase, tout ce que j’exècre et que je
redoute dans la nature humaine. C'est comme si une sorte de long malaise qui
m'englue et m'obsède depuis des mois venait brusquement de prendre corps. J'ai
eu honte, sur le coup. Honte de faire partie, de par ma seule naissance, de ce
club très fermé des &lt;em&gt;bons&lt;/em&gt; Français.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Les &lt;em&gt;bons&lt;/em&gt; Français, les &lt;em&gt;bons&lt;/em&gt;
citoyens, les &lt;em&gt;braves&lt;/em&gt; gens. &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur&quot;&gt;Quelque
chose de sombre et de rampant sous la surface des jours&lt;/a&gt;. Comme une béance
qui nous tire vers le bas et englue nos pensées. Quelque chose qui n'a pas de
nom, pas de visage, pas d'époque et qui est toujours là, attendant son
heure.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Ce n'est pas juste une vieille crispée du
ciboulot qui crache sa haine au visage de son jeune voisin qu'elle ne trouve
pas assez &lt;acronym title=&quot;Bleu Blanc Rouge : conception raciste de la nationalité française&quot;&gt;BBR&lt;/acronym&gt;.
C'est toute une ambiance qui me pèse depuis des mois et qui éclate froidement
au détour d'un local à poubelles. Ça n'a l'air de rien et c'est tout en même
temps.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Cela me raconte comment j'ai cessé d'argumenter.
Comment j'ai cessé de discuter. Comment j'ai cessé de vouloir échanger. Comment
j'ai cessé d'écrire. Comment les débats sont morts, noyés sous l'invective et
l'anathème. Celui qui n'est pas d'accord avec nous, celui qui n'est pas comme
nous, celui qui ne pense pas exactement comme nous, celui qui ne vit pas comme
comme nous, celui qui n'aime pas les mêmes choses que nous, celui-là est contre
nous. La dialectique du western du fond de la cour de récré. La récession de la
pensée, la déflation des idées, la médiocrité des temps incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Il y a quelques jours, &lt;a href=&quot;http://www.cspinyourface.com/2013/01/lanti-imperialisme-pour-les-nuls.html&quot;&gt;CSP
a décidé d'exclure tous ceux qui n'ont pas les bonnes lectures, les bonnes
fréquentations, les bonnes idées&lt;/a&gt;. J'aime beaucoup CSP. Comme personne. Et
comme penseur. Bien plus radical que moi depuis le début. Aux prises avec ses
propres contradictions, ses propres démons. Comme nous tous. Nécessaire. Qui a
aussi nourri mes réflexions, qui m'a poussée dans certains retranchements
idéologiques, qui m'a permis d'ouvrir le champ de mes explorations politiques,
sociales et humaines. Mais là est la limite. Je n'ai pas autorisé ma famille à
choisir mes amis quand j'avais 13 ans, je n'autorise personne à me dire ce que
je dois aimer, penser, apprécier, discuter, détester 30 ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Et puis &lt;a href=&quot;http://reflets.info/les-sectes-politiques-et-leurs-gourous-soral-asselineau-chouard/&quot;&gt;voilà
un papier sur Reflets au sujet des gourous politiques&lt;/a&gt;. Qui épingle quelques
penseurs un peu douteux qui habillent un fond de commerce plutôt ancré du côté
de La Marine des oripeaux de la mouvance antimondialiste. Et qui oublie
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/07/15/La-lecon-de-morale-de-monsieur-Attali&quot;&gt;d'autres
absolutistes de la pensée&lt;/a&gt;. Peut-être plus légitimes parce que plus
omnipotents dans les médias. Et voilà l'auteur qui se vautre dans des amalgames
douteux et &lt;a href=&quot;http://reflets.info/lettre-ouverte-a-etienne-chouard/&quot;&gt;jette l'anathème sur un
autre de mes potes&lt;/a&gt;, sous prétexte qu'il n'a pas les bonnes
fréquentations.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Je connais suffisamment &lt;a href=&quot;http://etienne.chouard.free.fr/Europe/&quot;&gt;Étienne Chouard&lt;/a&gt; pour savoir qu'on
ne peut le soupçonner de connivence de près ou de loin avec des remugles
idéologiques moisis ancrés dans la xénophobie ou le fascisme. Étienne est
profondément démocrate, profondément humain et il fait partie, comme moi et
comme d'autres, de ce courant de pensée qui considère que la lumière naît du
choc des esprits, qui ne néglige aucune piste, aucun apport, aucun échange, qui
ne se complaît pas dans l'entre-soi et l'autocongratulation.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Il y a eu une époque où des ultralibéraux
lisaient et commentaient mon blog. J'en avais même quelques-uns de plutôt
fidèles qui ne pouvaient s'empêcher de mettre leur grain de sel à chacune de
mes publications. Je trouvais ça très stimulant. Il s'agissait là de personnes
avec lesquelles j'avais assez peu de choses en commun, à part, peut-être, un
goût assez prononcé pour le débat contradictoire. Leurs commentaires argumentés
étaient pour moi une petite gourmandise en ce qu'ils me poussaient dans mes
retranchements intellectuels, me forçaient à justifier mes prises de position,
à creuser mes démonstrations, à remettre en cause mes certitudes et donc, me
permettaient d'évoluer, d'élargir mes horizons, d'agrandir ma pensée. Et puis,
petit à petit, les positions ont commencé à se cristalliser, à s'enliser, le
dialogue est devenu difficile, pesant, et les insultes et les jugements de
valeur ont pris le pas sur le débat. De part et d'autre, on ne critiquait plus
la pensée, mais les personnes. Tout s'est radicalisé. Et mes contradicteurs
sont partis.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Je pense à présent que ce malaise est une
sécrétion de notre époque, que les crispations économiques ont contaminé tout
le corps social d'une colère et d'une frustration croissante qui ne trouvent
pas à s'exprimer. C'est Le Yéti, encore de mes potes, qui a su enfin mettre un
nom à mon long malaise : &lt;a href=&quot;http://yetiblog.org/index.php?post/proces-en-sorcellerie-societe-regressive&quot;&gt;le
temps de la chasse aux sorcières est revenu&lt;/a&gt; et il n'annonce rien de
bon pour la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Chacun est sommé de choisir son camp et de
désigner les &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/11/10/143-anatomie-du-bouc-emissaire&quot;&gt;boucs
émissaires&lt;/a&gt; sur lesquels la frustration des peuples trompés va pouvoir
bientôt se déchaîner.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Choisir son camp. C'est toujours ce que l'on fait
quand la guerre est déjà dans tous les esprits, dans tous les cœurs, comme une
évidence indépassable. Non pas &lt;a href=&quot;http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1519&quot;&gt;la guerre des classes&lt;/a&gt;
&lt;span style=&quot;font-size: smaller;&quot;&gt;(dont j'aimerais bien récupérer le livre
homonyme que j'ai prêté)&lt;/span&gt; qui nous met tous à genoux, mais la guerre de
tous contre tous, la guerre des gueux, organisée par et pour les puissants,
afin qu'ils continuent tranquillement leurs petites affaires entre eux pendant
que l'on se déchirera pour les miettes.&lt;br /&gt;
Le temps des brebis galeuses est revenu.&lt;br /&gt;
Et j'en suis.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2013/01/24/Le-retour-des-bons-Francais#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>La faim d'un monde</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/20/La-faim-d-un-monde</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:a1c2ebb07c437aa6e166b91a36002e3b</guid>
    <pubDate>Thu, 20 Dec 2012 11:45:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>catastrophe</category><category>civilisation</category><category>folie</category><category>humanité</category><category>Les Affabulateurs</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>mort</category>    
    <description>&lt;p&gt;On a beau faire, cette apocalypse s'annonce bien mal emmanchée.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8221486693/&quot; title=&quot;C'est l'heure de rentrer, même s'il est encore tôt... de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8202/8221486693_b7d4780f05.jpg&quot; alt=&quot;C'est l'heure de rentrer, même s'il est encore tôt...&quot; style=&quot;float:right;margin: 0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;335&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Déjà, ça
manque cruellement de délit d'initiés, vous ne trouvez pas ? Une bonne fin
du monde, &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/12/19/01016-20121219ARTFIG00650--bugarach-la-presse-pietine-en-attendant-la-fin-du-monde.php&quot;&gt;
ça se prévoit&lt;/a&gt;, certes, un peu à l'avance, mais surtout, il faut que la date
soit bien confirmée avant de pouvoir commencer à songer à régler ses petites
affaires en cours. Il y a bien eu des fuites, mais rien de très convaincant, en
dehors de l'&lt;a href=&quot;http://www.authueil.org/?2012/12/16/2090-exil-pas-que-fiscal&quot;&gt;évasion
soi-disant fiscale très suspecte&lt;/a&gt; et précipitée d'un gros mangeur vers la
région de Néchin. Parce que franchement, en dehors d'une info de première main
sur la possibilité de passer à travers les mailles du filet apocalyptique,
comment expliquer autrement qu'un type échange un magnifique hôtel particulier
avec piscine en plein cœur de Paris pour un pavillon &lt;em&gt;Sam'suffit&lt;/em&gt; bien
glauque dans un bled sinistre paumé au milieu de nulle part, et tout ça, en
brûlant systématiquement tous ces vaisseaux ? Hein ? Juste pour une
poignée de millions en plus ? À d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Bref, il faut des gens pour vendre la mèche, sinon, aller dire ses quatre
vérités à quelques personnes bien triées sur le volet demain peut s'apparenter
à un suicide social dès lundi prochain quand il faudra &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=t7PDKVLoDJw&amp;amp;hl=fr&amp;amp;gl=FR&quot;&gt;retourner au
taff devant des collègues hilares&lt;/a&gt; et nettement plus prévoyants que vous.
Parce que c'est ça, le truc bandant avec la fin du monde, c'est que ça commence
par être la fin des conséquences. Un monde sans lendemain est un monde où on
n'a pas à assumer ses erreurs, ses conneries, ses lâchetés, ses renoncements,
ni même sa gueule de bois. C'est un monde sans règles, sans contraintes, sans
sanctions, c'est probablement ce qui se rapproche le plus du &lt;a href=&quot;http://esprit-riche.com/depardieu-le-john-galt-francais/&quot;&gt;paradis néolibéral,
la triste réalité en moins&lt;/a&gt;. Dans la vraie vie, on peut effectivement se
lobotomiser à grands coups de mauvaise foi jusqu'à nier superbement les
conséquences sonnantes, trébuchantes et agonisantes de ses décisions égoïstes,
mais dans un contexte de fin globale imminente, tout acte est égal à un autre,
parce qu'il n'y aura plus personne pour présenter l'ardoise à la fin des
festivités.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Le truc, c'est qu'on n'est sûrs de rien. Donc, impossible de flamber tout
le PEL de la famille dans un aller simple sous les cocotiers, histoire d'avoir
une vue imprenable sur le cataclysme, impossible de régler ses comptes, solder
ses rancunes, se libérer de ses chaînes. On est condamné à faire comme
d'habitude jusqu'à preuve du contraire et à s'imaginer, horrifiés, que la
dernière chose que l'on verra du monde sera Ginette, du service comptable, en
train de raconter une blague pas drôle devant la machine à café du deuxième
étage. Ça, c'est plus déprimant que toutes les fins du monde
réunies !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pire ! &lt;a href=&quot;http://observers.france24.com/fr/content/20100311-apocalypse-arrive-preppers-ont-tout-prevu-catastrophe-survivalisme-etats-unis&quot;&gt;
Il y a des gens qui misent sur leur survie&lt;/a&gt; ! Des gens qui dépensent
sans compter depuis des mois, voire des années, pour se bunkériser dans un
placard à godasses avec un an de haricots Heinz sur les étagères et deux fois
le stock d'armes des Men in Black dans le buffet pour s'assurer une bonne place
dans le monde d'après.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Putain, rien qu'à l'idée que je pourrais survivre à la fin de la
civilisation pour me retrouver &lt;a href=&quot;http://www.linternaute.com/actualite/societe-france/mais-qui-croit-vraiment-a-la-fin-du-monde-1212.shtml&quot;&gt;
sur la même planète que ces mecs-là&lt;/a&gt;, ça me file gravement le bourdon !
Ce serait comme maintenant, mais sans la douche chaude et Internet et avec plus
que des killers pétomanes comme voisins ! Franchement, vous avez toujours
envie de survivre ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parce que voilà, ce qui est bien, avec la fin du monde, c'est que c'est un
peu comme la fin de soi (qui, elle, est totalement certaine et garantie !)
sauf qu'on peut la mettre sur Google Agenda et qu'on est sûr de ne rien rater
ensuite. Tout comme on est sûr que personne ne dira de conneries sur notre
tombe et ça, c'est quand même vachement réconfortant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qui est aussi très réconfortant, mais à un point tellement inimaginable
que cela doit bien expliquer en partie l'engouement pour ce genre de mauvaise
nouvelle, c'est qu'il n'existe absolument rien de plus démocratique et
égalitaire qu'une bonne fin du monde rondement menée.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Franchement, n'est-il pas réjouissant de penser que Madame Merkel n'a
rigoureusement pas plus d'avenir que les Grecs qu'elle a si méticuleusement
conduits au bord du &lt;a href=&quot;http://www.presseurop.eu/fr/content/article/3182321-une-societe-traumatisee&quot;&gt;suicide
collectif&lt;/a&gt; ? C'est un peu comme un remake géant des écuries d'Augias,
sauf que les chevaux aussi vont y passer. Demain, on nettoie toute la merde, on
atomise les blaireaux, les crétins, les profiteurs, les voleurs, les menteurs,
les corrompus, les pollueurs, toute la bande d'incompétents qui nous mène
tambour battant au bord du précipice dans le plus bel élan de saloperie
collective de notre espèce qui n'est pourtant pas novice en la matière.
Nettoyés les banquiers, les patrons, les petits-bras, les gros riches et les
faméliques. &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/12/19/A-la-louche&quot;&gt;Tout le monde est sur le
même bateau&lt;/a&gt; et il n'y aura de canot de sauvetage pour personne.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Je pense que c'est cette idée qui rend cette fin du monde tellement
populaire. Du passé, faire table rase. &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/11/13/Le-grand-soir&quot;&gt;Une grande aspiration révolutionnaire de
sans-couilles&lt;/a&gt;, puisque finalement, on attend tranquillement que la fatalité
se charge du boulot à notre place. On attend la fin, comme on a attendu tout le
reste, comme &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2006/04/17/198-la-vache&quot;&gt;un gros troupeau de
bovidés blasés et résignés&lt;/a&gt;. Une fin de règne animal, le suicide d'une
espèce.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Donc, il va y avoir pas mal de déçus dans les jours qui viennent. Et c'est
peut-être à partir de ce moment-là que les choses vont devenir nettement plus
intéressantes. L'idée que notre univers n'en a rien à secouer de nous. Qu'il
n'existe pas de &lt;em&gt;Deus ex machina&lt;/em&gt; pour liquider le bordel à notre place.
Pas plus qu'il n'y a eu d'&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/04/Le-jour-ou-rien-ne-changea&quot;&gt;homme providentiel&lt;/a&gt; jailli des
urnes pour nous ouvrir la voie vers des lendemains qui chantent.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Ni Dieux, ni maîtres, ni extra-terrestre, que dalle, bernique... juste
nous !&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;Juste nous, nos vies, nos choix, nos renoncements et notre incapacité
actuelle à prendre nos destins en main, à accepter l'idée que la vie, c'est
agir et non subir.&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/20/La-faim-d-un-monde#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Infidélité délibérée</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/18/Infidelite-deliberee</link>
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    <pubDate>Tue, 18 Dec 2012 18:44:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>consommation</category><category>libéralisme</category><category>marchand</category><category>marketing</category><category>société</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Petit à petit, je me défais de mes réflexes conditionnés.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/2761701279/&quot; title=&quot;Scène de la vie ordinaire de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm4.staticflickr.com/3109/2761701279_dd39ce1ec8.jpg&quot; alt=&quot;Scène de la vie ordinaire&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;À moment donné, j'ai voulu juste délester mon
portefeuille. Au fil du temps, il était devenu une petite chose bombée et
lourde, et ses nombreux compartiments dégueulaient de rectangles de plastique
colorés. Même si je déconsomme au maximum — peut-être pas encore aussi
radicalement que nos amis Grecs, Portugais et Espagnols, mais je sens que ce
n'est là qu'une sorte de contretemps historique — j'avais encore la poche
gonflée de ces cartes qui te promettent immanquablement quelques bonnes
affaires, voire, carrément, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/11/28/Un-certain-ressenti-du-pouvoir-dachat&quot;&gt;du pouvoir d'achat&lt;/a&gt;
en échange de ta constance à toujours aller dépenser le fric que tu n'as pas
dans les mêmes bouges qui te fourguent ce dont tu n'as pas besoin. &lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Voilà qui était assez contrariant. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Que faire de cette accumulation encombrante ? &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Comment rationaliser le flux consumériste ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, j'ai dématérialisé. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;C'est un truc très contemporain que de dématérialiser. On transforme petit à
petit notre environnement en des séquences ordonnées de 0 et de 1. Très
propres, très moderne. On dématérialise les échanges, les livres, la paperasse,
les photos, les souvenirs, l'argent, les amis... pourquoi ne pas dématérialiser
l'invasion plastique de mes cartes de fidélité ? Je télécharge donc une
application dédiée et voilà tous mes assistants de transaction transformés en
petits codes barre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Voilà qui est bien pratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;J'arrive à la caisse, je farfouille mon interface digitalement sensible, je
sors le bon code-barre de la bonne enseigne et je présente l'écran au scanner.
C'est tellement beau qu'on croirait un film de science-fiction ! Sauf que
c'est la vraie vie, et que dans la vraie vie, la technologie, c'est plutôt
&lt;a href=&quot;http://vaillantarchi.canalblog.com/archives/2011/06/03/21307649.html&quot;&gt;l'effet
Bonaldi&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Ça a commencé avec la carte Carrefour. Non content de produire une
application dédiée qui bouffe plein d'espace disque du téléphone — parce que
l'espace qu'on gagne dans les poches, on le perd dans les mémoires virtuelles —
Carrefour a aussi dématérialisé les bons de réduction que l'on accumule à force
de présenter son code-barre en caisse, pour prouver qu'on est un bon
client.  Accumuler, n'est-ce pas là l'essence du capitalisme ?
N'est-ce pas terriblement fair-play que d'ouvrir les plébéiens aux joies de
l'accumulation ? &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Sauf que, pour obtenir l'accès au bon de réduction dématérialisé, il faut
rentrer un code. Et que pour avoir le code, il faut appeler une foutue
plate-forme téléphonique où l'on se tape des plombes de disque-robot tout
pourri et, bien sûr, surtaxé, avant de tomber sur une opératrice délocalisée
dans un quelconque paradis pour le fric et enfer pour les gens. Voilà qui
relativise brusquement l'aspect pratique de la chose. Sans compter que
l'opératrice m'accuse de n'être pas le titulaire de la carte, lequel devra donc
rappeler le disque surtaxé en espérant parvenir à convaincre quelqu'un de lui
fournir le foutu code.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Là, j'ai commencé à douter salement des bienfaits de la modernité
matérialiste dématérialisée et je me suis souvenue que tout ce merdier, c'était
quand même essentiellement pour tracer mes habitudes de consommation, les
archiver, les disséquer, les vendre et les revendre à des tas de compagnies
assez dématérialisées, elles aussi — surtout en droits sociaux — qui vont me
pourrir la vie à me démarcher au téléphone pour des vérandas au Pôle Nord et
que le bon d'achat est finalement un bien maigre dédommagement pour tous ces
désagréments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc désinstallé l'appli Carrefour et libéré ainsi bien plus que de
l'espace disque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Chez Décathlon, c'est un peu pareil. Ils ont lancé une jolie application
mobile qui a dématérialisé tout le programme de fidélité et quelques
caissières, aussi, en passant. Sauf que leurs scanners sont du genre à ne pas
vouloir scanner les écrans de portable. C'est parfois tellement tonifiant, le
progrès, surtout quand on s'escrime seule devant un écran vaguement tactile à
rentrer à la main un foutu bon d'achat de 23 chiffres dans une interface
manifestement pas prévue pour ça ! Et c'est tellement mieux quand ça tombe
un samedi et qu'il y a toute l'équipe de rugby du coin derrière moi qui se
racle la gorge et se contracte les scrotums en attendant son tour. Sans compter
la température purement apocalyptique des grandes surfaces en tôle ondulée
surchauffées l'hiver et congelées l'été avec une amplitude à mettre à genou au
moins trois centrales nucléaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Le moment est juste arrivé où je me suis vue, dégoulinante et hystérique,
tapotant frénétiquement un écran manifestement hostile devant une foule
grognante et à bout de patience.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Pathétique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;J'ai juste laissé tomber : la caisse, les trucs dont je n'avais pas
tellement besoin, dans le fond, en fait, le bon de réduction qui commençait à
bien me coûter, ne serait-ce qu'en estime de soi, et puis tout le reste
avec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;J'ai désinstallé l'appli Décathlon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;J'ai regardé ce qui encombrait la mémoire du téléphone et mon temps de
cerveau disponible et j'ai tout benné. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Absolument tout.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Parce que franchement, ça commence à bien faire toutes ces
conneries ! &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;L'idée même que l'on me donne de l'argent pour que je fasse mes courses
aurait dû me faire tiquer depuis longtemps. Mais voilà, l'univers du coupon, de
la réduction, de la bonne affaire, de la promo éclair et de la carte de
fidélité nous pousse sans cesse à la faute financière tout en nous faisant
croire qu'on est quand même vachement rusés de leur soutirer toutes ces miettes
d'argent qui ne leur coûte probablement pas grand-chose de plus qu'un tour de
table humiliant supplémentaire pour pressurer les fournisseurs ou un appel
d'offre encore plus radin pour inciter les sous-traitants à toujours plus
maltraiter ceux qui fabriquent comme des esclaves des tas d'objets merdiques
dont nous n'avons, en réalité, absolument pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;En fait, je vais travailler ma fidélité toute seule, comme une grande et
comme une antiquité prémoderne. Je vais continuer à aller chez Émilie, la
maraîchère de Maulichère, avec ses petits légumes qu'elle sort elle-même de la
terre ocre de Gascogne. On va se raconter des histoires du coin, parler du
temps qu'il fait, s'échanger deux recettes et se saluer d'un sourire en
attendant la semaine prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Une vraie femme</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/03/Une-vraie-femme</link>
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    <pubDate>Sun, 02 Dec 2012 18:22:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Cinefil</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>documentaire</category><category>femmes</category><category>film</category><category>histoire</category><category>mémoire</category><category>ruralité</category><category>vieux</category><category>voyage</category>    
    <description>&lt;p&gt;La première fois que j'ai vu Renée Bagelet, elle n'était même pas là.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8234692910/&quot; title=&quot;Renée Bajelet de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8489/8234692910_ab841ac125.jpg&quot; alt=&quot;Renée Bajelet&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;C'était pourtant déjà une rencontre. L'histoire peu commune d'une
femme qui force le respect. Une paysanne, dure à la tâche, qui jure comme un
charretier et qui emmerde le reste du monde quand on se permet de juger son
mode de vie. Cette rencontre, c'était d'abord une histoire de cinéma ou comment
&lt;a href=&quot;http://www.reneduranton.fr/&quot;&gt;René Duranton&lt;/a&gt;, lui aussi une sorte
d'anarchiste dans notre monde tellement consensuel, avait décidé de faire du
cinéma à sa façon : autoproduit, autodistribué, loin des circuits
commerciaux et des aides à la culture, le bonhomme trace son sillon et montre
des gens d'exception qui font vivre une certaine forme de tradition dans les
campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-là, comme tant d'autres, il avait donc loué notre cinéma pour y
passer son film du moment, &lt;a href=&quot;http://www.reneduranton.fr/presentation-femme-paysanne.html&quot;&gt;Femme
paysanne&lt;/a&gt;, le portrait de Renée Bagelet, une femme de la région de Moissac
qui tenait toute seule une ferme et labourait avec ses vaches. Oui, en France
et au vingt-et-unième siècle ! Juste parce qu'elle le voulait. Et passent
deux heures avec Renée, ses vaches, son chien, ses volailles et ses jambes
déformées par une vie de labeur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Rien que de la voir bosser, je suis crevée.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est ma fille qui me glisse ça avant de s'endormir sur mon épaule. Le
temps a passé, la gosse a grandi et &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/05/21/Femme-paysanne&quot;&gt;Femme paysanne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; repasse au bled, sans
son réalisateur, cette fois, mais avec son interprète principale dans la salle.
Dix ans que le film a été tourné et elle tient toujours sur ses quilles, Renée,
même si elle est courbée par les douleurs, même si le soleil et le vent ont
encore un peu plus tanné sa peau.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je suis allée à sa rencontre tout à l'heure, faire le poisson-pilote avant
la projection. Ça m'arrive de temps en temps de faire le poisson-pilote, disons
plutôt la conversation, à des acteurs ou des réalisateurs de passage, aux
invités du cinéma. Généralement, je ne m'en sors pas trop mal pour tenir le
crachoir et distraire les invités.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Finalement, vous n'êtes peut-être pas aussi bête que vous en avez
l'air.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Renée vise juste et sec. Je pense que c'est une sorte de compliment. Ou pas.
J'ai au moins le bénéfice du doute. C'est que loin du cinéma paysan, Renée
Bagelet est plutôt une coriace, ascendant dure-à-cuire. Faut dire qu'il n'y a
pas que le grand air qui lui a fait la couenne. Trimer 12 ou 14 h par jour,
même à 80 balais passés, ce n'est là pour elle qu'une chose parfaitement
naturelle. Ce n'est pas compliqué, elle ne connaît que ça, elle ne s'imagine
même pas une autre vie. Non, ce qui fait sa fierté, ce sont ses choix de femme
et le premier d'entre eux, c'est avoir viré son mari de chez elle quand le
gamin n'avait encore que 18 mois.&lt;/p&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mon fils, on l'avait commandé à l'avance, si vous voyez ce que je veux
dire, mais après le mariage, je me suis rapidement rendu compte que mon mari
était un bon à rien : il buvait, il fumait, il courait le jupon et en
plus, il n'était pas bien vaillant. Un jour, plutôt que d'acheter du lait pour
le petit, il a préféré prendre du tabac. Je n'ai fait ni une ni deux :
ouste, dehors !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et vous n'avez jamais repris un compagnon ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oh si, une fois, bien plus tard, très gentil, mais il était trop copain
avec le rhum. Dehors aussi !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et depuis tout ce temps, vous vivez seule ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben oui, pourquoi ? Je n'ai pas besoin d'un homme. Qu'est-ce que
j'en ferais ? J'ai des copains, ça oui, mais je ne veux pas les garder au
lit, leurs jambes prennent toute la place.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Elle a le regard vif, incisif, une petite moue amusée au coin des lèvres.
Elle est à deux mille lieues du cliché de la bouseuse un peu épaisse. De l'oie
blanche. Elle aime choquer, elle s'en amuse. Mais elle a du mal à arquer. Je
lui propose mon aide pour se relever.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais laissez-moi me débrouiller ! Je dois me débrouiller. Sinon,
comment voulez-vous que je fasse quand je suis seule ? Il n'y a personne
pour m'aider, à la maison. Quand j'ai fini ma journée, même si c'est à dix
heures ou minuit, il faut encore que je me fasse la soupe, sinon, je ne mange
pas.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, vous avez raison. C'est exactement ce que j'essaie d'apprendre à ma
fille.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fière et libre. Implacablement libre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je sais ce que l'on dit de moi, va. Que je suis une originale ! Une
emmerdeuse. Et il y en a qui sont jaloux, à cause du film. C'est bien, ce film.
Il m'a permis de rencontrer plein de gens. Et de voyager. Monsieur Duranton m'a
emmenée dans plein d'endroits pour présenter le film, tous frais payés, bien
sûr. J'ai adoré la Bretagne et j'aimerais bien y retourner. Même si j'ai été
malade presque tout le voyage, la dernière fois.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Renée voyage et se fait inviter. Elle profite sans vergogne de sa petite
notoriété. Pour découvrir et pour emmerder un peu le monde aussi, ceux qui
bavassent. &lt;strong&gt;L'originale&lt;/strong&gt;. Il faut avoir vécu dans certains
cercles pour bien comprendre ce qu'il y a de péjoratif et condescendant dans ce
simple mot. Et puis surtout, il faut imaginer quelle force et quel courage il a
fallu à Renée pour prendre son destin en main. Imaginer ce que signifie pour
une jeune mère de 23 ans, dans la cambrousse de 1953, pour refuser le joug d'un
bonhomme &lt;em&gt;pas très vaillant&lt;/em&gt;, comme elle dit. Elle m'a fait penser à
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/03/24/La-vaca-del-puta&quot;&gt;ma grand-mère&lt;/a&gt;, avec le même
corps meurtri par des années de labeur, l'amertume en moins. Parce que ma
grand-mère, elle aussi, avait eu un sale bonhomme comme mari, mais comme
beaucoup trop d'autres femmes, elle l'avait subi toute sa vie durant. Toute sa
vie à servir un parfait égoïste, seulement soucieux de son petit confort et de
son bon plaisir, laissant à la femme le soin de faire tourner le ménage et de
nourrir les gosses quand il préfère aller s'amuser avec les potes ou courir la
gueuse. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Même pas un merci. Il n'a jamais été content. Il ne m'a jamais parlé que
pour se plaindre quand il n'aimait pas ce que je lui cuisinais ou quand ce
n'était plus assez chaud parce qu'il était rentré en retard.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Mais pourquoi tout ce temps ? Pourquoi ne pas
divorcer ?&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Et avec quoi ? Et comment ? C'était la crise du logement, on
ne pouvait pas partir.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Alors elle avait pris son mal en patience. Pendant un demi-siècle. Jusqu'à
ce que la mort les sépare. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Enfin.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Renée, elle doit être une sanguine. Et une femme de tête. Elle ne s'est pas
emmerdée à savoir comment elle allait se débrouiller pour vivre. Elle savait
parfaitement comment faire. Elle l'a juste jeté dehors. Ce qui est
logique : pourquoi est-ce que ce serait toujours à la femme de
partir ?&lt;br /&gt;
Je la regarde d'un autre œil. &lt;/p&gt;
&lt;div&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Vous n'avez pas envie de vous reposer, un peu ? De ne plus bosser
aussi dur ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais c'est que je les aime, mes vaches, vous comprenez ? J'aime
m'occuper de mes vaches. Et j'aurai tout le temps de me reposer quand je serai
morte.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/12/03/Une-vraie-femme#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le grand soir</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/11/13/Le-grand-soir</link>
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    <pubDate>Tue, 13 Nov 2012 18:44:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>Amériques</category><category>bonheur néolibéral</category><category>civilisation</category><category>confiscation démocratique</category><category>corruption</category><category>guerre</category><category>international</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>pauvreté</category><category>violence</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;span&gt;Cela fait tellement de temps qu'on en a marre de tout ça, que je ne me
souviens plus d'avant.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Et pourtant, j'ai toujours cette impression
persistante de chute interminable et de fuite en avant.&lt;br /&gt;
Et pourtant, malgré toutes ces frustrations, ces colères et ces belles envolées
lyriques, plus ça va mal et plus on ne fait rien.&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8178170629/&quot; title=&quot;Lutte de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8201/8178170629_25e91a6299.jpg&quot; width=&quot;500&quot; height=&quot;335&quot; alt=&quot;Lutte&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Manière, c'est pas compliqué : dès que ça pète, je sors le manche
de pioche !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p style=&quot;margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;Puis, il
retourne tranquillement négocier sa vie somme toute assez plaisante entre le
travail que l'on est bien content d'avoir gardé dans la tourmente et &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2007/12/31/Six-degres-de-realite&quot;&gt;les petites compensations&lt;/a&gt; que l'on
s'octroie régulièrement pour oublier combien les temps sont durs et l'horizon
des jours nouveaux lointain et incertain.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;C'est
marrant, c'est exactement cette ambiance foutraque que le &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Groland&quot;&gt;duo Délépine/kervern&lt;/a&gt;, les deux
clowns les plus déprimés de l'histoire de la contestation sociale, a si bien
décrite dans son film &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Soir_(film,_2012)&quot;&gt;Le Grand Soir&lt;/a&gt;. La
désespérance des déchus, des jamais soumis, des marginaux qui se heurte de
plein fouet avec la résignation consumériste de ceux qui sont encore dans
&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://sergecar.perso.neuf.fr/cinema/matrix.htm&quot;&gt;la
matrice&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et s'offrent &lt;a href=&quot;http://www.cqfd-journal.org/L-indignation-tranquille&quot;&gt;des indignations à bon
compte&lt;/a&gt; avant d'aller s'acheter au prix du sang et de la sueur le dernier
gadget à la pomme totalement hors de prix et de propos.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;En
fait, &lt;a href=&quot;http://www.boston.com/bigpicture/2012/11/austerity_protests.html&quot;&gt;c'est en
train de péter&lt;/a&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;Là, juste
maintenant, &lt;a href=&quot;http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/costa-rica-une-democratie-en-deuil-125689&quot;&gt;
sous nos yeux et partout&lt;/a&gt;. Les gouvernements aux ordres de la finance, des
organisations commerciales, des multinationales tapent dur et fort sur les
peuples du monde, sous des &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/10/12/zone-euro-il-n-y-a-pas-d-alternative-a-la-reduction-de-la-dette-pour-berlin_1774308_3234.html&quot;&gt;
prétextes plus ou moins vaseux&lt;/a&gt;, dont le manque d'imagination et de
crédibilité traduit manifestement un grand laissé-aller dans &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/02/05/La-grande-illusion&quot;&gt;le carnaval pseudodémocratique&lt;/a&gt;. C'est
gravement en train de péter de partout, les coups d'États financiers ouvrent la
voie aux coups d'État parlementaires qui eux-mêmes s'assoient pesamment sur les
Constitutions de plus en plus de pays et tout cela provoque partout et en ce
moment &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/2012/11/12/espagne-en-crise-chroniques-de-vies-retrecies-en-attendant-le-pire-236943&quot;&gt;
la misère des peuples&lt;/a&gt; et la révolte des opprimés les plus désespérés dans
l'indifférence polie du plus grand nombre. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;Sur tous
les continents, les conditions de vie de plus en plus de personnes se dégradent
significativement selon, toujours, les mêmes modalités : l’explosion de la
bulle immobilière américaine a ravagé la classe moyenne laborieuse, avant de
s'étendre à l'ensemble de la planète par de très astucieux jeux de
contamination financière interbancaire, jusqu'à ce que tout le casino
planétaire tremble sur ses fondations. À ce moment-là, les rois du bonneteau
financier international ont fait un énorme tapis en réclamant l'aide
inconditionnelle des finances publiques sous la menace d'un
effondrement total de civilisation. Abondamment nourris et financés
par ces géants de pognons aux pieds d'argile, les dirigeants des démocraties
mondiales, censés représenter les intérêts des peuples qui les ont portés au
pouvoir, ce sont empressé de vider les coffres des nations pour que &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/tags/paradis_fiscaux&quot;&gt;les grandes lessiveuses à essorer la
richesse collective&lt;/a&gt; ne ralentissent surtout pas le rythme. Et ensuite, ces
mêmes instances financières sont venues chouiner que le braquage des peuples
avait quelque peu compromis leur capacité à rembourser leurs dettes iniques
nées pour la plupart du &lt;a href=&quot;http://www.creationmonetaire.info/&quot;&gt;changement
constant des règles budgétaires et monétaires&lt;/a&gt; et dont la ligne directrice
depuis 40 ans pourrait se résumer ainsi : &lt;q&gt;&lt;strong&gt;privatiser les gains
et les ressources, socialiser les pertes !&lt;/strong&gt;&lt;/q&gt; Et les
gouvernements corrompus se sont empressés de détourner leurs mandats
prétendument démocratiques pour organiser &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2010-05-26-La-dette-publique-ou-la-reconquista-des&quot;&gt;
la grande purge des populations au bénéfice d'une toute petite élite financière
pourtant déjà gavé jusqu'à la glotte&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;De
serrages de ceinture permanents en reculs sociaux concertés, tout ce qui avait
été plus ou moins mis en place dans le cadre du &lt;a href=&quot;http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article2029&quot;&gt;grand contrat social
entre ceux qui créent les richesses par leur travail et ceux qui font du gras
en prélevant leur dîme indécente dessus&lt;/a&gt;, est en train d'être définitivement
détruit. Là où la société exige le respect des règles et des contraintes de la
vie collective, l'aliénation d'une part de nos libertés, en échange du
bien-être et de la sécurité, il ne reste plus qu'une sorte d'immonde simulacre
de la loi de la jungle. Et quand il n'y a plus rien à sacrifier, plus rien à
quoi renoncer, quand on a déjà tout perdu, tout ce à quoi l'on croyait, tout ce
à quoi on voulait nous faire croire, il ne reste plus alors que le désespoir,
la mort ou la révolte. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;Partout,
en ce moment, dans le monde, des gens se soulèvent. Ils dénoncent le grand
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/04/Le-jour-ou-rien-ne-changea&quot;&gt;hold-up du siècle&lt;/a&gt;.
Ils ont pris conscience de l'ampleur du désastre et se retrouvent confrontés
aux matraques de ceux qui étaient censés les protéger. Mais ce ne sont que
quelques poignées d'enragés, quelques vagues de désespérés, rien qui n'agite
encore les courants forts de la révolte sous &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/30/Quand-la-merde-monte&quot;&gt;la ligne de flottaison des foules
placides&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;On râle,
on serre les boulons, on bricole, on traficote à droite et à gauche, on tente
de tenir. Juste encore un peu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;En
attendant quoi ? En attendant qui ? &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;La
cavalerie ? Le sauveur ? Le putain de grand soir ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;Le grand
soir, c'est nous. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot; margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;&quot;&gt;
&lt;span style=&quot; font-family:'Times'; font-size:medium; color:#000000;&quot;&gt;Et pendant
que je vois ces millions de petites fenêtres qui clignotent de publicités et de
fausses nouvelles dans le jour déclinant, ces millions de petites histoires
transies et honteuses qui s'imaginent vivre dans une autre époque révolue, ces
millions de petites lueurs dispersées qui ne parviennent plus à faire reculer
les ténèbres, je me dis que le grand soir s'est égaré quelque part au fond de
la cinquième étagère de la travée 4 de l'Auchan ou de l'Ikéa du coin et
que nous tous, on l'a bien profond dans le cul !&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=-=-=-=-=&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Powered by &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blogilo.gnufolks.org/&quot;&gt;Blogilo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/11/13/Le-grand-soir#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le délire des grandeurs</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/11/09/Le-delire-des-grandeurs</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5b86ff9c1257a351926e659d0e48e319</guid>
    <pubDate>Fri, 09 Nov 2012 16:57:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Pol-éthique</category>
        <category>bouquin</category><category>civilisation</category><category>confiscation démocratique</category><category>corruption</category><category>démocratie</category><category>guerre</category><category>humanité</category><category>international</category><category>inégalités</category><category>Les Affabulateurs</category><category>libéralisme</category><category>multinationales</category><category>médias</category><category>politique</category><category>société</category><category>économie</category><category>élection</category>    
    <description>&lt;p&gt;Il y a quelque temps, quelqu'un m'avait envoyé &lt;a href=&quot;http://www.amazon.fr/La-Gr%C3%A8ve-Shrugged-Ayn-Rand/dp/2251444173&quot;&gt;&lt;em&gt;La
Grève&lt;/em&gt; de Ayn Rand&lt;/a&gt; pour que je lui donne mon avis.&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Guns de Le Monolecte, sur Flickr&quot; href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8167285460/&quot;&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img style=&quot;float: right; margin: 0 0 5px 5px;&quot; src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8482/8167285460_a0ed718601.jpg&quot; alt=&quot;Guns&quot; width=&quot;500&quot; height=&quot;335&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Je n'avais absolument aucune idée de ce dont il
s'agissait et afin de garder l'esprit ouvert et libre de toute influence, je
m'étais abstenue de m'informer de quelque manière que ce soit de la genèse du
bouquin. C'est donc sans aucun préjugé que j'ouvris ce fort réjouissant pavé de
1 170 pages, parce que, comme lectrice, j'ai tendance à apprécier
particulièrement les gros pavés à caler les armoires normandes.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;À cause du titre, je m'attendais tout de même un peu à un
bon gros roman social, avec de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee&quot;&gt;la lutte des
classes&lt;/a&gt; et tout, et des gens nobles et courageux, âpres à la tâche, durs
sur les idéaux, qui à force de pugnacité et de révolte, gagnent
&lt;strong&gt;forcément&lt;/strong&gt; à la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Quelque part — mais je dis bien « quelque
part » —, c'était bien le sujet du bouquin, sauf qu'il vient d'un point de
vue, pour le moins... différent.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Dès le départ, la manière partisane dont sont décrits les
gens du peuple, les présentant comme de sales parasites qui se complaisent dans
leur merde et n'ont d'autres buts que d'y entraîner les autres ; et les
riches, a contrario, comme des êtres particulièrement grands, beaux,
intelligents et, pour tout dire, supérieurs en tous points, me mit extrêmement
mal à l'aise. Mais, je le répète, bien à l'abri de toute connaissance prémâchée
quant au livre qui me pesait salement sur les biceps, je pensais qu'il s'agit
là d'une intéressante manière de décrire l'état d'esprit de &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/11/08/Effet-ciseau&quot;&gt;mes ennemis de classe&lt;/a&gt; en se collant dans la
peau d'un narrateur qui verrait leur monde à travers leur regard dément. En
gros, j'en arrive à croire que mon malaise est une manœuvre littéraire des plus
subtiles de la part de l'auteur (dont j'ignore jusqu'au sexe) et que le
retournement de situation final, quand le peuple méprisé va montrer à tous ces
péteux imbus d'eux-mêmes qui crée vraiment les richesses, que ce retournement,
va être un grand moment de joie féroce et de soulagement quand il arrivera.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Et ainsi s'écoulent des pages de plus en plus lourdes et
douloureuses à lire, avec des envolées lyriques monstrueuses qui ne sont pas
sans rappeler la propagande extatique du troisième Reich. Et forcément, au bout
d'un moment, un doute affreux m'étreint : mais qu'est-ce donc que ce
cadeau empoisonné que je lis avec une nausée de plus en plus persistante ?
Pas besoin d'être sortie d'une grande école pour deviner à force que la
révélation finale de ce pavé psychotique international sera que le monde
s'effondrera si les riches se mettent en grève de tout leur génie sublime et
incompris dont ils abreuvent en permanence la chienlit populaire dans leur
grande mansuétude, ce ramassis d'hypocéphales dégueulasses et grotesques qui se
vautrent dans la fange de leur infériorité génétique et sociale bien méritée.
Et là, je commence à penser que je suis en train de perdre de bien belles
heures de ma vie à me fader le délire paranoïaque et monstrueux d'un auteur
manifestement sociopathe. Je balance le pavé à mi-course alors qu'il me tombe
des mains sous l'effet d'une répulsion physique insurmontable et me demande
s'il ne va pas me falloir quelques bonnes séances avec un praticien spécialisé
pour réparer les dégâts probablement causés à mon psychisme pour avoir si
longuement vu le monde à travers les yeux de personnes aussi tordues.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Évidemment, j'ai fini par demander à Google de bien
vouloir m'explique ce sur quoi je venais de me putréfier l'esprit et je
découvris avec une horreur non feinte que cet étron littéraire — parce que même
le style est d'une lourdeur crasse et indigeste — est la bible, que
dis-je ? le livre de chevet, la référence indépassable de tout ce que
notre monde de merde compte de thuriféraires du Marché triomphant et de la
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/04/21/De-quoi-Monsanto-est-il-le-nom&quot;&gt;Main invisible qui se
gratte les couilles&lt;/a&gt; chaque matin en se foutant éperdument de la gueule de
99 % de la population humaine de cette planète.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Forcément, me voilà subitement mieux armée pour comprendre l'incroyable
absurdité du monde tel qu'il a été pensé et mis en œuvre par les adorateurs de
cette foutue psychopathe. &lt;/h4&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Il existe donc une certaine quantité de personnes sur
cette planète qui sont convaincues d'être, en quelque sorte, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/L'%C3%89thique_protestante_et_l'esprit_du_capitalisme&quot;&gt;
naturellement supérieures à toutes les autres, comme un don ou une élection
divine&lt;/a&gt;. Il faut bien comprendre que non seulement ces gens existent, mais
surtout qu'ils n'ont de cesse de prendre le pouvoir, tout le pouvoir, de toutes
les manières possibles et imaginables, juste parce qu'ils pensent que leur
supériorité le justifie et que cela suffit très largement à asseoir leur
légitimité.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Bien sûr, le principal problème de ces gens, c'est
l'énorme masse des autres. Les restes du monde. Cette foule gigantesque des
médiocres qui sont trop stupides pour se rendre compte naturellement de la
magnificence des élus, et de l'absolue nécessité qu'ils ont de leur laisser
gérer à leur façon (forcément la meilleure, puisqu'ils sont excellents, c'est
dans leur sang, dans leurs gènes !) les affaires de la planète.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Cette petite oligarchie autoproclamée préexiste à la
« philosophie » de Ayn Rand et de ces potes zélateurs dont la liste
serait bien trop longue, mais au nombre desquels figurent pas mal de gens assez
peu recommandables comme les &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Hayek&quot;&gt;Hayek&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Friedman&quot;&gt;Friedman&lt;/a&gt; et leur descendance
idéologique tordue des &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/1996/08/GEORGE/5779&quot;&gt;Chicago Boys&lt;/a&gt;, mais
aussi le gros de la brochette d'&lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Les_editocrates-9782707158697.html&quot;&gt;éditocrates&lt;/a&gt;
bien de chez nous qui nous pourrissent le PAF depuis tellement longtemps que
c'est à se demander s'ils ne se sont pas clonés pour pouvoir continuer à nous
pondre dans la tête bien au-delà de ce que les limites biologiques de la vie
humaine peuvent décemment leur permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;C'est &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2005/03/17/68-the-corporation&quot;&gt;ce
ramassis de psychopathes&lt;/a&gt; — parce qu'il convient d'appeler les choses par
leur nom pour bien comprendre de quoi l'on parle — qui construisent depuis des
décennies des &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/10167&quot;&gt;théories
socio-économiques délirantes&lt;/a&gt; sur lesquelles sont fondées nos sociétés
actuelles avec les succès que l'on connaît : crises perpétuelles, guerres
sans fin, gaspillages colossaux, destruction accélérée de la biosphère, pillage
des ressources naturelles, augmentation continue de la faim, de la pauvreté, de
la misère et de l'exclusion dans un monde d'abondance où il n'y a jamais eu
autant de richesses produites pour un aussi médiocre résultat. Et chaque fois
que le doute étreint les peuples quant à la pertinence de ces choix de société,
l'oligarchie autosatisfaite — car toujours servie en premier — ne cesse de
répéter qu'&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/04/15/Jusqu-a-ce-que-mort-s-en-suive&quot;&gt;il faut
toujours aller plus loin dans son projet de société&lt;/a&gt; pour en voir les
hypothétiques retombées bénéfiques pour le plus grand nombre et que ça ne
marche pas aussi bien que cela ne le devrait, juste parce que nous sommes trop
cons pour bien comprendre la beauté du dessein et que nous persistons à traîner
des pieds alors que nous devrions foncer vers le précipice insondable de leur
monde égoïste et mortifère vent debout sur l'accélérateur et en klaxonnant
joyeusement l'hallali en prime, s'il vous plaît !&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Voilà donc comment nous avons laissé une classe sociale
minoritaire et terriblement égocentrique diriger la destinée humaine sous
prétexte que ses membres étaient manifestement &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2006/08/31/Le-meilleur-dentre-eux&quot;&gt;les meilleurs d'entre nous&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Voilà donc comment nous avons fini par croire comme les
imbéciles qu'ils se plaisent à voir en nous que l'on pouvait construire une
civilisation entière sur &lt;strong&gt;l'idée grotesque que de la somme des égoïsmes
jaillirait naturellement le bien-être commun&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Voilà donc comment nous avons laissé chaque jour un peu
plus la sphère économique partir en roue libre et dévaster chaque jour un peu
plus notre seul bien commun : la planète que nous devons forcément
partager.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Voilà comment s'est organisée &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/04/13/Negation-du-politique&quot;&gt;l'impuissance du
politique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ou comment en privant les représentants des peuples de
tout levier matériel de décision, nous avons laissé l'idéal démocratique se
transformer en &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/16/L-illusion-democratique-au-service-du-capitalisme&quot;&gt;un immense
spectacle clinquant&lt;/a&gt; dont l'unique objectif est de détourner notre attention
de la confiscation économique que nous subissons tous, chaque jour un peu
plus.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;J'ai repensé à l'horrible bouquin de Ayn Rand ces
derniers jours en contemplant, médusée, &lt;a href=&quot;http://www.courrierinternational.com/breve/2012/11/07/financer-une-campagne-c-est-du-gaspillage&quot;&gt;
les folles sommes englouties par les grandes multinationales dans le show
présidentiel américain&lt;/a&gt;, alors même que ceux que nous avons portés au
pouvoir dans notre pays &lt;a href=&quot;http://politeeks.info/petite_trahison_socialiste&quot;&gt;trahissaient sans vergogne
tous leurs engagements politiques&lt;/a&gt; pour appliquer la politique des
possédants, dans un abominable copié-collé réactionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;J'ai trouvé effrayante la comparaison entre les deux
événements, entre la grande parade pseudodémocratique financée par ceux-là
mêmes qui comptent bien continuer à s'en affranchir et le simulacre de débat
budgétaire français, où un gouvernement totalement aux ordres fait semblant de
convoquer &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/evenement/0101426615-louis-gallois-sncf-choisi-par-juppe-epingle-par-bussereau&quot;&gt;
l'expertise d'un patron surtout célèbre pour son œuvre de déconstruction
sociale&lt;/a&gt; pour faire passer la pilule d'une politique économique qui n'a
jamais, je dis bien jamais, été pensée, conçue et appliquée avec l'assentiment
des peuples qui la subissent.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Le système économique actuel échappe dans son intégralité
à toute forme de contrôle démocratique. Il est le fait d&lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2012-08-24-Conspirationnisme-la-paille-et-la-poutre&quot;&gt;'organisations
non gouvernementales dont aucun des membres n'a jamais été élu par qui que ce
soit&lt;/a&gt;. Et ce sont ces organismes internationaux qui, chaque jour et partout
sur la planète, dictent aux gouvernements-spectacles la nature des décisions
politiques et économiques qui doivent être appliquées à l'humanité.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Combien de temps, encore, allons-nous faire semblant de
trouver cela normal.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;Combien de temps, encore, allons-nous les laisser nous
faire cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin: 0;&quot;&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/11/09/Le-delire-des-grandeurs#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Intimités</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/10/23/Intimites</link>
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    <pubDate>Tue, 23 Oct 2012 15:11:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le Polylecte</category>
        <category>civilisation</category><category>histoire</category><category>humanité</category><category>moment</category><category>société</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les
dents pendant que ton compagnon chie à côté&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/6280850544/&quot; title=&quot;Le sac du grimpeur de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm7.staticflickr.com/6233/6280850544_dceb1bed6d.jpg&quot; width=&quot;335&quot; height=&quot;500&quot; alt=&quot;Le sac du grimpeur&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Ce que ma fulgurante condisciple en
&lt;a href=&quot;http://www.ethologie.info/&quot;&gt;éthologie&lt;/a&gt; voulait immanquablement
évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie
vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. &lt;span style=&quot;font-family: 'DejaVu Sans,Lucida Grande,Lucida Sans Unicode,Arial,sans-serif';&quot;&gt;Le
moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser
accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux
siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et
de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose
généralisée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la
même.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui
n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des
franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à
savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste
distanciation émotionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très
proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où
elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je
n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme
je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce
jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je
pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça
gâche tout.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de
traverser la moitié de la ville pour ça.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles,
mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a
couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un
autre monde, un autre univers.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais pourquoi?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie
qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils
couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le
mariage?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes
à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout
ça...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que
vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont
pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;En fait, on évite ce genre de chose.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie
est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas
d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais
comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez
gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère
d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à
grands jets purificateurs.&lt;/h4&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah bon?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord
sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète.
Pourtant si, et c'est même tout le problème.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre
maison neuve.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Pourquoi?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il
arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de
tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait
pas?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En
tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;h4&gt;Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre
la nature humaine.&lt;/h4&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort
ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes
humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées,
des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou
le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue
engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il
m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes
copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié
supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée,
après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à
exposer royalement mon postérieur à un &lt;acronym title=&quot;chemin ou sentier de Grande Randonnée&quot;&gt;GR&lt;/acronym&gt; bien fréquenté dont je
n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à
cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne
montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même
malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas
uriné sur ton partenaire de cordée.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah ben tant pis, alors!&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Je ne pense pas trahir &lt;a href=&quot;http://www.alexandrebuisse.org/&quot;&gt;Alexandre&lt;/a&gt;
en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de
montagne.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant
plusieurs heures, voire plusieurs jours?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais, je ne fais que de la &lt;a href=&quot;http://couenne.blogspot.fr/2006/11/couenne-dfinition-inexacte.html&quot;&gt;couenne&lt;/a&gt;,
ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te
remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que
j'avais vraiment envie de savoir.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses
commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une
dimension beaucoup plus intime.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont
souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité,
ça rapproche forcément beaucoup!&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;h3&gt;O tempora, O mores&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la
&lt;a href=&quot;http://pierre.caubisens.pagesperso-orange.fr/&quot;&gt;villa gallo-romaine de
Séviac&lt;/a&gt;. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses
avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées
miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et
l'accent chantant en bouche.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et nous voilà dans les thermes de la villa!&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les
hammams aujourd'hui.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre
fille.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble&lt;/q&gt;,
renchérit le guide qui suit notre conversation. &lt;q&gt;Comme on peut le découvrir,
les latrines aussi étaient collectives.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est quoi, les latrines?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En
gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter
les nouvelles de la journée.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu te fous de moi, maman?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, même pas!&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=38c24109-c34d-8a33-83b5-ca16ef9a63a5&quot; /&gt;&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le cimetière des éléphants</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/10/08/Le-cimetiere-des-elephants</link>
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    <pubDate>Mon, 08 Oct 2012 16:14:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Brouhaha</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>citoyen</category><category>femmes</category><category>humanité</category><category>mort</category><category>retraite</category><category>ruralité</category><category>société</category><category>vieux</category>    
    <description>&lt;p&gt;Mais où sont donc passés les socialistes ?&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8066899838/&quot; title=&quot;Été indien de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8178/8066899838_2fe1b8c835.jpg&quot; alt=&quot;Été indien&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;500&quot; width=&quot;335&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Vendredi, c'était ma journée troisième âge. C'est un peu abrupt,
dit comme cela et ce n'est pas un exact reflet de la réalité. Disons qu'en
d'autres temps, j'avais promis à un ami de veiller sur ses parents qui habitent
nettement plus près de chez moi que de chez lui. C'était un &lt;em&gt;deal&lt;/em&gt;
honorable. Puis notre amitié s'est dissoute dans un océan de non-dits et sont
restés les parents et ma promesse. Je me suis posé la question un moment avant
de décider qu'une promesse est quelque chose de bien trop sérieux pour en faire
un aléa circonstanciel. Et puis aussi, je n'avais aucune raison objective de
punir de petits vieux qui ont toujours été parfaitement adorables avec
moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'avais un peu relâché le service ces derniers temps. Ça, comme le reste :
je fais rarement dans le détail. Pas envie de montrer ma face obscure. Et puis,
plus de voiture, ça aide beaucoup à distendre les relations intervillages dans
mon coin de planète de grande ruralité. Ce qui aboutit toujours à des
arbitrages à la con : se chauffer ou se déplacer. Que la question se soit
imposée à moi en plein mois d'août ne change rien à la logique du choix final.
Quand j'aurais brûlé la dernière goutte de fuel de la cuve, non seulement
j'aurais eu froid, mais en plus j'aurais toujours été à pied, ce qui aurait
grandement compromis ma capacité à gagner l'argent de la cuve suivante. Tandis
que là, je vais peut-être me peler le cul dès la fin de l'été indien, mais au
moins je pourrai continuer à quadriller la cambrousse. En attendant de résoudre
mes problèmes de baignoire à mazout, je fais donc le plein de chaleur
humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première visite était pour une de ses amies hospitalisée, grand-mère d'un
autre ami, toujours en service actif. C'est rassurant de voir qu'au fil du
temps, mon quota de pertes reste acceptable.&lt;br /&gt;
Elle se remet doucement d'une chute et d'un AVC, je ne sais plus dans quel
ordre, le duo gagnant. Ce dont elle se remet moins bien, c'est de la vieillesse
et de son hideux corollaire de dépendances. En gros, plus que ses jambes et son
bras qui l'ont lâchée, c'est d'avoir perdu sa liberté de mouvement qui la mine
au point où elle préférerait être morte du premier coup. Je comprends. Mais je
ne peux pas approuver. Je trouve juste étrange que notre monde hypermédicalisé
ne prenne pas du tout en compte les dépressions du troisième âge. On les
perfuse, on les masse, on les rafistole, on les maintient vaguement en
fonctionnement, et on s'étonne ensuite de les voir pleurer leur déchéance
physique et leur peur de la mort. C'est pourtant terriblement humain. Mais on
préfère les gaver d'antidépresseurs, histoire de ne pas épouvanter les familles
démoralisées par toutes ces larmes de désespoir qui ne parviennent même plus à
s'écouler dans les canyons que le temps a creusés dans leurs visages.&lt;br /&gt;
Du coup, je repense à une émission vue sur Arte où des médecins un peu
expérimentateurs testent des &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xjeyk7_arte-reportage-voyage-au-coeur-du-lsd_tech&quot;&gt;
&lt;em&gt;trips&lt;/em&gt; de LSD&lt;/a&gt; sur les cancéreux en phase terminale. Juste pour
apprivoiser la mort et la peur qui rôdent et gâchent souvent leurs derniers
instants. Ça lui ferait du bien, un bon &lt;em&gt;trip&lt;/em&gt; de LSD, bien plus que mes
petites phrases vides pour lui rappeler qu'il y a toujours quelques bons
moments à grappiller, jusqu'au bout, mais bon, même sans hallucinogènes,
j'arrive à lui arracher quelques maigres sourires et c'est toujours ça de
gagné !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième grand-mère, je ne la connais pas. Elle vit encore chez elle, mais
sur elle aussi, l'étreinte du temps se fait sentir. Le temps et la vie. La
chienne de vie et ses coups de pute que tu ne souhaiterais même pas à ton pire
ennemi. Elle, elle a morflé, question coups de pute, ça, je le savais avant de
la voir. J'aime bien le bleu délavé de ses yeux un peu gonflés, de larmes ou de
lassitude, je ne sais pas, probablement un peu des deux. Ses traits ont fondu
sous les assauts du temps, mais j'entrevois, ici et là, les vestiges de la
femme qu'elle a été : une arrête nasale encore vive, un menton pas encore
complètement effacé et une vivacité d'esprit que rien n'a encore totalement
fait sombrer. J'aimerais tellement la photographier, mais j'ai déjà eu quelques
discussions malheureuses avec des femmes comme elles, qui ne se reconnaissent
plus depuis longtemps dans le miroir et qui refusent de fixer sur une photo ce
que la vie leur a fait subir. Je me contente de photographier son lierre
automnal et la laisse papoter avec sa copine un peu perdue de vue. Comme trop
souvent, à ces âges.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois qu'elle a suivi le cours de mes pensées, parce qu'elle me dit, alors
que je la raccompagne chez elle après notre tournée des vieilles popotes :
&lt;q&gt;Vous savez, Agnès, à l'intérieur de moi, je n'aurai jamais mon
âge.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
Ça aussi, je comprends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est sur le chemin du retour que je suis assaillie par l'odeur reconnaissable
entre toutes du métal trop chaud. Quiconque a roulé en guimbarde sait très
exactement de quoi je parle, de ce fumet qui anticipe parfois de fort peu le
chant du cygne de la voiture. Je vérifie mon frein à main : parfaitement
desserré. L'odeur s'accentue. Il y a, à présent, une note d'huile brûlée qui
prend le dessus. Je n'ai la Saxo que depuis trois semaines et elle tourne comme
une horloge. Je pensais qu'elle me laisserait tranquille plus longtemps. Mon
garagiste m'avait félicitée pour la pertinence de mon choix. Trois semaines du
pur bonheur d'une voiture qui démarre au quart de tour, qui ronronne doucement,
qui me conduit sans à-coup du point A au point B et tout ça avec la
consommation d'un dromadaire de compétition. Toujours aucun voyant suspect,
aucune sensation étrange de conduite et ça sent la friture de moteur à plein
pif.&lt;br /&gt;
Et puis, je le vois. Le petit panache de fumée qui s'élève du train arrière...
de la Clio devant moi. Papet se traîne sur la départementale, parce que Papet a
oublié de desserrer son frein à main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première rafale de feux de croisement. Les gars en face le prennent pour
eux.&lt;br /&gt;
Seconde rafale, pause rapide, je remets ça. Je n'aime pas klaxonner. Je ne sais
jamais où est le couineur. Finalement la Clio rouge s'immobilise sur le
bas-côté. Je sors à la rencontre du Papet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ça alors, Agnès ! Mais je ne t'aurais jamais reconnue. Mais quelle
silhouette tu as, à présent !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Ça doit bien faire deux ans que je n'ai pas vu Le Basque. Bon marcheur. Grand
dragueur. Ségoliniste impénitent. Je suis sur sa &lt;em&gt;mailing-list&lt;/em&gt;
politique, mais depuis la fin de la primaire socialiste, il a pris un petit
coup de mou. Ça me fait juste un immense plaisir de le revoir.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et ouais, tu as vu ça ? Ça ne rigole plus !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Et je lui fais la danse des &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=qbjUK-DuT44&quot;&gt;Cachous Lajaunie&lt;/a&gt; pour
rigoler.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Cela dit, je ne t'ai pas fait arrêter sur le bas-côté pour vanter mes
nouvelles mensurations, mais bien pour te prévenir que tu es en train de cramer
ton système de freinage.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;De quoi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu as oublié de desserrer ton frein à main, tu fumes depuis
Manciet.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oh putain, tu as raison ! Ça ne m'est jamais arrivé ! Oh là
là.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Ça fume de partout. Je ne suis pas certaine de l'avoir prévenu à temps. Mais ce
n'est pas trop grave.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais quoi ? Ce serait sympa qu'on se refasse une course en
montagne, très bientôt.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben là, mon dos me fait un peu des misères, mais sinon, c'est une bonne
idée.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, la petite voiture roule toujours aussi bien. C'est peu et c'est
déjà beaucoup. Il fera encore chaud demain. Et après, on verra bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux socialistes, ils ont voté pour une promesse et ils savent déjà qu'ils
ont été trahis. Je le savais avant, mais comme le disait un pote : &lt;q&gt;au
moins, ils seront plus cool avec les étrangers&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
Ben, même pas ça !&lt;br /&gt;
Les prolos et les bonnes âmes sont toujours &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/02/21/Petit-coup-d-Etat-entre-amis&quot;&gt;les grands cocus du bal
politique&lt;/a&gt; : il y a cinq ans, on leur promettait de gagner plus ;
il y a cinq mois, on leur vendait du changement. Et au final, tout se passe
exactement comme s'ils n'étaient que des figurants de leur propre vie. Je pense
qu'au prochain cirque électoral, on pourra aussi bien voter pour une couille de
hamster, vu l'état de notre démocratie, ça ne fera pas plus de différence
qu'autre chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors quoi, où je voulais en venir avec mes histoires sans queue ni
tête ?&lt;br /&gt;
Nulle part.&lt;br /&gt;
Exactement comme pour tout le reste : Nulle part !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=b0d7c724-88b5-83e1-a47c-da51dba81af5&quot; /&gt;&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/10/08/Le-cimetiere-des-elephants#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>In extenso</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/09/24/In-extenso</link>
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    <pubDate>Mon, 24 Sep 2012 15:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>civilisation</category><category>moment</category><category>mort</category>    
    <description>&lt;q&gt;j'ai juste envie de dire que je ne sais pas quoi dire&lt;/q&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/8019501371/&quot;&gt;&lt;img title=&quot;Vers le ciel de Le Monolecte, sur Flickr&quot; src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8319/8019501371_db18cea37b.jpg&quot; alt=&quot;Vers le ciel de Le Monolecte, sur Flickr&quot; style=&quot;margin:0 0 5px 5px;&quot; align=&quot;right&quot; height=&quot;500&quot; width=&quot;335&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;div&gt;Ce sont les derniers mots qu'a écrits un des mes contacts Facebook sur son
mur. Ensuite, il est sorti de chez lui et a mis fin à ses jours. Terriblement
abrupte comme épitaphe. Il avait mon âge, un chouette boulot, une chouette
famille, mais il était arrivé au bout des mots. Ou alors, c'est juste que les
grandes douleurs sont indicibles. &lt;/div&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Nous sommes nés seuls, nous vivons seuls, nous mourons seuls ce n'est que
par notre amour et l'amitié que nous pouvons créer l'illusion d'un instant que
nous ne sommes pas seuls.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
Orson Welles&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;div&gt;Il est vrai que j'ai bien du mal à ne pas me sentir seule, ces derniers
temps. De cette &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/01/11/Une-eternite-de-solitude&quot;&gt;solitude
profonde et intime&lt;/a&gt; qui peut naître jusqu'au cœur de la foule. Seule et au
bout des mots. Il m'est extrêmement déplaisant d'avoir raison et de voir
chacune de mes pires prévisions prendre forme dans l'indifférence générale. Je
ne me vois pas écrire régulièrement ici pour rabâcher quelque chose de l'ordre
du &lt;q&gt;Vous voyez, je vous l'avais bien dit !&lt;/q&gt; Nous sommes dans le pire
du possible et ça ne fait que commencer. Et notre passivité m'effraie, me
tétanise, me cloue le bec. C'est une sorte d'&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/30/Quand-la-merde-monte&quot;&gt;apocalypse molle et silencieuse&lt;/a&gt; qui
se propage inéluctablement du bas vers le haut. Et &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee&quot;&gt;elle est totalement voulue&lt;/a&gt;, planifiée
et amplifiée par chaque décision politique prise. J'ai du mal à croire à une
cascade de coïncidences fortuites et malvenues.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On nous ressort &lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5227&quot;&gt;l'épouvantail
intégriste&lt;/a&gt; barbu du placard, avec l'élégance de l'éléphant dans le magasin
de porcelaine. De 250 excités un peu mous du bulbe, on nous monte un énorme
plan com' sur la déferlante mondiale islamiste pendant que, dans le même temps,
&lt;a href=&quot;http://cadtm.org/Portugal-un-million-de-revoltes&quot;&gt;10 % de la
population du Portugal&lt;/a&gt; descend dans la rue pour réclamer la fin d'une
politique économique qui la réduit à &lt;a href=&quot;http://reporterre.net/spip.php?article3161&quot;&gt;la misère la plus sordide&lt;/a&gt;.
Mais on ne vous aura parlé que des 250 gus paumés sur un trottoir, pas de ceux
qui hurlent leur douleur sous la férule de &lt;a href=&quot;http://www.alternatives-economiques.fr/rigueur---l-overdose-_fr_art_633_60306.html&quot;&gt;
cette politique même que l'on compte vous appliquer&lt;/a&gt; dès
maintenant. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parce que l'on vous veut peureux, soumis et ignorants.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme d'habitude.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Alors quoi ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous distraire avec ma petite vie insignifiante ? Vous faire sourire
en dissimulant la mochitude des choses ? Piquer une de mes légendaires
colères qui fouettent le sang et les sens quelques instants avant de retomber
dans la pesanteur du quotidien, mais avec l'illusion de s'être senti un peu
vivant, le temps d'une indignation à peu de frais ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;À force, je vais finir par me caricaturer moi-même. Me mettre en scène et
me payer de mots. Me regarder écrire dans un pitoyable appel à la flagornerie,
histoire de me prendre un petit shoot de réassurance, histoire de combler, un
temps, notre vide existentiel.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On est là et on attend. La fin du monde, celle des haricots, le grand
soir, les petits matins blêmes, les jours meilleurs. Juste que quelque chose
bouge. Juste un mouvement, pour se convaincre qu'on n'est pas encore totalement
morts, totalement résignés. Et on fait semblant d'agir, en s'épuisant en vaines
exaltations. Une petite manif par ci, un petit &lt;em&gt;like&lt;/em&gt; par là, en
s'autocongratulant d'être tous aussi d'accord avec nous-mêmes, notre cul mou
épousant chaque jour un peu plus l'assise de notre fauteuil à vérin
hydraulique, celui qui soulage le dos et prévient les escarres de toute une
civilisation d'hommes-troncs. On passe le temps, en fait, en espérant juste ne
pas être rattrapé par la vague de &lt;a href=&quot;http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=145947.html?nopub=1&quot;&gt;merditude&lt;/a&gt;,
qu'elle passe juste un peu plus loin, un peu plus haut, un peu plus
tard. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme de gros lâches. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme de grosses loches.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;=-=-=-=-=&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Powered by &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blogilo.gnufolks.org/&quot;&gt;Blogilo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>La voie de son maître</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/La-voie-de-son-maitre</link>
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    <pubDate>Sun, 26 Aug 2012 17:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Conflits</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>citoyen</category><category>humanité</category><category>ruralité</category><category>société</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;J'ai la naïveté crasse ou la connerie incommensurable de croire que les
choses importantes ne peuvent que se dire face à face, le regard vrillé dans le
blanc de l'œil de son interlocuteur.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/7642165778/&quot; title=&quot;Rosée perlée sur toile arachnéenne de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8148/7642165778_41a74aee93.jpg&quot; alt=&quot;Rosée perlée sur toile arachnéenne&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Dans un premier temps, j'avais dit que je
passerai chez eux pour régler des détails, mais la nuit porteuse de conseils
s'était étirée en une longue insomnie qui m'avait abondamment rejoué &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens&quot;&gt;la scène de la morsure&lt;/a&gt;, jusqu'à ce
que je comprenne bien que retourner me jeter dans la gueule du loup n'était
absolument pas indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils sont donc venus chez moi, le matin suivant, le mari et la femme. Je leur
demande s'ils veulent boire quelque chose, histoire de fluidifier le dialogue.
J'ai eu toute la nuit pour repenser au fait qu'à aucun moment il ne s'est
soucié de moi ou de mon état, qu'elle seule s'est inquiétée de ma blessure,
mais je mets cette réaction primaire sur le compte de l'émotion. J'ai déjà pu
expérimenter qu'être témoin d'un incident est pratiquement aussi stressant que
d'y participer. Nos réactions instinctives sont violentes, impérieuses et assez
imprévisibles. Nul ne sait réellement comment il réagira tant qu'il n'est pas
lui-même soumis à l'adversité. Ce sont des voisins agréables avec qui je pense
entretenir de bons rapports. Je n'ai pas de raisons particulières de me méfier
d'eux en dehors d'un vague malaise que j'attribue à ma fatigue cumulée et à un
brin de culpabilité quant à la suite des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commence par me proposer un arrangement à l'amiable, c'est à dire sans
impliquer les assurances. Comme j'ai passé une bonne partie de la nuit à
repenser à &lt;a href=&quot;http://filterman.fi.funpic.org/corruption-13-depardieux-virus-maladies-nosocomiales.htm&quot;&gt;
la jambe de Guillaume Depardieu&lt;/a&gt; et que dans mes rares moments de sommeil
comateux, je me suis vue escalader une falaise avec une prothèse en fibre de
carbone profilée pour la grimpe, je décline l'offre en précisant qu'en cas de
complications, comme un &lt;em&gt;staphylo&lt;/em&gt; récalcitrant, ça pourrait vite
chiffrer sec cette histoire, et qu'il vaut mieux qu'il pense à protéger
financièrement ses arrières. Il souscrit à mes arguments et j'éprouve comme un
grand soulagement à l'idée que l'affaire va bientôt être réglée, que je vais
juste me taper 15 jours de soins infirmiers un peu pénibles et qu'ensuite, tout
va rentrer dans l'ordre dans le meilleur des mondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment de se quitter, je me sens moralement obligée de le regarder dans les
yeux pour lui dire :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Maintenant, tu comprends bien que &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/Pedale-avec-les-loups&quot;&gt;je vais être obligée de porter
plainte&lt;/a&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Et là, c'est le drame !&lt;br /&gt;
Immédiatement, il se fige, son visage se crispe dans un rictus mauvais et il me
balance d'une voix totalement méconnaissable :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Nous y voilà. Je le savais depuis le début que c'est ce que tu
cherchais. Je le savais. C'est ce que tu voulais. J'ai toujours su que tu étais
une femme à problèmes. De toute manière, tout le monde le sait. À la MMA, tout
à l'heure, ils m'ont dit qu'ils te connaissaient bien, va. Tu cherches des
ennuis ? Et bien, avec moi, tu vas les trouver !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Je reçois sa haine en pleine face et immédiatement un flot d'adrénaline pure
noie l'ensemble de mon organisme. Je ressens physiquement et intellectuellement
la puissance du flux hormonal. La peur à l'état brut. La sensation de solitude
absolue, de vulnérabilité. Chaque fibre de mon corps me pousse à la
contre-attaque, à l'affrontement. Je me sens agressée au plus profond de moi.
J'étais victime, me voilà coupable. La seconde d'après, la colère, brutale,
sauvage, prend le relais, cette bonne vieille colère qui me porte, qui soutient
mes jambes brusquement toutes molles. J'ai une pulsion immonde, une envie folle
de lui dégueuler ma rage et mon dégoût à la face, de lui hurler tout ce que je
contiens depuis la veille au soir.&lt;br /&gt;
Mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas ce qui doit se passer. Je ne
suis pas un animal et je ne veux pas être soumise à mes émotions. Je veux
penser. Je veux être la plus forte. Je veux être raisonnable pour tout le
monde. C'est au prix d'un effort violent et désespéré que je parviens à ne pas
exploser, à continuer à lui faire face et à commencer à argumenter d'une voix
que je tente de contrôler de toutes mes forces.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je te rappelle que tout ce que je faisais, c'était de rentrer chez moi à
vélo.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est bon, on avait réglé les questions d'argent. Comme si je n'avais
pas assez d'ennuis comme ça.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Des ennuis !?! Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu aurais pu
avoir comme ennuis. Tu ne te rends même pas compte à quel point tu as du bol
d'être tombé sur moi et pas sur quelqu'un d'autre. La plupart des gens ne se
seraient pas fait chier à venir te parler en face. Tu sais très bien que si ça
avait été un des gars du coin, il serait revenu avec un fusil et aurait plombé
ton chien dans l'élan.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu n'as jamais aimé mon chien.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, c'est vrai, il fait chier tout le monde depuis un sacré bout de
temps. Mais tu ne te rends vraiment pas bien compte. Deux heures avant, je
passais là avec ma gosse. Putain, tu te rends compte ? Et si ça avait été
un gosse, hein ? Si ça avait été le petit de chez Tintin, hein ? Ou
Chacha ? Tu te vois en train de vivre avec un gosse bouffé sur la
conscience ? Non, mais tu te rends compte ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, mais ça va, on n'a plus rien à faire ici. Vas-y, fais ce que tu
veux, mais on sait tous qui tu es.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Elle se tourne vers moi avec un grand air désolé :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, vraiment, je ne vois pas à quoi ça sert.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Je les suis jusqu'à leur voiture :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu ne te rends pas compte : et si ça avait été un
gosse ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je l'ai toujours su, des ennuis. Mais là, tu vas les trouver.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Je n'ai pas perdu la tête, mais maintenant que l'adrénaline reflue une fois de
plus, je suis totalement désemparée et je ne sais absolument plus quoi faire.
Jusque-là, les choses étaient totalement limpides pour moi, sauf que je
commence à me demander ce que j'attendais de cette confrontation.&lt;br /&gt;
Une sorte de &lt;em&gt;happy end&lt;/em&gt; tout pourri à la &lt;em&gt;Hollywood&lt;/em&gt;, avec le
mec qui prend un air dramatique et pénétré et me sort : &lt;q&gt;ça me déchire
le cœur en deux, mais j'ai pris conscience de la situation et je vais faire ce
qui doit être fait&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
J'ai connu des chasseurs et des amoureux des chiens et tous m'ont appris la loi
du maître : &lt;em&gt;chien qui mord = chien mort&lt;/em&gt;. Il y a un an ou deux,
c'était le caniche de mon beau-père qui avait mordu sans raison ma fille à la
cuisse, la renforçant dans sa peur des canidés. Le beau-père, ça l'avait
ravagé, mais le lendemain, il amenait son chien adoré chez le véto. Il avait dû
passer une sale nuit avec son clebs blotti au creux des bras, mais il avait
fait ce qu'il devait faire. Pour tout l'or du monde, je n'aurais pas voulu être
à sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et là, personne n'y est, à ma place.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Une femme à problèmes... Tout le monde le sait.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Lui, il est du bled. &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/05/16/Un-chien-de-ta-chienne&quot;&gt;Un gars
du coin&lt;/a&gt;. Moi, je suis une &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2010/05/13/Les-nouveaux-riches&quot;&gt;&lt;em&gt;estrangers&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Qu'est-ce qui
va se passer, ensuite ? Les gens vont penser que je suis une fouteuse de
merde, que je réglais un putain de compte personnel avec le voisin ? Si le
village se ligue contre moi, ma vie va devenir un vaste océan de merde.&lt;br /&gt;
On rentre les chats. Surtout le gros plein de poils, confiant et aimable. De la
viande à plombs, oui !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ma fille ? Dans trois semaines, elle descendra du bus scolaire avec les
autres gosses du quartier. Puis elle devra rentrer toute seule à la maison, en
passant forcément devant chez le type aux menaces et son chien con de 25kg.
Qu'est-ce qui est juste ? Qu'est-ce qui est rationnel ? J'ai peur et
je n'ai pas honte de le dire. J'ai peur et je me sens seule. J'ai peur et je
n'arrive plus à penser. Je pleure de trouille immonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme je ne sais plus rien, je fais comme chez &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x8l3rm_john-carpenter-qui-veut-gagner-des_fun&quot;&gt;
Foucault&lt;/a&gt; : j'appelle un ami. Ceux qui sont là quand tout le reste fout
le camp. Je sanglote comme une merde dans l'oreille de sa femme.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Appelle le maire : ce genre de merde, c'est son job. Tu peux me
croire, mon père a été maire de son bled pendant des années.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Je n'y avais même pas pensé.&lt;br /&gt;
J'appelle et je n'arrive même pas à parler.&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens&quot;&gt;J'ai eu peur du chien&lt;/a&gt;, j'ai
eu mal, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/Pedale-avec-les-loups&quot;&gt;j'ai été aux
urgences&lt;/a&gt;, je n'ai pas dormi, mais le maître, sa haine et sa connerie
hargneuse, c'est juste trop pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dix minutes plus tard, le maire de mon village est là et on parle.
Effectivement, ce genre de merde, c'est son pain quotidien. Il appelle &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2011/10/18/La-machine-a-perdre&quot;&gt;son premier adjoint&lt;/a&gt; au boulot. Il
m'apprend alors que tout le quartier s'est déjà plaint du chien, mais comme ça,
en informel, en discutant. Pas un voisin qui ne s'est pas déjà fait coincer par
le clébard. Des mois que ça dure. Et tout le monde qui s'attendait à ce qui se
passe &lt;em&gt;quelque chose&lt;/em&gt;. Une tuile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils ont tenté de raisonner le maître. Deux maires, un pour chaque commune
concernée. Je vois bien à la tête du mien que ça a marché autant que de pisser
dans un violon. Ils ont obtenu un suivi vétérinaire obligatoire et un
signalement en gendarmerie.&lt;br /&gt;
Ils sont revenus le soir prendre de mes nouvelles et m'en donner. Le maire et
le &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2009/02/05/Ministere-des-sinistres&quot;&gt;conseiller préféré&lt;/a&gt;.
Ils sont plutôt bien emmerdés par la tournure des événements.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Son fils est passé me voir pour le premier PV du véto, lequel a déclaré
que c'est un gentil chien. Et ils ont décidé de l'enchaîner.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Comprends-nous bien, Agnès, du point de vue de notre responsabilité
collective, ce n'est pas très satisfaisant : une chaîne, ça finit toujours
par casser, et ce jour-là, on aura un fait divers sur les bras. C'est l'arrêt
de bus du village. C'est 10 gamins qui vont attendre tous les jours à l'endroit
même où tu as été mordue. Je comprends qu'il est venu t'intimider pour que tu
ne portes pas plainte et je vois qu'il a réussi. En attendant, c'est toi qui as
été mordue et il n'y a que toi qui peux porter plainte. Voilà où on en est. On
ne parle pas d'un petit problème isolé, on parle d'un chien qui sort de chez
lui depuis des mois, qui terrorise tout le quartier et pour lequel le maître ne
fait rien. On parle des voisins qui n'osent plus se promener dans le coin, des
gosses qui ne sortent plus, de gens qui se sont déjà fait coincer par le
chien.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je sais, je sais, mais je n'ai pas honte d'avoir peur. Le gars agit
comme si j'étais responsable de tous ses malheurs et il en fait une affaire
personnelle.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais qu'on est avec toi. On comprend que tu as été impressionnée,
mais je pensais que tu avais plus de gueule que cela.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu sais, je rentrais juste chez moi à vélo, un soir. Et depuis, c'est le
merdier. Ma vie est un merdier. Et c'est moi la plus emmerdée dans l'histoire.
Je dois écrire pour des clients, c'est mon gagne-pain et je n'ai que de la
merde qui sort. Je suis sûre que l'autre dort sur ses deux oreilles, en ce
moment.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, on est tous emmerdés et la vérité, c'est que si ce chien bouffe un
gosse, nous serons juste tous responsables, tous autant qu'on est.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=fda80e8c-ce6d-82ac-9948-a51b43e8f1db&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Pédale avec les loups</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/Pedale-avec-les-loups</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:dd9ab1e52c01f878e62194760c00d503</guid>
    <pubDate>Sun, 26 Aug 2012 11:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Conflits</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>ruralité</category><category>santé</category><category>société</category>    
    <description>&lt;p&gt;C'est comme dans mes souvenirs : une petite allée derrière les
poubelles, un cône de lumière encore affadi par les dernières lueurs du jour,
une grande porte vitrée coulissante et une petite sonnette perdue dans un grand
panneau rouge : &lt;q&gt;URGENCES : sonnez et attendez que l'on vienne vous
chercher.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/5715478774/&quot; title=&quot;Autonomie de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm4.staticflickr.com/3552/5715478774_d56434ebe6.jpg&quot; alt=&quot;Autonomie&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;336&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Il m'a
fallu rentrer à la maison sur mon vélo, le ranger, sortir la gosse du lit et
son père de son film. Les urgences sont à 18km de la maison et mon cerveau
baigne toujours dans un océan d'adrénaline : je délègue la conduite. J'ai
un barbouillis de sang qui coule le long de mon mollet et ça m'agace de salir
des chaussettes et des pompes de sport neuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une infirmière arrive immédiatement de l'intérieur du bâtiment : &lt;q&gt;c’est
pour quoi ?&lt;/q&gt; J'ai envie de répondre &lt;q&gt;un double &lt;em&gt;cheese&lt;/em&gt;, un
Coca et une grande frite,&lt;/q&gt; mais je me contente d'un lapidaire &lt;q&gt;morsure de
chien&lt;/q&gt; en tournant mon mollet vers elle.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Suivez-moi !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis que la clinique a été rachetée par un grand groupe privé, il y a eu
quelques changements, comme cette nouvelle vélocité ou l'alignement de boxes où
elle nous conduit. Elle appuie sur un bouton dérobé à nos regards et une porte
en verre dépoli coulisse devant nous en un très réjouissant chuintement qui me
fait penser aux sas qui barrent les couloirs du &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Univers_d%27Alien#Nostromo&quot;&gt;Nostromo&lt;/a&gt;. Le
triage se fait donc dans de petits boxes individuels et chaque patient est
isolé du couloir d'arrivée par ces portes coulissantes. Je trouve ce nouvel
agencement judicieux et assez soucieux de l'intimité des patients qui ne se
retrouvent pas à exposer leurs petites misères au tout-venant. Le fond opposé
de ma cellule donne sur un nouveau couloir, côté médecins, cette fois-ci. Je me
sens d'humeur étrangement guillerette, voire déconnante et je me dis que c'est
certainement parce que l’antagoniste de l'adrénaline doit saturer mon
organisme. D'ailleurs, mon mollet se rappelle à mon bon souvenir en de longues
pulsations pas encore franchement douloureuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je vais nettoyer ça pour voir où on en est. Vous avez
mal ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, pas trop, ça commence tout juste.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Que s'est-il passé ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens&quot;&gt;Beauceron contre
vélo&lt;/a&gt;. J'ai perdu.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Elle ne cille pas.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah oui, quand même. Ne bougez pas, on va venir vous chercher.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Et elle disparaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La gamine reste seule avec moi dans le box. Je lui raconte des conneries, comme
à mon habitude, pour qu'elle ne stresse pas. Je lui explique qu'elle vient de
gagner son premier cours de médecine gratos et que je compte sur elle pour tout
bien regarder et tout bien noter. Du couloir, je saisis une conversation entre
un homme jeune et un autre à la voix plus grave.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu as l'air crevé, ce soir.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, j'ai passé le week-end aux fêtes de Dax.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu t'es bien éclaté ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Super : j'ai passé 48 heures de garde à recoudre du poivrot à la
chaîne !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Vous pouvez marcher ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
C'est la voix jeune qui m'interpelle. J'espère qu'il n'est pas médecin. Non pas
que je le trouve trop jeune pour être compétent, mais juste parce que confier
ma santé à un médecin qui a la moitié de mon âge me renvoie inévitablement au
temps qui passe et ne revient pas. Je le suis docilement jusqu'en salle
d'examen tout en me sentant un peu gênée d'être là. Pour moi, les urgences,
c'est civière ou rien. C'est au moins une fracture ouverte avec 10 bons
centimètres d'os qui ont perforé la peau. C'est du sang, des larmes et de la
douleur. Je me fais l'effet d'une touriste. J'ai presque envie de m'excuser
d'être là. Mais le service est calme. Je me dis qu'au moins, je ne prends la
place de personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Qu'est-ce qu'on a là ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
La voix grave vient d'entrer dans mon champ de vision et &lt;em&gt;Mazel
Tov !&lt;/em&gt;, le toubib est un croisement des plus réussis entre &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/patrick.pelloux&quot;&gt;Patrick Pelloux&lt;/a&gt; (sans les bonnes
joues) et &lt;a href=&quot;http://urgences.hypnoweb.net/personnages/douglas-ross.17.26/&quot;&gt;Doug Ross&lt;/a&gt;
(heureusement, sans le regard par en dessous qui tue). Je décide de relancer ma
vanne :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Beauceron contre vélo. Le vélo a perdu.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Cette fois, ça marche, j'obtiens un bon sourire bien franc.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah oui, quand même... il ne vous a pas ratée... un bon centimètre de
profondeur. Vous le connaissez ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;De quoi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Le chien ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, ce n'est pas la première fois qu'il essaie de me coincer, mais
cette fois, il m'a eue.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Portez plainte !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah bon ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Portez plainte et vous sauverez un gosse... Bon, le problème avec ce
genre de plaie, c'est le risque d'infection.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Faut couper ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Non, pas tout de suite&lt;/q&gt;, balance-t-il avec un clin d'œil pour la
gosse, &lt;q&gt;d'abord, on va nettoyer. Avec ça !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Et là, il sort une sorte de seringue à vacciner les T-Rex, une monstruosité qui
fait refluer 50 % de mon euphorie post-traumatique. Il s'adresse
directement à ma fille :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu vas voir, on va bien se marrer : on va faire un volcan dans la
jambe de maman.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfonce le pipeline dans la plaie, suivant l'angle de pénétration des crocs
et balance une énorme giclée de Bétadine© accompagnée d'une pincée de
Xilocaïne©, mais dans un premier temps, la xilo ne fait pas effet et j'ai juste
la sensation assez dégueulasse des chairs qui se dilatent sous la pression des
liquides.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Put... de bord... de chiasse...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Waouh, maman tu devrais voir ça, c'est énorme, y a plein de mousse rose
qui sort de ta jambe.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Il vous a gâtée, le chien : il y a une sacrée collection
là-dedans.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Une collection ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ce qui est entré dans la blessure : ici, de la terre, du gravier,
de l'herbe et sûrement pas mal d'autres trucs. Je pense qu'on va remettre ça
pour bien nettoyer. Viens voir, on va faire un plus gros volcan,
encore.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
La gosse est aux anges, la xilo fait effet, va pour l'Etna.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu comprends maintenant pourquoi il faut bien te laver les crocs avant
de mordre quelqu'un, ma chérie?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, m'man.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Manière, on s'en fout, je me suis fait bouffée par un chien zombi.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire quand maman se fait bouffer par un chien
zombi ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;On bute le chien.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est bien, mais ce n'est pas tout, ma fille... réfléchis
bien !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ha oui, on colle une balle dans la tête de maman !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;C'est bien, mon poussin.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
L'urgentiste se marre assez franchement.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Celle-là, on ne me l'avait encore jamais faite.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ben quoi, vous n'allez pas me contredire, non plus : il faut
toujours apprendre les premiers soins aux enfants.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Il appelle l'infirmier pour lui résumer ma vision des premiers secours en
rigolant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant qu'il me pose des &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Drainage_%28chirurgical%29&quot;&gt;crins de Florence&lt;/a&gt;
qu'il referme d'un point, il m'explique plus posément son point de vue sur mon
histoire de chien. Comme moi, il est cycliste et comme tous les cyclistes, il a
déjà eu affaire à des chiens menaçants. En tant qu'urgentiste, il en a ras le
cul de voir défiler des gens et surtout des gosses, &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens&quot;&gt;à moitié bouffés par des chiens
&lt;em&gt;gentils&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Vous savez, je suis une victime collatérale des lois Bachelot. Avant,
j'étais généraliste dans le Mercantour.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ah, on vous appelait
&lt;strong&gt;&lt;em&gt;pédale-avec-les-loups&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ? C'est encore plus paumé
que par chez nous. Vous deviez passer plus de temps dans la voiture qu'en
consult', non ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, quelque chose comme ça. C'est surtout que je pratiquais la &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/questions/base/1990/qSEQ900409334.html&quot;&gt;propharmacie&lt;/a&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Gné ?&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Dans les hameaux isolés, je délivrais aussi les médicaments, cela
complétait mon activité et rendait bien service à mes patients.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, je comprends, c'est plus rationnel quand tout est loin que vous
soyez &lt;em&gt;deux-en-un&lt;/em&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, grâce à ça, je ne faisais pas de gras, mais j'étais à l'équilibre.
Mais les lois Bachelot ont bien organisé les déserts médicaux et ont donc
restreint l'usage de la propharmacie. Du coup, je me suis mis à perdre de
l'argent et j'ai dû quitter le Mercantour.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et un désert médical de plus !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Et ici, ça vous va, ce n'est pas trop terrible ? Pour le vélo, il y
a encore de belles petites grimpettes dans le coin, rien d'aussi beau que le
Mercantour, mais bon...&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je suis sur Mont-de-Marsan, c'est plutôt plat, mais il y a de belles
pistes cyclables dans les Landes.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Oui, ici, on a des collines, des camions... et des chiens.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je suis sérieux : portez plainte. Je vous le répète : &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/La-voie-de-son-maitre&quot;&gt;portez plainte et vous sauverez un
enfant&lt;/a&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=175c7e37-a3ed-82e1-9a67-bec3e51f35d2&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>De si gentils chiens</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens</link>
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    <pubDate>Sat, 25 Aug 2012 18:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Conflits</category>
        <category>bled</category><category>chroniques</category><category>humanité</category><category>moment</category><category>ruralité</category><category>société</category><category>sport</category><category>violence</category>    
    <description>&lt;p&gt;On croit toujours avoir le temps.&lt;br /&gt;
Et puis, non.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/5220656248/&quot; title=&quot;L'ennemi du cycliste de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm6.staticflickr.com/5124/5220656248_d5d88b4dc7.jpg&quot; alt=&quot;L'ennemi du cycliste&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;334&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Je pensais qu'en pédalant vite, sans ménager mes efforts, je
pourrais boucler la petite balade en moins d'une heure et rentrer avant la
nuit. Mais à l'approche de la mi-août, la nuit tombe parfois comme un couperet
et je me suis rapidement rendu compte qu'il me fallait rebrousser chemin.
J'étais un peu frustrée, déjà que dans cet étrange été, je passe mon temps à me
rendre compte que je n'ai le temps de rien. Des jours que je n'avais pas bougé
ma graisse pour des raisons aussi oiseuses les unes que les autres et de
nouveau, la nécessité impérieuse de remettre encore au lendemain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand je le vois débouler à l'autre bout de la route, là aussi, je me dis qu'en
pédalant fort et dur, je devrais avoir le temps de tourner vers chez moi avant
qu'il ne me rattrape, mais le chien est lancé comme une fusée et il m'a dans le
collimateur depuis assez longtemps pour ne pas laisser passer son tour. Je ne
suis même pas à moitié chemin de mon objectif qu'il est déjà sur moi, babines
retroussées, poil hérissé dans une belle démonstration de domination. Je suis
en train de freiner sec pour ne pas prendre le risque d'être déséquilibrée en
pleine course, mais là aussi, je suis trop courte, je n'ai pas le temps de
m'arrêter qu'il a déjà fait volte-face et que sa gueule se referme sans hésiter
sur mon mollet droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est ça, la vie du cycliste. C'est bien plus que de souffler comme un bœuf
dans les montées, au bord de l'apoplexie, bien plus que de se déboîter le
coccyx à force de cahoter sur des routes défoncées par des années de
négligences bitumesques et agricoles, bien plus que cet équilibre précaire que
l'on peine à tenir dans les virages à gravillons. C'est se méfier des
automobilistes qui nous dépassent en trombe en nous rasant de si près qu'on
sent le souffle du rétroviseur à hauteur du coude, des camions qui nous
aspirent sous leurs essieux, des portières qui s'ouvrent devant nous comme des
boucliers de CRS en furie, des chevreuils qui bondissent des haies vives à
portée de crachat de notre épaule droite et surtout des cons de clébards qui se
jettent dans nos rayons, jaillissant de nulle part comme si nous étions une
meute de chats à nous tout seuls.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chien, c'est l'ennemi du cycliste.&lt;br /&gt;
Il y a quelque chose dans les couinements de la petite reine, dans la danse des
rayons ou dans le chuintement des pneus sur l'asphalte qui les rend
positivement fous. Ce qui, la plupart du temps, n'est pas si grave, le chien se
contentant de beugler comme un perdu derrière le grillage d'enceinte de son
territoire. Il m'arrive régulièrement de passer devant une haie fulminante où
le roquet s'épuise en aboiements hystériques en lui balançant un grand sourire
carnassier et un sonore et joyeux &lt;q&gt;dans ton cul, le chien&lt;/q&gt; ou &lt;q&gt;fuck off,
ass hole&lt;/q&gt; quand je connais la nationalité des maîtres, parce que je le dis
bien haut : il n'y a pas de mal à se faire du bien !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il arrive aussi toutes les autres fois — et putain, qu'elles sont
nombreuses ! — où le clebs considère la route comme sa propriété
personnelle et se jette dans ma roue sans autre forme de procès. Dans le chien
divagant, il y a un peu de tout : le déconneur qui jaillit de sa planque à
la dernière seconde à hauteur de pédalier, histoire de voir si vous êtes un
gros émotif, le coureur de fond qui vous flanque d'un bout à l'autre de ce
qu'il pense être son territoire, le vicieux qui arrive par derrière en silence
et tente de vous serrer dans le fossé en hurlant une fois arrivé à votre
hauteur, le crétin, rarement gros, mais qui bondit n'importe comment, au risque
de se prendre dans les rayons et de vous faire dessiner un beau soleil
au-dessus du guidon et le gros connard de classe internationale pour qui le
cycliste est une proie à immobiliser et à bouffer. Tous ces clébards ont
cependant un gros point commun : un maître qui n'en a rien à secouer des
autres et qui ne prend donc jamais la peine de fermer son portail ou d'attacher
convenablement son bestiau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien sûr mon mordeur est de cette ultime catégorie, mais j'ai le gros défaut
d'être toujours d'une naïveté presque écœurante quant à la réalité de la nature
humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai pratiquement sauté de mon vélo et la surprise et la peur saturent mon
organisme d'adrénaline pure. Je gueule sur le chien pour le faire reculer.
C'est une stratégie discutable, mais qui a toujours marché jusqu'ici. J'ai fait
reculer un Épagneul un peu con et un autre Beauceron vindicatif par cette
méthode jusqu'à présent. Et surtout, j'ai déjà eu le dessus sur mon assaillant
une paire de fois de cette manière. Parce que hélas, nous sommes de vieilles
connaissances, mais qu'il se trouve que je n'ai pas le choix : pour
rentrer chez moi, je DOIS passer par là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il ne recule pas ou si peu. Peut-être 20 mètres. L'effet de surprise a été
des plus brefs pour lui aussi et il reprend du terrain, hargneux. Il commence à
tourner autour de moi, à m'encercler, comme s'il avait choisi de renouveler
l'attaque et d'affirmer une bonne fois pour toutes sa suprématie canine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Surtout, ne jamais fuir. Ne jamais montrer son dos. Ne jamais devenir une proie
et laisser le chien penser qu'il a le dessus. Gueuler permet d'évacuer la peur,
la terrible peur que ces prédateurs hument à pleine truffe et dont le fumet les
excite au plus haut point. Ne rien lâcher, jamais. Rester l'espèce dominante,
la femelle alpha. Parler leur langage, celui de la meute et du territoire.
Gueuler a l'autre avantage de faire apparaître le maître. Le raffut attire
immanquablement le maître. D'ailleurs le voilà qui arrive. Mais au lieu
d'engueuler son chien, c'est à moi qu'il s'en prend :&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Je t'ai vu, tu lui as filé des coups de pied.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Ton connard de chien vient de me mordre, alors arrête tes
conneries !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu lui as foutu des coups de pied !&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Tu me crois assez stupide pour jeter mon 35 dans la gueule d'un clébard
de 25 kg ? De toute manière, ce n'est pas la première fois que je te
le dis : ton con de chien n'a rien à faire sur la route.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;br /&gt;
C'est une autre constante : selon son maître, le chien a toujours raison
et le cycliste a tort. Ce doit être une loi universelle du genre. Je me
souviens d'une fois où j'avais été coincée par un molosse très hargneux et très
gros. À mes cris, une femme avait fini par arriver, assez débonnaire vu les
hurlements hystériques de sa bête.&lt;br /&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;q&gt;Il aboie beaucoup, mais c'est un très gentil chien.&lt;/q&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
Et mes yeux de s'arrondir comme des soucoupes face à l'énormité de cette
déclaration, alors même que le brave &lt;q&gt;toutou&lt;/q&gt; avait entrepris de
sauvagement dévorer la roue arrière de mon vélo que je tenais à grand-peine
sous cet assaut furieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'ai appris ce soir-là que &lt;a href=&quot;http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/26/Pedale-avec-les-loups&quot;&gt;les
urgences sont remplies de gens&lt;/a&gt; qui se sont fait bouffer par de &lt;em&gt;si
gentils&lt;/em&gt; chiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=9e478d05-c499-8368-a89d-0377e54d2ff3&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
Un grand merci à Patrick Mignard pour m'avoir envoyé ce dessin pour me dérider
:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img title=&quot;Chien gentil, août 2012&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.monolecte.fr/public/bedjcfhi.png&quot; /&gt;&lt;br /&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/25/De-si-gentils-chiens#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>La crise délibérée</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:d3216b48b62d1c5888c3f006733ee562</guid>
    <pubDate>Wed, 08 Aug 2012 12:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Poil à gratter</category>
        <category>catastrophe</category><category>chroniques</category><category>citoyen</category><category>civilisation</category><category>consommation</category><category>Europe</category><category>folie</category><category>humanité</category><category>libéralisme</category><category>lutte</category><category>marchand</category><category>mort</category><category>pauvreté</category><category>politique</category><category>solidarité</category><category>violence</category><category>économie</category>    
    <description>&lt;p&gt;Pendant que les forces de la contestation sociale pansent leurs plaies dans
leurs quartiers d'été, celles de l'argent ne relâchent pas leurs efforts pour
nous enfoncer chaque jour un peu plus dans la merde.&lt;/p&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/1168226361/&quot; title=&quot;Primeur de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm2.staticflickr.com/1027/1168226361_1748501a56.jpg&quot; alt=&quot;Primeur&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;375&quot; width=&quot;500&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Deux
petites informations de rien qui se télescopent dans l'indifférence paresseuse
des fausses vacances : d'un côté, &lt;a href=&quot;http://www.sudouest.fr/2012/08/07/espagne-des-cadenas-sur-les-poubelles-pour-empecher-la-recuperation-de-nourriture-789190-4803.php&quot;&gt;
une ville espagnole qui va équiper de cadenas les poubelles des
supermarchés&lt;/a&gt;, de l'autre &lt;a href=&quot;http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120712_00181332&quot;&gt;une
ville de Belgique qui entend forcer les mêmes supermarchés à aider les
démunis&lt;/a&gt;. Deux villes de notre temps, deux visions de l'action politique
diamétralement opposées : l'une qui se couche et accompagne toutes les
régressions, l'autre qui se dresse et utilise son pouvoir pour changer les
choses, même petitement, même à sa seule échelle locale, l'échelle de l'action
politique de la soumission ou du refus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La mairie indique avoir pris cette décision en collaboration avec les
propriétaires de supermarchés, « &lt;strong&gt;face au risque pour la santé que
peut comporter la consommation d'aliments jetés dans les conteneurs&lt;/strong&gt; et
l'alarme sociale que cela provoque ».&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus coûteux pour les collabos du système, c'est encore de parvenir à
inventer des explications vaguement convaincantes de leurs petites lâchetés
ordinaires. Cadenasser les poubelles, c'est tout sauf une préoccupation de
santé publique. Il s'agit de la plus honteuse des soumissions à la logique
purement marchande qui préfère laisser crever d'inanition plutôt que d'admettre
que &lt;a href=&quot;http://www.europarl.europa.eu/news/fr/pressroom/content/20120118IPR35648/html/Il-est-urgent-de-r%C3%A9duire-de-moiti%C3%A9-le-gaspillage-alimentaire-dans-l%27UE&quot;&gt;
50 % de la nourriture produite à grands frais de pesticides et de
maltraitances agricoles ne parvient jamais jusqu'à une bouche humaine&lt;/a&gt;.
Cadenasser les poubelles, c'est aussi raconter la logique purement génocidaire
d'une société où il faut absolument de l'argent pour satisfaire nos besoins les
plus élémentaires et où, non seulement, on prive de plus en plus de gens de la
possibilité d'acquérir le minimum d'argent indispensable pour juste survivre un
jour de plus, mais de surcroît, on fait en sorte que toute manière de survivre
en dehors de la marchandise est totalement impossible. Il devient alors
absolument impossible de concevoir la réalité et la profondeur de la misère
actuelle en ce qu'elle est totalement voulue et assumée par ceux qui la créent
et qu'elle est d'autant plus ignoble qu'elle se propage dans des sociétés où le
nécessaire comme le superflu est surabondant et majoritairement gaspillé.&lt;br /&gt;
Les miséreux ont toujours eu &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Glaneurs_et_la_Glaneuse&quot;&gt;le droit de
glaner&lt;/a&gt; ce qu'ils ne pouvaient acquérir dans le système marchand. Ils ont
toujours eu la possibilité d'occuper les interstices du système, de squatter
les biens communs, de satisfaire leurs besoins fondamentaux, même si cela a
toujours été de manière précaire et largement insatisfaisante : braconnage
dans les campagnes, abris de fortune dans les lieux invisibles, glanage des
restes dans les champs, les poubelles, les miettes de la bonne société des
inclus. Aujourd'hui, il n'y pratiquement plus d'espace public commun, de terres
à squatter, de surplus à glaner. Même la flotte appartient toujours à quelqu'un
et fait dorénavant toujours l'objet d'un péage et d'un droit d'accès. Même
chier ou dormir n'est plus gratuit : les campagnes sont hérissées de
clôtures privatives, les villes s'habillent de &lt;a href=&quot;http://bonnenouvelle.blog.lemonde.fr/2010/06/30/lanti-mobilier-anti-sdf/&quot;&gt;mobilier
hostile&lt;/a&gt; à celui qui cherche juste un peu de repos et même l'accès aux
déchets encore consommables de notre société du mépris est devenu pratiquement
impossible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Voilà donc un système où se renchérit chaque jour l'accès aux
ressources vitales (eau, nourriture, énergie, abris... etc.), où le travail des
gens est toujours plus dévalué, où il y a toujours moins besoin de bras pour
faire tourner la machine et il n'est plus possible de survivre en dehors de la
matrice.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Où pensez-vous que nous mène réellement cette logique ? Croyez-vous
réellement que les gens qui prétendent nous représenter, dans leur grande
majorité, œuvrent actuellement à améliorer nos conditions de vie ?
Êtes-vous réellement dupes de leurs discours qui nous expliquent que chaque
mesure prise sans notre consentement l'est dans une logique de sortie de crise
alors que &lt;a href=&quot;http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2012/08/07/krugman-layard-wyplosz-et-hodgson-dans-la-rue/&quot;&gt;
les faits, de plus en plus têtus, nous démontrent précisément le
contraire&lt;/a&gt; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouvernements en place choisissent délibérément la rigueur tout comme ils
choisissent délibérément &lt;a href=&quot;http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/07/figues-de-septembre.html&quot;&gt;la voie de
la paupérisation de masse&lt;/a&gt;, et ils le font sous couvert de leur impuissance
face aux lois implacables du Marché. Sauf que tout démontre que le Marché ne
prend que la place que l'action politique veut bien lui laisser.&lt;br /&gt;
Il suffit d'un autre maire, dans une autre ville, pour décider que le
supermarché ne sera pas le lieu de la confiscation du droit à vivre de
certains, mais celui de la solidarité et de la redistribution, même partielle
et encore insuffisante.&lt;br /&gt;
Le personnel politique a largement diffusé le récit de son impuissance afin
d'en faire une vérité indépassable dont l'objet premier est de dissimuler aux
yeux de la foule sa participation active et volontaire à l'entreprise mondiale
de déconstruction du social. &lt;strong&gt;La récession qui ravage actuellement les
classes populaires et menace les classes moyennes des grands pays
industrialisés du monde n'est pas la démonstration de l'échec des politiques de
rigueur mises en place depuis 2008, mais bien la preuve éclatante que le
transfert global des richesses vers une petite part de l'humanité est en train
d'entrer dans sa phase efficace&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande difficulté des experts politiques et économiques contemporains est
bien de construire un discours permettant d'occulter cette réalité afin de
convaincre les peuples de la nécessité absolue et inéluctable de poursuivre la
refondation actuelle de notre civilisation quand bien même celle-ci repose de
manière de plus en plus évidente sur l'&lt;a href=&quot;http://alencontre.org/societe/le-mythe-de-malthus.html&quot;&gt;éradication
malthusienne&lt;/a&gt; du gros de leurs effectifs, c'est à dire par une succession de
crises alimentaires, sanitaires et environnementales qui devraient fort
« &lt;em&gt;naturellement&lt;/em&gt; » &lt;em&gt;réguler&lt;/em&gt; les populations
surnuméraires, entendez par là, &lt;a href=&quot;http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-comment-la-crise-de-lemploi-sachevera-t-elle.html&quot;&gt;
celles dont le capitalisme n'a rigoureusement plus besoin pour fonctionner à
plein régime&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où l'intérêt de ne pas se laisser distraire par des discours trompeurs,
&lt;a href=&quot;http://reporterre.net/spip.php?article3066&quot;&gt;des exploits sportifs&lt;/a&gt;,
des analyses oiseuses ou des informations futiles et de ne pas rater les
petites brèves qui en disent tellement plus sur l'état réel de notre
monde.&lt;br /&gt;
D'où l'intérêt de comparer deux bleds que rien ne relie entre eux, si ce n'est
que chacun est diamétralement opposé à l'autre sur le grand échiquier du nouvel
ordre mondial émergent.&lt;br /&gt;
D'où l'intérêt de se rappeler que l'échelle de l'action politique prioritaire
et efficace reste le local et que de petites initiatives peuvent, en frappant
les esprits et en éclairant les consciences, déclencher les grands mouvements
sociaux dont nous avons terriblement besoin pour stopper la machine qui
s'active à nous broyer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=cfea4d6d-03dd-877f-abb3-8a6df1642126&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/08/La-crise-deliberee#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Killing Descartes</title>
    <link>http://blog.monolecte.fr/post/2012/08/06/Killing-Descartes</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:1edf1e378686d9b7b41db3a85be29ebc</guid>
    <pubDate>Mon, 06 Aug 2012 17:42:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agnès Maillard</dc:creator>
        <category>Le Polylecte</category>
        <category>civilisation</category><category>débat</category><category>humanité</category><category>science</category><category>société</category>    
    <description>&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais travailler à rendre les hommes plus profonds et meilleurs en les
amenant à réfléchir sur eux-mêmes. Je suis en désaccord avec l'esprit de ce
temps, parce qu'il est plein de mépris pour la pensée... L'homme moderne,
surmené de travail, n'est plus capable de véritable recueillement, et il perd
sa spiritualité dans tous les domaines... Or, la renonciation à la pensée est
la faillite de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
Albert Schweitzer, &lt;em&gt;À l'orée de la forêt vierge&lt;/em&gt;, préface.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;    &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/monolecte/7706540106/&quot; title=&quot;Bubbles girls de Le Monolecte, sur Flickr&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm9.staticflickr.com/8153/7706540106_d14b09fb9e.jpg&quot; alt=&quot;Bubbles girls&quot; style=&quot;float:right;margin:0 0 5px 5px;&quot; height=&quot;500&quot; width=&quot;336&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Petite cure de stimulation intellectuelle ce week-end, au &lt;a href=&quot;http://www.festival-astronomie.com/fil/1/Le_Marathon_des_Sciences&quot;&gt;Marathon
des Sciences de Fleurance&lt;/a&gt; ou l'occasion incroyable de se goinfrer 12 heures
de conférences scientifiques entrecoupées de pauses foie gras et autres
œnogastronomies plus ou moins locales. L'occasion, surtout, de ne pas
s'encroûter du ciboulot, de croiser des gens intéressants et de se rendre
compte que cela fait un petit moment que je me laisse distraire, au propre
comme au figuré, par de petites considérations futiles et sans
importance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la distraction, oui, comme évidence technologique pendant que les orateurs
défilent sur fond d'écran géant, devenant étrangement les commentaires vivants
des vrais clous du spectacle, à savoir leurs foutus &lt;em&gt;sliders
PowerPoint&lt;/em&gt;. Cette constatation est d'autant plus vraie que la technologie,
puisqu'il s'agissait bien du sujet de cette année, a plutôt tendance à prendre
le pas sur l'homme de science, le &lt;em&gt;slider&lt;/em&gt; s'agrémentant de musiques et
de vidéos. Je commençais à me demander qui de la machine ou de l'homme fait le
&lt;em&gt;show&lt;/em&gt;, quand est arrivée la seule intervenante du jour, son iPad greffé
au creux du coude. Je sais, par expérience assez directe, que tout le monde
n'est pas à l'aise dans la communication orale et je me souviens des colloques
organisés annuellement par &lt;a href=&quot;http://delphine.descamps.free.fr/&quot;&gt;mon
ancien laboratoire de recherche&lt;/a&gt;, histoire, probablement, de nous préparer à
ce genre d'épreuve qui fait partie de la vie normale et nécessaire du
chercheur, apprenti ou confirmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là, je sais tout de suite qu'elle souffre.&lt;br /&gt;
Et que son iPad est sa bouée, son pupitre, son pense-bête, tout. Elle lit son
exposé sans parvenir à décoller du texte, elle peine à insuffler un rythme et
puis, c'est le drame : la tablette se met en veille et la voilà obligée de
se traîner ce poids mort coincé à son bras. Étrange démonstration par l'absurde
de la dépendance technologique, celle que je fuis sans jamais pouvoir y
échapper, celle que j'apprivoise, à laquelle je ne fais de concessions que
parce que je m’astreins, par ailleurs, à cultiver mon autonomie technologique
par tous les moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soirée est déjà bien avancée quand arrive &lt;a href=&quot;http://www.huffingtonpost.fr/herve-chneiweiss&quot;&gt;l'homme seul&lt;/a&gt;. Il débarque
sans ordi, sans pointeur laser et avec un sens assez consommé de la mise en
scène, il s'installe ostensiblement seul dans un coin de l'immense scène à
présent presque complètement plongée dans la pénombre. Il s'assied posément sur
une chaise d'une outrageante banalité, chausse ses lorgnons de jeune vieillesse
et pose ses notes de papier sur ses genoux croisés. Sa seule présence, sa seule
installation sont la démonstration incorporée de l'autonomie de la machine
humaine sur la distraction technologique. Pas d'effets, pas d'images, pas de
son, pas de grands mouvements de scène, juste un homme sur une chaise qui
déploie patiemment ses idées, qui inocule son propre rythme, qui peut choisir
de digresser dans son discours ou de ne pas arriver où on l'attend. Et la
lumière ne naît que de ses paroles, que de son processus intellectuel endogène.
Il relègue la machine au rang d'accessoire ou de prothèse de l'humain et
rejette, dans son seul comportement, notre indépassable soumission à l'ordre
technologique. Et là, seulement équipé de ses lunettes et de ses feuilles de
notes, il dessine à grands traits la &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Dystopie&quot;&gt;dystopie&lt;/a&gt; de la &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme&quot;&gt;transhumanité&lt;/a&gt;, transformant
sa propre intervention en démonstration de son propos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'homme-machine de Descartes devient le machin de la prouesse technologique,
pense qu'il est noble de chercher à repousser ses limites alors qu'il ne
parvient même pas à suffisamment se penser lui-même pour parvenir à les tracer.
Nous rêvons nous-mêmes de devenir des moutons électriques parce que nous avons
renoncé à interroger notre propre humanité et que nous croyons sincèrement nous
améliorer en l'aliénant à la technologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je regarde cet homme assis tout seul sur sa grande estrade vide et je reviens
toujours à la même question : qu'est-ce qui est vraiment important dans
tout cet immonde foutoir qu'est notre monde ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;zemanta-pixie&quot;&gt;&lt;img class=&quot;zemanta-pixie-img&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=aaf238f0-a104-8c35-9aea-9871efa971b5&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;scribefire-powered&quot;&gt;Powered by &lt;a href=&quot;http://www.scribefire.com/&quot;&gt;ScribeFire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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